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Tunisie – L’unité d’Ennahdha en péril ?

Tunisie – L’unité d’Ennahdha en péril ?

Le parti qui se targue de détenir le plus grand nombre de votants et par voie de conséquence, revendique une légitimité infinie, et un sauf conduit pour faire du pays ce que bon lui semble, serait-il en train de s’effriter, sous silence et dans les coulisses de son conseil de la choura et autres instances ? Certains indices laissent croire que c’est vraisemblablement le scénario qui va prendre le devant de la scène les prochaines semaines, voire les prochains jours.

Ce processus de division d’Ennahdha ne date pas d’aujourd’hui. Il remonte à longtemps, depuis que, confrontés à l’exercice du pouvoir, certains dirigeants du mouvement ont vite fait de comprendre qu’Ennahdha a tout intérêt à changer de ligne de conduite, pour pouvoir intégrer le système requis dans la construction d’un Etat civil moderne et viable. Il ne faudra pas, non plus, négliger le rôle joué par des puissances étrangères dans ce revirement dans l’optique de ces dirigeants.

Mais c’était compter sans les avis et les voix des durs de chez les durs du parti, qui ne voulaient rien entendre, et surtout, rien partager.

Or la situation était on ne peut plus claire. Ennahdha avait deux choix, sans possibilité d’une quelconque troisième option.  Ils devaient soit partager avec les autres soit échouer et faire échouer tout le processus.

Mais en voulant petit à petit faire « dévier » son parti vers la solution du consensus, c’est-à-dire du partage, Hamadi Jebali se heurta à l’intransigeance des « faucons » du conseil de la choura, véritable cercle des décideurs en matière de politique du pays.

La limite de rupture fut atteinte un certain 6 février, quand au vu de la tournure qu’ont prise les choses, Jebali se lança dans son projet de gouvernement de compétences, au grand dam de ses « amis ». Il aurait pu y réussir, n’eut été la cupidité et l’avidité de certains partis « satellites » qui ont préféré se ranger du côté du grand manitou.

De nos jours, ce débat est plus que d’actualité, d’après ce que pourrait constater tout observateur attentif de la scène politique, surtout suite aux déclarations successives de Jébali, où il marque de plus en plus ses distances par rapport à son parti d’origine. Il est rejoint dans ce mouvement par certains membres du parti qui veulent être comptés parmi les « modérés ». Le dernier exemple nous vient aujourd’hui même à travers les déclarations de Samir Dilou qui n’hésite pas à faire porter le chapeau de l’échec du processus aux maladresses du gouvernement dont il fait, pourtant, partie. Dilou a été précédé dans cette idée par le second du parti, le très controversé Cheikh Mourou. Ceci sans compter les « défaillances » d’un grand nombre de partisans d’Ennahdha, surtout parmi les jeunes du parti, qui commencent à en avoir ras le bol des décisions et choix d’un autre temps qui émanent des « vieux » faucons du parti et qui verrouillent de la sorte toute possibilité à ces jeunes de percer et d’avancer.

Si ce scénario se réalise. C’est-à-dire si jebali saute le pas et constitue un second parti islamique modéré, une sorte d’AKP tunisien, projet qui lui est si cher, sur qui pourra-t-il compter parmi les partisans d’Ennahdha ? Les indicateurs laissent supposer qu’il pourra drainer dans son sillage un peu moins que le tiers du parti. Mais quel tiers ? Le meilleur, celui des jeunes, des modérés des intellectuels, ceux qui constituent l’avenir du parti.

Oui mais, nous dira-t-on, il ne faudra pas trop compter dessus, puisque rien ne se fait ni se défait sans la bénédiction du Cheikh Rached, chef suprême de la formation. Mais, justement, qui nous dit que ce n’est pas effectivement Cheikh Rached qui est derrière l’idée, ou le projet, et qu’il ne veut pas le déclarer de peur de froisser (un peu plus) ses vieux compagnons de lutte ? N’avait-il pas annoncé, un certain moment, au décours de la démission de Jebali de la présidence du gouvernement, que la carrière politique de celui-ci commençait justement à cet instant ?

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