Politique

Tunisie : VIDEO : Le discours de Ghannouchi devant les députés d’Ennahdha : Un discours qui traduit un certain malaise, ou un malaise certain

Le président du mouvement islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, a présidé samedi, 17 novembre, la réunion annuelle du bloc parlementaire du parti. Réunion au cours de laquelle il a prononcé un long discours, truffé de clins d’œil, d’appels du pied, de signaux d’alarme et parfois, même, de lapsus révélateurs. Tous venant de la part d’une personne connue pour sa grande maîtrise du discours et pour son imperturbabilité. Ce qui laisse deviner un certain malaise qui serait en train de ronger, de l’intérieur, le mouvement et de secouer ses rangs.

C’est dans un but, certainement apaisant que Ghannouchi a prononcé quelques phrases, en utilisant des mots significatifs comme “les séismes”, “les sables mouvants”, “le danger des dissensions”…

Il a tenu longuement en début de discours, à mettre l’accent sur l’absolue nécessité du maintien de l’union et de la cohésion du mouvement islamiste, en prenant l’exemple d’autres partis (Nidaa Tounes) qui ont éclaté en mille morceaux dès qu’y sont apparus des signes de dissension. Il a, à maintes reprises, tenu à appeler les députés du parti à préserver leur union sacrée, leur rappelant qu’ils sont là, pour représenter, non pas leur réussite, mais celle de la Ummah toute entière…

La Ummah de tous les mouvements islamistes, a-t-il précisé, oubliant, du coup, les vains efforts consentis par Ennahdha depuis des années, à faire oublier ses liens avec  ces courants… Ce qui laisse entrevoir qu’il y aurait des tendances de scission au sein de son parti et qu’il tente désespérément de colmater les brèches. Des scissions qui sont apparues au grand jour, notamment à l’occasion de l’élection du nouveau président du bloc parlementaire, où le candidat, jadis tout puissant  Noureddine Bhiri a eu de grandes difficultés pour pouvoir rempiler de justesse devant le candidat des « autres », Samir Dilou.

Ghannouchi a tenu à mettre l’accent sur la nécessité de la cohésion du parti et de ses différentes franges, pour maintenir Ennahdha dans son poste de leader en Tunisie, comme il s’est plu de le préciser. Il s’est vanté aussi d’avoir remis à sa place, le président de la République en l’obligeant à respecter les limites de ses prérogatives.

Ghannouchi a, par ailleurs, tenu à présenter la formation du nouveau gouvernement, comme une grande victoire d’Ennahdha, qui n’a pas voulu, selon lui, avoir une représentation à la valeur de sa vraie taille, sur l’échiquier politique du pays. C’est là qu’il a commencé à déraper, oubliant un instant, les caméras présentes à la réunion, pour se vanter d’avoir pu mener les nominations à sa guise, en imposant des noms et en opposant son veto à certains qu’il a qualifié de corrompus ou d’incompétents…

Le lapsus est sorti de la bouche du Cheikh, en fin de discours, quand il s’est targué d’avoir désigné une ministre, parmi les députés d’Ennahdha en reconnaissance au bloc du parti et à sa légendaire discipline, comme il avait nommé, auparavant une autre ministre… Il a tenu à rappeler ces récompenses dont pourraient bénéficier les députés qui lui resteraient fidèles, oubliant qu’en théorie et selon la constitution, il n’a aucun droit de désigner ni de nommer, ni celui d’opposer un quelconque veto. Mais il était tellement pressé de démontrer sa toute-puissance à ses députés qu’il s’est laissé glisser sur cette pente dangereuse du verbe !

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