Les récentes inondations qui ont touché plusieurs villes tunisiennes ont remis au premier plan la question de l’assurance contre les catastrophes naturelles, après d’importants dégâts matériels et des dommages considérables aux infrastructures, dans un contexte économique défiant.
Provoquées par la tempête Harry, de fortes précipitations ont entraîné la montée des eaux et la formation de crues soudaines, envahissant habitations et commerces, endommageant des établissements touristiques et emportant véhicules et troupeaux.
L’ampleur des changements climatiques
Selon des experts en environnement, la Tunisie figure parmi les pays ayant enregistré les pertes humaines et matérielles les plus lourdes parmi ceux touchés par la tempête sur les deux rives de la Méditerranée.
La tempête Harry illustre l’ampleur des changements climatiques auxquels la région est exposée alors que leurs conséquences pourraient s’aggraver dans les années à venir, en particulier pour les pays aux infrastructures et aux économies vulnérables.
Les inondations ont affecté plusieurs secteurs clés, notamment la pêche, l’agriculture, l’élevage et les services touristiques, ainsi que les infrastructures de nombreuses villes côtières. A cet effet, les experts estiment qu’il devient impératif pour que la Tunisie, à l’instar de pays voisins, adopte un cadre législatif instaurant l’assurance obligatoire contre les catastrophes naturelles, notamment pour les particuliers.
Estimation des pertes et dégâts
La question de l’assurance contre les risques naturels s’était déjà imposée en 2018, à la suite des inondations du gouvernorat de Nabeul, qui avaient causé des pertes estimées à plus de 110 millions de dollars et la suppression de 2 400 emplois. Selon la Banque mondiale, l’élévation du niveau de la mer pourrait affecter près d’un quart du littoral tunisien d’ici 2050, avec des pertes foncières évaluées à environ 1,6 milliard de dollars.
Imed Hamdi, directeur central à la Fédération Tunisienne des Sociétés d’Assurances (FTUSA) vient de déclarer que l’adoption d’une législation spécifique sur l’assurance contre les catastrophes naturelles et les inondations est devenue urgente. Il souligne que, depuis 2018, les Tunisiens montrent un intérêt croissant pour ce type de couverture. Aujourd’hui, près de 50% du parc automobile et autant d’institutions économiques seraient assurés contre les risques liés aux catastrophes naturelles.
Les inondations de 2018 ont marqué un tournant pour le secteur, poussant les compagnies d’assurance à développer de nouveaux produits et sensibilisant davantage les assurés à l’importance de la couverture face à l’intensification des phénomènes climatiques extrêmes.
Risque élevé d’inondations
Un rapport de la Banque mondiale anticipe d’ailleurs une multiplication par dix du risque d’inondations en Tunisie, avec un coût potentiel de réhabilitation des routes pouvant atteindre 277 millions de dollars à l’horizon 2050.
La Tunisie figure également parmi les pays classés à haut risque d’exposition aux catastrophes naturelles, selon l’Indice mondial des risques 2024. Dans ce classement, la Somalie arrive en tête au niveau arabe, suivie par l’Égypte en Afrique du Nord, puis la Libye, la Tunisie et l’Algérie.
Les résultats d’une étude menée par les autorités tunisiennes en collaboration avec la Banque mondiale, attendus cette année, devraient ouvrir la voie à la mise en place d’un système d’assurance obligatoire contre les catastrophes naturelles. Ce dispositif viserait à protéger à la fois les institutions économiques et les particuliers, notamment les catégories sociales les plus vulnérables, afin de garantir une indemnisation plus équitable des pertes liées aux inondations.
Enfin, l’étude révèle que la Tunisie est particulièrement exposée à trois types de risques naturels majeurs : les séismes, les inondations et la sécheresse. Dans le secteur agricole, le faible taux de souscription à l’assurance – estimé à seulement 3 % du chiffre d’affaires global du secteur – demeure préoccupant. Les organisations professionnelles pointent un manque de sensibilisation des agriculteurs et l’absence de mécanismes d’assurance collective adaptés à la fragmentation des exploitations agricoles.
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