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Tunisie: Naissance de courants à l’intérieur d’Ennahdha, le parti à la croisée des chemins

Les réactions aux déclarations du président du Mouvement Ennahdha , Rached Ghannouchi, dans lesquelles il a demandé au Chef du gouvernement, Youssef Chahed, de ne pas se présenter aux l’élections présidentielles de 2019, ont dévoilé l’existence d’un hiatus au sein de ce parti islamiste.

Des divergences qui prennent la forme de courants politiques qui se démarquent ouvertement de la ligne officielle du parti.

On rappelle que les déclarations faites lors d’un interview à la chaîne Nessma TV, avaient suscité une levée de boucliers généralisée au sein de la classe politique tunisienne, s’interrogeant sur le bien fondé de cette sortie et surtout de quel droit  Ghannouchi interdit-t-il à un citoyen  libre de se présenter aux élections présidentielles de surcroit le chef du gouvernement , Youssef Chahed.

Des dirigeants au sein d’Ennahdha ont ouvertement et de manière cinglante, manifesté leur opposition à la ligne  du président du parti allant même jusqu’à saisir l’opportunité pour régler leurs divergences avec Rached Ghanouchi.

C’est le cas de Ablelatif Mekki qui n’ pas hésité à prendre le contre-pied de Rached Ghannouchi, estimant que sa sortie médiatique était une grossière erreur de communication.

Auparavant Mohamed Ben Salem , un faucon du parti Ennahdha a affirmé que Rached Ghannouchi a impliqué le mouvement dans les affaires intérieures du parti de Nidaa Tounes en prenant parti pour un camp au détriment de l’autre.

Il a estimé qu’étant partie du gouvernement d’union, Ennahdha n’avait pas à s’immiscer dans les rivalités opposant le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi et le président du comité politique, Youssef Chahed.

A ce sujet, Hafedh Caid Essebsi a promptement réagi aux propos de Ben Salem lui demandant en contrepartie de ne pas se saisir de Nidaa Tounes pour régler ses comptes avec ses adversaires politiques.

Révolution de palais 

En fait les divergences ont commencé à émerger lors du 10ème congrès du Mouvement Ennahdha au cours duquel, le parti  a officiellement décidé de changer de ligne en dissociant le politique du religieux.

Une vaste opération de marketing visant à présenter un mouvement plus moderne , proche des citoyens et de leur préoccupation et surtout œuvrant pour un Etat civil.

Car les premières leçons tirés après le cinglant échec des élections de 2014 , est que les préoccupations religieuses ne font pas partie des priorités des citoyens Tunisiens qui aspirent au travail, à la liberté, à vivre en tolérance, en dignité et sous un régime démocratique.

Mais ce congrès fût aussi celui de tous les dangers pour Rached Ghannouchi qui a vu  son leadership contesté pour la première fois par des jeunes ambitieux à l’instar de Samir Dilou, Abdelatif Mekki et d’autres qui estiment que la gestion personnelle du leader historique du mouvement manque de transparence et de démocratie.

Ce nouveau courant dit modéré , veut une gestion plus associative du parti et conteste ouvertement que le pouvoir reste concentré entre les mains du président , y voyant une dérive totalitaire.

Cette vision a été soutenue par Abdelatii Mekki qui a reconnu l’existence de ce courant dont il fait partie et qui oeuvre à la mise en place d’une gestion associant une plus large frange des dirigeants du parti.

Selon lui il y a un risque que le parti implose si les pouvoirs restent concentrés entre les mains d’un seul homme.

Il a déploré , à titre d’exemple, que le président Ghannouchi ait le pouvoir de dissoudre le conseil exécutif ou de prendre des positions individuelles ou d’annuler certaines décisions.

Le deuxième courant au sein d’Ennahdha, est incarné par l’aile dure du parti qui reste attachée aux aspects religieux. On peut citer à ce sujet, Habib Ellouze, Mohamed Ben Salem et Sadok Chourou.

Bien que minoritaire et en perte d’influence au sein du parti , car la tendance et à l’ouverture, ce courant dispose toujours d’une certaine capacité de nuisance.

Fini les temps où une discipline stalinienne régnait  au sein du parti Ennahdha et où toute contestation était étouffée dans l’œuf. Les divergences commencent à être déballées au grand jour et sur la place publique.

Les effets de la défaite aux élections et la perte du pouvoir qui en a découlé, ont commencé à se manifester avec les fissures qui sont intervenues dans le parti. Pourtant le mouvement Ennahdha occupe toujours d’importants postes dans les rouages de l’Etat

Ainsi Rached Ghannouchi est maintenant directement contesté par une importante frange des dirigeants d’Ennahdha qui l’accusent d’avoir favorisé l’actuel secrétaire général du parti, Zied Ladhari qui a gravi rapidement tous les échelons.

L’affaiblissement des partis commence toujours par l’apparition de courants au sein du parti avant que cela n’évolue en divergences  idéologiques pour se transformer par la suite en rivalités. A partir de là, la voie est ouverte à la scission du parti qui se retrouve à la fin divisé en plusieurs partis politiques représentant chacun une tendance.

La scène politique tunisienne foisonne d’exemples éloquents  de ce phénomène d’éclatement des partis politiques!

 

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