Tunisie-notation Standard & Poors: La signification de la note «BB»

D’aprés un article paru dans le journal Le Temps et écrit par Abdehay Chouikha, consultant financier, la note que vient d’accorder l’agence de notation internationale Standard &Poor’s (S & P) à la Tunisie a soulevé beaucoup de débats.

Il est important donc de clarifier la signification d’une telle note. Les agences de notation évaluent le risque qu’un emprunteur ne puisse pas ou ne désire pas payer ses obligations financières. Il y a un grand nombre d’agences de notation dans le monde, mais les deux plus importantes et plus crédibles agences internationales sont S & P et Moody’s.

Les notes accordées par S &  P varient de AAA (le moins risqué) à D (le plus risqué et déjà en faillite). Les notes allant deAAA à BBB- sont considérées comme « notes d’investissement », alors que les notes plus faibles que BBB- sont considérées comme « notes de non-investissement » ou « notes de spéculation ». Cette distinction est importante car certains gros investisseurs (particulièrement les fonds de pension qui investissent des milliers de milliards de dollars dans des obligations du monde entier) n’ont pas le droit d’investir dans des titres qui n’ont pas la note d’investissement. Donc, un emprunteur qui se présente sur le marché international verra le coût de son emprunt s’élever avec le risque, particulièrement lorsqu’il passe d’une note d’investissement à une note de spéculation.

Évaluation du risque souverain de la Tunisie :

Dans le processus de révision de la note de la Tunisie, S & P a émis deux rapports : le premier daté de Novembre 2011 couvre les risques du système bancaire, et le deuxième daté de Mai 2012 couvre les risques du système économique et politique du pays (risque souverain).

Risques du système bancaire : S & P donne au système bancaire Tunisien une note de « 8 » sur une échelle allant de « 1 » (le moins risqué) à « 10 » (le plus risqué). Cette note indique un risque élevé et une grande fragilité du système. Elle se base sur l’analyse suivante :

– « risque très élevé » du cadre institutionnel : règlementation très conservatrice, insuffisance de provisions pour   couvrir les créances à problème,  soutien modéré de la banque centrale, et supervision bancaire à peine adéquate.

–  « risque élevé » de la dynamique concurrentielle : secteur très dispersé, et marges bénéficiaires très faibles.

–  « risque très élevé » du financement du secteur : dépôts stables mais ne couvrant qu’une partie faible des prêts, soutien limité des actionnaires étrangers, ressources faibles du gouvernement pour pouvoir soutenir le secteur.

Il faut ajouter à ces différents risques ceux de l’environnement économique du secteur caractérisé par :

–  « risque élevé » de la capacité de redressement économique du pays

–   « risque modéré » de déséquilibres économique.

–  « risque très élevé » du secteur du crédit avec anticipation d’une régression de la croissance des crédits à l’économie, et une augmentation  rapide des créances non-performantes.

Risque souverain : L’évaluation du risque souverain se base sur cinq critères : économique (effet de la situation économique et ses perspectives sur la capacité de rembourser les dettes du pays), politique (effet des institutions du pays sur la volonté et capacité de remboursement), extérieur (capacité de générer des recettes de l’extérieur),  fiscal (soutenabilité du déficit budgétaire et poids de la dette publique), et monétaire (capacité de l’autorité monétaire de soutenir la croissance).

Sur la base de ces critères, S & P a donné la note « BB » avec perspective « stable » à la Tunisie, deux crans au-dessous de la note précédente du pays qui était « BBB- «  avec perspective « négative ». L’analyse de S & P cite  ce qui suit :

–  Sur le plan économique : l’année 2011 a été néfaste pour le pays : baisse du PIB de -1,8% (apparemment, le rapport a été rédigé avant l’annonce officielle que la baisse était de -2,2%), effondrement des recettes touristiques, augmentation du déficit de la balance commerciale, augmentation de la dette extérieure à court terme. En plus, le redressement de la liquidité extérieure ne peut être que très lent à cause de la situation dans l’Union Européenne, principal marché pour les exportations tunisiennes, et son plus grand fournisseur de touristes et d’investissements directs.

– Sur le plan politique : malgré la stabilité relative, le gouvernement de transition ne pourra pas prendre les mesures de redressement radicales et dynamiques pour ramener la Tunisie à une «  note d’investissement ». D’ailleurs, ce n’est qu’après l’adoption de la constitution et les élections de Juin 2013, que les « indicateurs économiques seront en ligne avec la note « BB » (note qui vient d’être donnée par S & P) ». La perspective « stable » prédit que la transition se fera sans heurts.

–  Sur le plan de la liquidité extérieure, le déficit courant a atteint en 2011 le niveau de 7,5% du PIB et ne baissera pas à moins de 5% avant 2016. Ce qui prévoit une augmentation de la dette extérieure publique et privée.

–        Sur le plan fiscal : les dépenses du gouvernement ont  atténué la récession mais poussent le déficit budgétaire à près de 7%, avec anticipation qu’il reste au- dessus de 3% jusqu’en 2015.

–        Sur le plan monétaire et financier : la fragilité du système bancaire et la mauvaise qualité de son actif limite les possibilités d’atténuer les chocs économiques.

Implications de cette notation :

A titre de comparaison, les pays qui ont, en Mai 2012, la même note S & P que la Tunisie sont les suivants : Costa Rica, Guatemala, Jordanie, Macédoine, Monténégro, Philippines, Portugal, Serbie et Turquie.

La note « BB » indique que le pays concerné a la capacité de repayer ses dettes mais qu’il fait face à des incertitudes importantes avec des conditions économiques défavorables. A noter que cette note, d’après S & P, s’appliquerait à la Tunisie après l’adoption de la constitution et les élections de 2013.

Les implications les plus importantes de cette note sont de deux sortes :

– Si le pays a besoin d’émettre des obligations sur les marchés extérieurs privés, le coût de l’emprunt sera plus élevé qu’il ne l’était pour les emprunts précédents, alors que l’analyse qui a été faite montre que le pays aura nécessairement besoin de dette extérieure dans le court et moyen termes. Toutefois, les emprunts auprès de gouvernements étrangers ne sont, en général, pas affectés par cette notation.

–   Les étrangers privés qui désirent faire des projets d’investissement dans le pays peuvent devenir réticents car la probabilité que le pays manque de liquidités en devises est plus élevée ; donc la probabilité pour un investisseur étranger de ne pas pouvoir rapatrier ses bénéfices est  plus élevée.

En un mot, c’est l’accès au marché privé de financement qui devient plus difficile pour le pays, aussi bien pour le secteur public que pour le secteur privé.

Qui est responsable ?

Selon l’auteur, c’est un faux problème que de chercher à coller la responsabilité à une partie déterminée. Il y a un grand nombre de facteurs qui ne peuvent être causés par une seule partie. En tant que Tunisiens, nous sommes tous responsables ; et nous devons tous réagir pour apporter les correctifs nécessaires.

Il est donc de notre responsabilité à tous de trouver les solutions adéquates avant qu’il ne soit trop tard.

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