Politique

Tunisie – Mouvement diplomatique 2017: misogyne et pas très diplomate

Il y a un peu plus d’un mois, à la clôture de la Conférence annuelle des chefs de poste diplomatique et consulaire, la liste des nouveaux ambassadeurs a été annoncée. Un seul mot, répété à l’unisson dans les couloirs et les bureaux du Ministère des Affaires Etrangères, résume ce mouvement diplomatique : Curieux pour ne pas dire opaque. Les observateurs de la scène diplomatique tunisienne, encore moins les enfants de la boite, en sont déroutés, presque à la renverse. Personne n’a saisi les critères de désignation concoctés et appliqués ni compris les motivations profondes ayant animé ce remaniement. Un flou artistique digne de la Troïka de triste mémoire.

Comment se fait-il qu’un consul général soit bombardé ambassadeur dans le même pays. L’obscur cas a touché deux pays d’importance pour la Tunisie, en l’occurrence l’Allemagne et la Turquie. Quel message le ministère adresse ainsi? Comment les deux pays en question ont-il apprécié une telle décision dont certains estiment déplacée sinon contreproductive. Il ne s’agit pas là de remettre en cause la compétence et le mérite des diplomates nommés, mais la question se pose avec insistance d’autant plus que ce genre de choix n’est pas dans l’usage diplomatique international. Faire preuve d’une telle myopie soulève plein d’interrogations, sans compter les possibles effets adverses de l’attitude négligente, voire méprisante, à l’endroit de l’Allemagne et de la Turquie.

Le mouvement diplomatique 2017, du moins sur un plan strictement sous régional, plus précisément maghrébin, bafoue la position de principe de neutralité que la Tunisie a toujours développée par rapport au conflit opposant l’Algérie et le Maroc sur la question saharienne. A cette occurrence, alors que l’ambassadeur de Tunisie à Rabat est un ex-ministre, comment comprendre le fait de nommer le consul général tunisien à Marseille au poste d’ambassadeur à Alger. Là aussi, quel message veut-on transmettre et comment l’Algérie a-t-elle encaissé un tel camouflet, à en juger par le profil de l’ambassadeur de Tunisie à Rabat. D’aucuns diraient que l’ambassadeur tunisien sortant à Alger n’a jamais été ministre. D’abord, il était déjà ambassadeur, ensuite, si la Troïka a commis une gaffe, pourquoi en faire de même ? En tout cas, le traitement inégal des deux pays frères n’est pas tout au moins politiquement correct pour ne pas dire synonyme d’une maladresse politique.

Selon des diplomates tunisiens, notamment quelques ambassadeurs en retraite, certains profils retenus ne correspondent guère à la nature des postes confiés, en termes d’envergure, d’expérience et de professionnalisme. Beaucoup de complaisance et de copinage. En effet, les fonctionnaires nommés sont de deux sortes: Le premier groupe est composé de diplomates de carrière dont le mérite et la compétence font l’unanimité. Le deuxième groupe comporte des diplomates qui ont été désignés sans qu’ils ne remplissent les critères objectifs.

Un autre fruste constat, et non des moindres : Dans le mouvement diplomatique 2017, sur vingt-une (21) désignations, on ne déplore que la présence de deux femmes (ambassadeur et consul), on dirait que le ministère accuse un grave tarissement des compétences féminines. En tout cas, c’est à l’image du nouvel environnement sociopolitique tunisien où la femme est reléguée sur nombreux plans et fait les frais de l’écart entre le discours et la pratique, entre le droit et la réalité. Le ministère ne parvient pas encore à casser l’image misogyne et introvertie que perçoit l’opinion publique nationale à son égard.

Un point positif quand même : La liste de chefs de poste diplomatique ou consulaire, édition 2017, fait la part belle aux diplomates de carrière et aux enfants de cru. Seul le poste de Vienne, encore vacant, semble être réservé et destiné à une personnalité politique de haut rang. C’est la seule désignation politique qu’accuse le mouvement diplomatique 2017.

En conclusion, il n’est pas interdit de dire que , par ses choix, le ministère, avec l’aval de la présidence, n’a pas brillé par son objectivité et sa transparence.

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