Tunisie : Moncef Marzouki ou le Robespierre de Carthage

MArzoukii

Dans une interview, accordée au porte-parole de l’Emirat du Qatar, à savoir la sulfureuse chaîne Al Jazeera, le 25 mars 2013, le président de la République, troquant, pour l’occasion, son habit de démocrate, quoiqu’au rabais, pour une soutane aux relents wahhabites, a lancé un rappel à l’ordre et une mise en garde à ses adversaires politiques, désormais voués, sans pitié, à la vindicte populaire puis à l’échafaud, pour peu qu’ils s’essaient à prendre le pouvoir par la force. On le savait faux Gavroche, compte tenu de sa clochardise parisienne et de ses errances au Quartier Latin, ne voilà-t-il pas que Moncef Marzouki se prend gauchement pour Robespierre, collectionnant les peines de mort et dressant les potences sur la place publique. Il est temps de le renvoyer à ses chères études, il ne sait certainement pas que Robespierre a fini également à la guillotine.

Ruisselant de bonté toute républicaine, dans une envolée suintant des effluves de réprimande, Moncef Marzouki a précisé que, le cas échéant, les coupables ne pourraient plus compter sur des “personnes sensées telles que Rached Ghannouchi, Moncef Marzouki ou Mustapha Ben Jaâfar pour appeler au dialogue, à la modération et à la réconciliation nationale“. Donc, contrairement à l’appréciation qu’en fait le plus communs des tunisiens, les trois gourous de la république seraient les principaux gardiens du temple. Comme quoi, la Tunisie, pourtant fertile et nourricière de grands esprits et d’éminents érudits, n’a enfanté, en ces fâcheux moments, que ces trois monarques, bombardés monuments de sagesse et de lucidité. C’est parce que le trio est là que la Tunisie est immunisée et blindée, en l’absence de qui elle manquera affreusement de génie politique et de leader populaire et plongera dans le chaos et le désordre.

Donc, dans l’esprit bien embrumé de Moncef Marzouki, la Tunisie est scindée en deux, la Troïka et le reste et bien sûr, reprenant à son compte la formule de Jean Paul Sartre : “l’enfer c’est les autres“. A se demander s’il se sent président de tous les tunisiens ou seulement d’une partie. En tout état de cause, depuis son investiture, il n’a jamais convaincu, ni dans le discours ni dans la posture, qu’il est le président fédérateur, fondateur, les bras ouverts à tous les tunisiens. N’a-t-il pas éructé, lors de sa visite en Allemagne, que “ceux qui ont voulu faire crever la troïka, ont fini par crever avant !“, vociférant que toutes les manœuvres hostiles à la troïka ont essuyé un échec. Pourtant, il n’a jamais été élu au suffrage universel pour bomber à ce point le torse, brandir de telles menaces et confisquer une légitimité que le scrutin ne lui a pas accordée. A-t-il oublié ou feigne-t-il oublier qu’il n’est maitre de Carthage qu’au prix d’un obscur arrangement de coulisses et qu’il ne doit sa présence à l’Assemblée Nationale Constituante qu’au plus grand reste.

Encore plus acerbe, et pour donner plus de fiel à son discours, Moncef Marzouki n’a pas manqué de nous ressortir de son bournous un nouveau concept, aussi boiteux que tiré par les cheveux, terme cher à son vieux et non moins fantasque compère Tahar Hmila, en l’occurrence, “les extrémistes laïcs”. Sur sa bouche, ce mot sonne grossièrement “hérétiques”. Nul doute que derrière le prisme nahdhaoui, ce genre de tintement trouve plein d’oreilles dressées dans la mesure où un démocrate laïc est, par définition, un apostat, un suppôt de Satan et un bûcher de l’enfer. En revanche, pour quelqu’un, comme notre Tartour National, pour qui les Droits de l’Homme ne sont qu’une rampe de lancement et qui a fait de la laïcité son fond de commerce et son moulin à vent, à l’image d’autres qui en font de même avec l’Islam, il y a là un exercice de style digne d’un acrobate de cirque et un esprit schizophrène longtemps dissimulé derrière des lunettes démocrates.

Epluchons le discours de Moncef Marzouki :  

D’abord, personne, à l’opposition ou ailleurs, n’a fait part de velléités de faire un coup d’Etat ou de forcer la main à la Troïka, ce serpent à trois têtes dont Moncef Marzouki loue le mérite et le discernement. Tout au plus si Hamma Hammami a évoqué, sans en préciser toutefois le moyen ou la manière, l’idée de faire tomber le Gouvernement. Certes, la position est un peu radicale, mais la notion de descendre le Gouvernement constitue en soi un droit pour n’importe quel peuple qui, à travers le verdict des urnes ou le soulèvement populaire, est en mesure de joindre l’acte au vœu et d’atteindre l’objectif assigné. Si maintenant Moncef Marzouki tient à brasser l’air et s’amuse à faire éclater des baudruches croyant débusquer des menaces là où il n’en y a guère, alors là le bon sens commande de le laisser péter tous ses câbles ou ce qui en reste, et le lâcher prisonnier de ses fantasmes et de ses fioles. La gueule de bois n’en sera que plus terrible !

Ensuite, choisissant son auditoire pour mieux caler sa changeante posture et son langage à géométrie variable et à multiple vitesse, Moncef Marzouki prononce ses discours sur commande, à la tête du client, vendant à la criée son foin verbal. A Doha, il tord le cou aux déclarations qu’il a servies en  Europe. Dans un lieu, face à un parterre moyenâgeux, il braille sur les gibets et les couperets. Dans un autre, terroir de la démocratie, il se veut rassurant, balançant sa salade sur les droits de l’homme. A chacun le mot qui ravit, qui caresse dans le sens du poil. Moncef Marzouki n’en a cure, otage de ce caméléon qui lui sert de cervelle. Voix et pantin de son maitre, il n’éprouve aucun gène à vassaliser la fonction et s’offrir en valet de service tant qu’il puisse continuer d’arpenter les couloirs présidentiels et de dévorer, à pleines dents, le trésor public.

En conclusion, il n’y a aucun signe de grandeur ou marque de respectabilité ou sens de l’Etat de mettre à profit les tribunes étrangères pour insulter une partie des tunisiens, quand bien même leur opposition, et de laver le linge nationale sur les places publiques. Un homme d’Etat, qui respecte son mandat, son rang et son peuple, ne règle pas ses comptes à l’étranger, dans un discours ou dans une interview. A ce sujet, sied-t-il de constater que Moncef Marzouki n’est pas à sa première sortie de route, il reste égal à lui-même, droit dans ses bottes, chopant n’importe quel micro ou caméra pour exprimer son mépris aux tunisiens et à la Tunisie. Il est toujours dans son rôle, non de président, mais  de comparse, figure d’opérette, fantoche de la république et rhéteur à deux balles.

Quand même, il faut excuser un peu l’esprit versatile, le langage ordurier et la vision éméchée de Moncef Marzouki. Que sa tête tourne, que sa foi trébuche, qu’il perde pied ou qu’il change souvent de langage et de ton, ce n’est rien que des sauts d’humeur, bien compréhensibles, notre président (heureusement) provisoire passe plus de temps dans les caves du palais présidentiel qu’au chevet de la république. En plus, le toubib de Carthage est beaucoup plus sous perfusion nahdhaouie qu’aux soins palliatifs de la démocratie. Il en a pris de la bouteille ….islamiste, cela va sans dire !

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