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Tunisie : Le Terrorisme, bombe mal désamorcée ?!

Tunisie : Le Terrorisme, bombe mal désamorcée ?!

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En Tunisie, la pieuvre terroriste n’est plus un épouvantail qu’on agite mais bel et bien une hideuse réalité dont on craint le déferlement. La horde radicale a investi les interstices de la société à travers notre ignorance, notre indigence économique et sociale et notre sclérose intellectuelle, profitant de nos rivalités, de nos clivages, de nos courses au leadership et nos enjeux partisans. Nul doute que le phénomène n’est pas récent, il a ponctué la trajectoire de la civilisation arabo-musulmane. Il est enfoui dans notre culture et dans les bas fonds de notre conscience collective. La terreur a toujours été utilisée comme instrument aussi bien de gouvernance que d’opposition.

 Des “Khawarej” jusqu’à la “Quaâda”, la même approche, le même combat, le même adversaire et le même arsenal. Rester en dehors du mouvement civil, se garder de participer à la vie politique, détruire le pouvoir central, vouer l’Etat à toutes les gémonies, excommunier (takfir) tous ceux qui ne sont pas membres ou alliés, recourir à la terreur politique et sociale comme uniques moyens d’expression et d’action. Le schéma directeur et le mode opératoire n’ont pas changé. Les salafistes djihadistes d’aujourd’hui ne sont que les nouveaux “Khawarej” dont le nom même résume bien toute leur idéologie et tout leur programme (sortir des rangs).

 En Tunisie, comme ailleurs, ils s’opposent farouchement aux fondements de la société : Le modèle de société séculaire, la personnalité ouverte, modérée et séculière, le terroir culturel, identitaire et référentiel  les acquis de la modernité. Bref, tout l’héritage que la société tunisienne a brassé, intégré, valorisé, couche après couche, segment par segment, depuis plus de trois milles années. De ce point de vue, et au-delà de la nature de leur projet, les salafistes djihadistes mènent une guerre contre l’histoire, à contre pied de son mouvement.

 Le terrain étant fertile et propice (population essentiellement musulmane), qui plus est miné d’ignorance, de pauvreté et d’injustices sociales, ils ont la possibilité de recruter des jeunes, et moins jeunes, que le modèle de développement a longtemps marginalisés, exclus de l’appareil économique, a broyé dans son système inique de redistribution de la richesse, a relégués au rang de citoyens de seconde zone. Le terrorisme se nourrit avant tout de la misère sociale. Il est en quelque sorte le monstre dont le contexte socioéconomique a accouché, dans la douleur et l’effroi. Et il est bien connu qu’au sein de la société arabo-musulmane en particulier, dans l’adversité et face à l’agression et l’injustice, le repli identitaire constitue le premier refuge et dont l’Islam est le noyau dur. Les réflexes d’introversion agissent comme des remparts contre l’épreuve d’exclusion et  de joug social, cimentant  la foi religieuse et exaspérant les sentiments de rejet, déjà vivaces, dans ce contexte de marginalisation et de paupérisation.

 Ceci dit, le combat contre le terrorisme n’est guère réductible à son aspect sécuritaire. Celui-ci étant nécessaire mais non suffisante. Le défi est, dans une large mesure, d’ordre socio-économique et, à un degré moindre politique. L’ordre des urgences  reste à revoir de fond en comble. Il est désormais vital de procéder à une complète refonte du modèle de développement et de focaliser les efforts d’investissement sur le développement régional. Et ce, pour deux principales raisons :

 1-      Rétablir la justice : Désenclaver les zones les moins nanties, leur accorder non seulement la priorité mais notamment leur rétrocéder le droit légitime de profiter de la richesse nationale. Désormais, ce n’est plus un choix, mais un impératif social et même humain.

 2-      Déraciner les foyers de terrorisme : Les causes socio-économiques de la pieuvre terroriste n’étant plus à démontrer. L’action de réduire le chômage, la pauvreté, l’injustice sociale est le premier dispositif de riposte contre le terrorisme. Se limiter à une approche exclusivement sécuritaire est une vision myope et contre-productive. Le régime de Ben Ali, de sinistre mémoire, en a fait les frais à ses dépens.

 Malheureusement, depuis la révolution, rien n’a été fait sur ce plan. Bien sûr, il ne s’agissait pas de régler les problèmes d’un coup, aucun gouvernement n’en est capable, mais au moins de montrer que le pays est placé sur les bons rails et que le gouvernement œuvre dans ce sens. C’est cette perception qui fait actuellement défaut, et pour cause,  et qui, en conséquence et à juste titre, jette le gouvernement à la vindicte populaire et médiatique. En effet, le gouvernement a laissé pourrir la situation, par sa complaisance et son discours impassible, laissant les rues, les mosquées et les espaces publics aux mains de la mouvance salafiste et cette bande de présumées Ligues de Protection de la Révolution (LPR). Soit les deux amas de violentes factions, alliés objectifs sinon bras armés de la Troïka, dont la classe politique, la société civile et la centrale syndicale, et même les forces de l’ordre ont stigmatisé le discours et l’action, épinglés comme principaux foyers d’insécurité et d’instabilité dans le pays. Ils sèment la terreur, la haine et le désordre et mettent en otage une population déjà lourdement rongée par la peur et la confusion. Donc, la bête s’est également nourrie de l’infirmité, de l’inaction et de la spéculation politique du gouvernement. Elle s’est bien développée aujourd’hui et menace désormais  tout l’édifice social.

 L’histoire enseigne que tous les mouvements terroristes n’ont été matés que dans le sang. Le patrimoine arabo-musulman regorge d’actes d’extermination et de batailles sanglantes et barbares. Même dans les démocraties les plus enracinées, la lutte contre le terrorisme n’a été qu’une violente procession d’opérations “coup de poing” où le sang a coulé à flot, le droit n’en étant que le cadre de  justification et de légalisation. Il n’est pas question là de faire l’apologie de la violence ou de préconiser la solution de bain de sang contre les salafistes djihadistes, loin s’en faut. C’est seulement pour dire que le terrorisme s’était toujours cassé les dents devant un Etat vigoureux, ferme et inflexible, notamment fort de l’appui populaire et de la mobilisation des forces vives de la société.

 Il n’y a que l’union sacrée de toutes les composantes de la société et le traitement de ses causes profondes et non de ses symptômes pour pouvoir vaincre le terrorisme.

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