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Tunisie – Le scandale du centre pour autistes révélateur du malaise des familles et de graves insuffisances de l’Etat

Une vidéo qui a circulé ces derniers jours, sur les réseaux sociaux, et qui mettait en scène une « éducatrice » exerçant dans un centre spécial pour enfant autistes à l’Ariana, qui maltraitait les enfants qu’elle avait le devoir d’éduquer et de prendre en charge, a suscité, comme on l’a constaté un vif émoi parmi la population, entre ceux qui accusent et ceux qui expliquent, entre ceux qui déplorent et ceux qui condamnent. Mais la grande surprise est venue de la part des parents des enfants inscrits dans le centre en question, qui n’ont pas hésité à manifester leur indignation des mesures prises à l’encontre de la directrice du centre, et de ses salariées. Les parents ont, en effet, organisé une manifestation devant le tribunal de l’Ariana qui devait statuer sur le sort des responsables du centre, et n’ont pas hésité à réclamer leur relaxe, ajoutant qu’ils sont solidaires avec ceux qui sont sensés avoir maltraité et torturé leurs enfants, et qu’ils ne voient pas de raisons pour ces poursuites vu qu’en tant que premiers concernés, ils n’ont jamais porté plainte.

Cette réaction, assez similaire du cas d’école du syndrome de Stokholm, où un otage devient trop proche et solidaire de son ravisseur, et prend sa défense en refusant de le laisser aux prises avec la justice, n’a pas fini de scandaliser les tunisiens, sans, pour autant, les interpeller, sur les vraies raisons de ce comportement qui leur paraissait insensé.

Pourtant, la raison est bien simple, et évidente, même. Puisque ces parents ont, toujours, été livrés à eux-mêmes, dans la lutte pour la santé et la dignité de leurs enfants. Ils n’ont jamais pu trouver la moindre oreille attentive à leur calvaire quotidien. Aucun responsable digne de ce nom, n’a jamais été assez curieux pour essayer d’imaginer ce que çà coute d’élever un enfant autiste. Ce que çà coute en finances et en efforts quotidiens, ni ce que çà coute sur le plan émotionnel, entre les rares lueurs d’espoirs, et les trop nombreuses suites d’échecs et de désillusions, dans une lutte personnelle, en solitaire, sans le moindre soutien, ne serait-ce que de la part de la famille, qui a vite fait de tourner le dos à ces parents et ces enfants qui « ne pourraient appartenir à la famille, qui n’est pas habituée à en avoir de pareils !… ».

L’Etat, puisque c’est lui qui est responsable des citoyens, de leur santé et de leur bien être, n’a jamais été inquiété du sort de ces pauvres enfants, ni de leur avenir. Aucune institution spécialisée ne leur a été créée, ni aucun programme spécifique ne leur a été proposé. C’était comme si, ces enfants n’étaient que des sous-hommes, des citoyens de seconde catégorie. Et non mécontent de n’avoir rien fourni à ces enfants, l’Etat n’a même pas daigné, organiser leur prise en charge, fût-elle payante, par des privés. Puisqu’aucun cahier de charges ni aucun texte officiel n’est venu pour légiférer et réguler la création de centres spécialisés dans la prise en charge de tels « patients ». Sachant que normalement, l’Etat aurait dû, non seulement, réglementer la prise en charge de ces enfants, par les centres spécialisés privés, ou par des ONG’s, mais, surtout, trouvé le financement pour aider les parents à s’acquitter de cette prise en charge assez coûteuse et harassante.

Résultat des courses, n’importe qui, dont la spécialité touche de près ou de loin à la question, comme les ergothérapeutes, les orthophonistes, les animateurs culturels… se hasarde à ouvrir un centre soi-disant spécialisé, et commence à accueillir des enfants, sans aucun programme de prise en charge, ni aucune stratégie de soins et d’accompagnement. Et le pire, c’est que tous ces centres affichent « complet » dès les premières semaines de leur création. C’est dire le besoin urgent et crucial en ce type d’institutions. Et faute de pouvoir améliorer les enfants, ces centres prétendent, au moins, offrir aux parents de les « décharger » de leurs charges, l’espace de quelques heures par jours, pour leur permettre de poursuivre un semblant de vie normale, et pour s’occuper un peu du reste de la famille. Car eux seuls savent à quel point, la prise en charge d’un enfant autiste est prenante et coûteuse.

Donc, au final, et pour toutes ces « âmes charitables » qui entendent donner des leçons de moralité à ces parents désemparés à l’idée de voir « le refuge » de leurs enfants, fermé par ordre de la justice, il vaudrait mieux essayer, faute de les comprendre, de les aider à trouver un échappatoire à leur calvaire quotidien, et faire de sorte de secouer ces honorables messieurs dames de l’Etat, pour les pousser à trouver des solutions qui préservent la dignité de ces familles aux abois.

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