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Tunisie : Perles du processus transitoire, Florilège ! (Partie I)

Tunisie : Perles du processus transitoire, Florilège ! (Partie I)

Depuis la tristement célèbre et non moins hypothétique  offensive de charme, de dernière minute, de Ben Ali “je vous ai compris“, que de pas allègrement franchis sur la voie sémantique. Que de sorties de route verbales, de farces intellectuelles, d’acrobaties cérébrales. Dans la classe politique, la société civile et le monde médiatique, les joyeux drilles, les comparses idéologiques, les stratèges de dimanche, les mentors de salon, les hommes de main ou de paille, les caciques de la nomenklatura, les tribuns de fête foraine,  les prédicateurs de tout poil, ont rivalisé de dérapages et de faux pas sur le chemin de l’éloquence et ont multiplié les images désopilantes et les moments de grande vadrouille, à l’amusement caustique de la galerie.

 Les phrases hilarantes, voire ahurissantes, les mots qui se veulent d’esprit mais qui en manquent affreusement, les diatribes à deux balles, les expressions assassines, les répliques à contre sens et les envolées de caniveau ou de bas étage restituent les auteurs dans leur densité ou misère intellectuelle et révèlent leur caractère, leur envergure, leur étoffe, leur état d’humeur,  leur sens de l’humour, leur violon d’Ingres et leur talon d’Achille. Une telle diarrhée verbale, sur fond de postures grotesques, a marqué les esprits et les mémoires, enrichissant le répertoire tunisien de blagues et de facéties. On en déguste ou on s’en défend selon qu’on a les fesses calées sur l’une ou l’autre rive.

 Il va sans dire qu’il n’est pas aisé, pour nous autres tunisiens, de sortir de l’engrenage à la fois thuriféraire et lénifiant de la dictature mauve pour supporter sans fracas l’effervescence des idées et des débats. Une nouvelle culture qu’on découvre, une autre manière de dialoguer à apprendre et de nouveaux réflexes à apprivoiser. Bien qu’elle ait altéré le langage et la réflexion, la révolution a délivré les tunisiens de leurs boulets et a débouché les artères du verbe. Quand la liberté d’expression prend le pas sur la pensée unique, quand le mot retrouve sa fonction et sa signification, les joutes oratoires, au-delà de leurs convenances ou dérives verbales, donnent une marque de légende et un écho d’humanité à l’environnement politique et social.

 Un mot bien senti, un lapsus, une allusion déplacée, une malheureuse métaphore, une riposte acide, sont tout autant d’expressions qui non seulement reflètent le niveau de profondeur et d’épaisseur des hommes politiques mais trahissent notamment leurs craintes, leurs objectifs inavoués et leurs manières de voir et de juger. Nul doute qu’historiquement, le pouvoir est une question de langage, de sens de la formule, une arme non dans la main mais sur la langue. L’histoire est également l’histoire des phrases et des citations. Les répliques, qu’elles soient cinglantes ou burlesques, tels des emblèmes, voyagent dans l’histoire et le mythe. Au feu de l’action politique, les mots tombent dru, certains font une brillante carrière d’autres ne dépassent guère les confins de l’actualité. Ce sont les lectures et les interprétations qui départagent la dimension historique de celui-ci et le caractère anecdotique de celui-là. Tout est question de perception et d’image.

 Le présent texte tente de compiler les plus belles perles et les plus saugrenues postures commises par les hommes politiques tunisiens depuis deux ans. De nombreuses répliques sages et de réflexions éloquentes ont été certes proférées sur la même période, mais là n’est pas le propos dans ce texte.

Vol au dessus d’un nid de farces !

 L’opinion publique est une femme très exigeante, difficile à captiver. A cet effet, tous les moyens sont bons, quitte à user de populisme à deux sous. Dans ce cadre, peut-on omettre d’associer la théorie révolutionnaire de Moncef Marzouki sur “les chaussures et les chaussettes“, qui aurait fait bondir de jalousie n’importe quel chiffonnier, avec la mine radieuse de Siham Badi levant les pompes de la régente de Carthage tel un trophée. En matière de godasses, elle semble plus chevronnée que le cordonnier diplomatique en exercice Rafik Bouchleka (Abdessalem pour les intimes). Un ramassis de vieilles savates, dirait-on !

Par moment, l’art de se taire est de meilleur conseil que la ruée au verbiage. On fait parfois beaucoup plus de vacarme dans le silence que dans la parlote. Pour preuve, en invitant le bon peuple à “aller boire à la mer“, la diva montre que, dans un moment critique, “tahilha jben” (en référence à un spot publicitaire qu’elle a jugé à caractère délictueux et, à ce titre, a cloué au pilori), au grand dam “des cadavres en état de décès“, perle de notre étranger aux affaires. D’ailleurs, pour donner une profondeur maritime à ladite réflexion de haute philosophie assénée par notre Ministre des Affaires Etrangères, et vraisemblablement, par ricochet, pour prouver que l’eau de la mer, invoquée par son ex-future dulcinée, n’est pas aussi imbuvable,  le président de la république a bien voulu jeter une couronne de fleurs au large de Lampedusa, en l’honneur des victimes tunisiens des bateaux de la mort et des embarcations de fortune.

Cet acte chargé de représentations montre que notre magistrat suprême fait de plus en plus dans la symbolique, notamment après avoir libéré un pauvre canari, en signe d’attachement aux valeurs de liberté, et subi, à Tozeur, une lâchée de bonbons, à défaut de cailloux, manque ayant pour première cause les “pierres importées” par les habitants de Séliana, dixit le gouverneur. Toute la pierraille a été embarquée à Séliana, ce qui a vraisemblablement évité à Sidi Moncef d’en être bombardé, comme c’était le cas à Sidi Bouzid. Pour lui, un jet de bonbons est plus civilisé !

D’ailleurs, ce rocheux gouverneur, que les habitants de Séliana ont voulu évincer, à coups de “Dégage, Dégage !”, a été au centre d’une blague rocailleuse, un autre pavé dans la mare médiatique, taillée dans le marbre par Hamadi Jebali. N’a-t-il pas pesté, pince-sans-rire, que “désormais, il n’y aura plus de Dégage“. Et de lancer une dernière brique “le gouverneur ne partira pas, je démissionnerai avant lui“.

Dieu merci, le comique n’est pas sexiste !

Sihem Badi conserve d’ailleurs de beau reste en matière de déconfiture verbale, osant un aphorisme plutôt acide “le gouvernement tunisien est prêt à envoyer tout le peuple tunisien pour aider Gaza et ne pas se contenter d’une délégation ministérielle“, lors d’un point de presse à son retour de Gaza. Après avoir invité le bon peuple à boire à la mer, la soprano de la Troïka le convie à prendre le large pour envahir les territoires occupés. Il n’y a pas de doute, Sihem Badi tient mordicus à mettre partout son grain de sel et adore prendre à contre pied, partisans et adversaires.

La politique n’est pas faite uniquement de batailles, de rapports de force, de compromis, les mots, tragiques ou burlesques, telles des éruptions, surgissent brusquement, toujours dans l’attente d’une postérité. Quand le crucial dossier des martyrs et blessés de la révolution traine honteusement en longueur et en largeur deux ans après, au grand dam des familles des victimes, il sied de ruisseler de gratitude devant Sonia Toumia, membre de l’ANC, qui, soucieuse de rendre hommage et justice aux martyrs, a proposé de mettre en place, dans chaque gouvernorat (sic), “une maison en leur honneur où ils peuvent se rencontrer et dialoguer“. Toujours bien intentionnée à l’égard des martyrs, en faisant même un bouffon fonds de commerce, Khalti Sonia a réclamé, presque en larmes, “le droit à la gratuité des soins médicaux en faveur de tous les martyrs“. La Toumia n’est pas à sa première grossière boutade, n’a-t-elle pas commis “j’espère qu’un jour on aura des plages rien que pour les femmes“, sans compter sa superbe glissade au sujet de “la pénurie d’eau et ses répercussions négatives sur le déroulement des mariages“.  Plus original, tu meurs….de rire !

 Le sens de la répartie accuse parfois des défaillances, prêtant à sourire ou suscitant de franches rigolades, sinon provoquant la compassion ou l’irritation. Hajja Souad Abderrahim en est la parfaite illustration. Drapée dans sa burqua intellectuelle, la théologienne en herbe, prouvant, si besoin est,  que la gaffe n’est pas sexiste, était montée sur ses grands chevaux pour décocher  ” Les mères célibataires sont une infamie… Éthiquement, elles n’ont pas le droit d’exister… il est inadmissible de leur procurer la protection de la loi “. Encore un peu et elle les aurait lapidées à la place publique, on dirait que la mère célibataire est une personne de second rang, sans droit ni citoyenneté,  qu’on lui consent à peine de respirer !

Gravissant encore plus haut la montagne de la sottise, Raja Haj Mansour, avocate d’Ennahdha et parfois du diable, a ressorti son chapelet d’anathèmes pour vitupérer que “celui qui n’a pas voté pour Ennahdha est un hérétique“. Donc, pour elle, l’électorat tunisien composé, en majorité, de “kouffar”, est une population damnée, promise aux bûches de l’enfer !

Comme quoi, les femmes, au même titre que les hommes, sont capables (coupables) de commettre autant de poncifs décapants, de mots au vitriol et de maladresses verbales. Elles savent tenir la dragée haute et entretenir un vocabulaire abrasif, elles possèdent également le sens de la formule, de la réplique et de la diatribe. Les hommes n’ont point le monopole de la bêtise, loin s’en faut. Les écarts de langage et les pensées triviales ne sont pas inégalement partagés, bien au contraire, Dieu merci, il y a au moins un domaine où la parité acquiert toutes ses lettres de noblesse ! Après tout  ” qu’on soit d’accord, la femme est un être humain” comme l’a si bien indiqué Hbib Kheder. Merci Habboub la science, on tombe des nues, on vient juste de l’apprendre !

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