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Tunisie : Perles du processus transitoire, Florilège ! (Partie II)

Tunisie : Perles du processus transitoire, Florilège ! (Partie II)

Les affres étranges

Dans le même ordre de farces, notre apprenti géographe mériterait bien le titre de guignol national pour l’ensemble de ses œuvres, ou plutôt l’ensemble de ses impairs. Sir Bouchleka, manifestement beaucoup plus imprégné par la faune qatarie que par la flore londonienne, ne brille pas par sa culture générale, notamment ses connaissances géographiques. Son “ignorance encyclopédique” (formule très recherchée, utilisée par Jean Jaurès contre les prétentieux ignares) en la matière fait des gorges chaudes, le rire narquois fuse à chaque déclaration. On ne compte plus ses croustillantes sorties. Si le tunisien, beau joueur, a encaissé, certainement par charité, qu’il réduise “les côtes tunisiennes à 500 kilomètres, Erdogan n’en a pas réagi de même, il n’a pas trop goûté que  Bouchleka Affendi ignore la capitale de la Turquie et confonde ainsi Ankara et Istanbul. Quant aux seychellois, ils en rigolent encore, ne viennent-ils pas d’apprendre que leur pays est un archipel d’Etats. Les Seychelles seraient (ah bon !) les Caraïbes de l’Afrique !

 Personne ne pourrait admettre que le bon vieux Rached Ghannouchi “radhia Allahou anhou” (en attendant le titre homérique de prince des croyants) soit un tantinet fier de son gendre et poulain politique, passé maitre incontesté en galéjades et en annonces comiques. En bon musulman, il n’aurait apprécié que modérément les invectives de Bouchleka à l’encontre Bajbouj, lui rappelant “son âge virtuel“. En outre, se découvrant subitement des talents insoupçonnés de cuisinier, le petit cuistot Bouchleka a conseillé vivement au fin gourmet Bajbouj de “se reposer, rester chez lui, à se goinfrer d’huile d’olive vierge bien tunisien et d’œufs arabes à la coque“. Selon des bruits de coulisses, le cheikh aurait piqué une colère noire (ça lui arrive parfois) en surprenant son beau-fils  attribuer un verset coranique au grand écrivain arabe El Jahidh.

 Entre le “gouvernement de l’ombre“, terme en vogue du reste, qui à la fois fascine et angoisse, dont tout le monde parle mais personne n’a établit l’existence et la “république bananière“, expression que le député Mahmoud Baroudi, qui d’habitude mâche rarement ses mots, a employée pour stigmatiser le gouvernement, ce gouvernement même que Rafik Abdessalem a qualifié de “plus compétent de l’histoire de la Tunisie, le doute ronge les tunisiens sur les talents de ses gouvernants.

 Le mot est parfois une pierre qu’on lance à tête de ses adversaires, une pique qu’on plante là où il ne faut pas. Le président de la république semble cultiver un goût prononcé pour les répliques incendiaires et les mots  provocateurs, notamment à l’encontre de ses homologues arabes. Après avoir “offert l’asile politique à Bachar Assad ” si la Russie n’en veut pas, dans un discours qui reste dans les annales de la présidence, proposition qui a sorti le Kremlin de ses gants, Sidi Moncef, intenable sur sa lancée, a failli précipiter la crise diplomatique en fustigeant le régime monarchique marocain, qu’il a jugé ” antinomique avec la démocratie“. Rabat n’a pas trop apprécié, ce qui a fait foirer, du moins en partie, sa grande idée d’accueillir à Tunis un Sommet Maghrébin. Une autre idée aussi fumeuse a été malencontreusement lancée, à la grande stupeur des membres de l’UMA, et qui a tourné en bourrique le pouvoir tunisien, en l’occurrence, le projet d’ouverture unilatérale des frontières tunisiennes au mouvement des personnes et des capitaux maghrébins. Indiscutablement, on n’a ni pétrole ni idées !

 Les nouveaux cancres !

Il n’y a pas que la géographie, l’histoire est également sollicitée pour nourrir les farces. En effet, la grosse poiture gouvernementale, le lugubre Lotfi Zitoune, actuel conseiller politique du chef du gouvernement, développe le “syndrome de l’anachronisme”. Le génie, il a encore le calendrier figé à la journée 14 Janvier 2011. Face à n’importe quel interlocuteur, il éprouve un malin et malsain plaisir à sortir son fusil chronologique pour mitrailler sa sempiternelle question “où étais-tu avant le 14 Janvier 2011 ?“. On dirait qu’il a longtemps milité contre la dictature déchue alors que tout le monde sait qu’il faisait office, à Londres, de secrétaire particulier de Rached Ghannouchi et que personne ne lui connait un geste de protestation.

 Par une phrase, un commentaire, on peut sortir de la mêlée, desserrer les rangs partisans et réagir en solo, il n’est plus question de discipline de groupe mais de conviction personnelle. Lotfi Zitoune a cassé un ressort dans la mécanique partisane. Grand manitou de la campagne « Ekbes”, mise en place rien que pour descendre Nida Tounes, le bulldozer cathodique a multiplié les vertes et pas mûres au sujet de sa “liste noire” des journalistes corrompus qu’il n’a cessé de brandir comme une épée de Damoclès pour finalement s’en désintéresser et vaquer à d’autres types de chasse aux sorcières. Le gros chat noir du gouvernement a eu au moins le mérite de ramer à contre courant de son parti lors de la nomination de Chedli Ayari au poste de gouverneur de la Banque Centrale en taclant “la désignation de Chedly Ayari ne peut être assimilé qu’à une ingestion du poison“. Une olive empoisonnée, on aurait tout vu !

 Il n’est pas donné à n’importe qui de savoir distinguer le bon grain de l’ivraie et de chasser les mauvaises herbes moisissant sur la bouche. Que dire de son compère Houcine Jaziri , Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des affaires sociale chargé de l’immigration , qui s’est mêlé les pinceaux et souhaité un “joyeux Noël” à la communauté juive de Tunisie, après avoir fustigé Nida Tounes pour avoir organisé sa réunion dans “un hôtel dont le propriétaire est de confession juive” et accusé les partisans de ce parti d’avoir “volé 30 serviettes et deux téléviseurs dudit hôtel“. Un vrai record ! Faire autant de  gaffes dans une seule émission est une prouesse innommable. Le mec, à en juger par le rythme effréné de ses gags et par sa rigidité psychologique, ne serait-il pas une cause, entre autres, de l’immigration clandestine des jeunes tunisiens tellement on a marre de le voir écumer les plateaux TV et les chaines Radio avec son air coincé, sa maintien autocrate  et sa faconde univoque et figée.

 Tout compte fait, ça part en vrille de partout, “lè kou3, lè bou3“, tic linguistique cher à Bajbouj, rien qu’un assortiment de farces en guise de pensées et une mosaïque de vieux clichés usés jusqu’à la corde en termes d’images. Quand l’enjeu partisan précède l’intérêt national, il n’y a plus qu’à assener le mot terrible comme l’a fait Bajbouj en qualifiant certains agents policiers de “grouda“(singes) ou en traitant  de demi-portion le parti El Massar, pourtant son allié,  “demi parti, valant 0,6% dans les intentions de vote” ou Rached Ghannouchi qui n’a pas manqué de proférer Nida Tounes est plus dangereux que le mouvement salafiste. D’autres tordus rhéteurs, membres de l’ANC, ont pété plus haut que leur cul, ils ont voulu faire de l’esprit en usant d’un jeu de mots nauséabond pour traiter leur collègue, Brahim Gassas, de “bassas“(péteur). Ce dernier en a pété un câble, à juste titre d’ailleurs, donnant à l’enceinte de l’ANC les allures d’un marché aux puces !

 La bouffonnerie est à son comble quand on surprend Abdelwaheb Maâtar, Ministre de l’Emploi, récuser “être chargé de l’emploi“. Encore plus fort, le bonhomme a invité “les détenteurs de diplômes universitaires en chômage à cueillir les olives pour avoir la priorité d’emploi“. Voilà certainement un des secrets du “miracle économique réalisé par la Tunisie cette année” selon l’analyse de Mohamed Ben Salem, Ministre de l’Agriculture, qui apparemment vivait dans une autre planète. Lui emboitant le pas, Abdellatif Mekki, Ministre de la Santé Publique, s’adonne au même grand écart, à titre de soin palliatif, imputant, dans une analyse thérapeutique de grande portée, la pénurie des médicaments à “l’augmentation du nombre de malades“. Argument chirurgical avec lequel il a mis sous perfusion ou sous sédatif ses détracteurs. Hippocrate en aurait chopé un rhume de cerveau.

 Les dieux sont tombés sur la tête !

Et c’est à juste titre d’ailleurs que Hamadi Jebali, chef du gouvernement, entourés de bras cassés, pestait “où est le gouvernement ?“,  pointant le doigt sur le grand gourou, Rached Ghannouchi, qui arpentant les coulisses du pouvoir, tire les ficelles et manipule les fantoches ministériels. Les  grands braillements existentiels de Hamadi Jebali ont donné lieu à des égarements des plus cocasses, révélateurs  d’un esprit tourmenté. Ses lapsus sur le sixième Califat et sur “la dictature naissante” (au lieu de démocratie naissante) sont-ils aussi fortuits que s’efforcent de marteler ses partisans ? Dans la même occurrence, peut-on passer sous silence les révélations matraquées par Hamadi Jebali, dans une interview exclusive accordée à “Réalité” le 17 Février 2011, à savoir, la Chariaâ est  “un texte divin et Dieu ne peut prescrire l’iniquité pour les humains“, ajoutant qu’Ennahdha “n’interdira pas le licite permis par Dieu lui-même, sinon nous ne serions plus un mouvement islamiste“. Ce qui laisse penser que ses lapsus, ci-dessus mentionnés, n’en sont pas de cet acabit mais suintent bien les relents moyenâgeux d’un agenda caché. Le programme occulte serait-il d’appliquer la Chariaâ  après l’installation irréversible de la démocratie ? On attend de voir, même si les effluves d’un tel scénario  narguent aujourd’hui les narines de la république !

Aux formules éruptives et non moins corrosives de son chef de gouvernement, Sidi Moncef, après un tour de baisemain que n’aurait pas renié le dernier Bey, ajoute sa voix au chapitre des lamentations en s’interrogeant “où va les pays ?“, on dirait qu’il n’en est en rien concerné ! Il faut dire quand on est bombardé à Carthage suite à un concours de circonstances, il est dans l’ordre naturel des choses que l’agitation prenne  le pas sur la pensée et que l’entendement en soit vicié. “Bonté divine ! C’est normal ça ? C’est quoi cette impolitesse ! Il n’y a rien à dire !!” a vociféré encore une fois Sidi Moncef.

La légende rapporte que sur le fronton de l’Académie qu’il avait fondée, Platon avait gravé  la devise “Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre”. Nombreux ministres tunisiens n’auraient pas fait long feu dans cette école, compte tenu de leur ignorance perpendiculaire de la géométrie, comme l’algèbre d’ailleurs. Incontestablement, Ali Larayedh, Ministre de l’Intérieur, n’a pas l’étoffe pour être disciple de Platon dans la mesure où il ne sait ni prendre les devants ni assurer ses arrières. Dans sa tactique de sécuriser le périmètre de l’ambassade américaine et contenir l’invasion des salafistes, son sens de la géométrie lui a fait défaut, ces derniers étaient “venus de derrière” alors que les forces de l’ordre les “attendaient de devant“. Comme quoi, les salafistes feraient de bien meilleurs mathématiciens !

Pas plus qu’Ali Larayedh, le président de la république ne risque pas de figurer parmi les élèves de Platon. N’a-t-il pas, dans un moment de grande méditation euclidienne, affublé le Ministère des Affaires Etrangères du sobriquet “Ministère de l’Intérieur à l’Extérieur“. Sur la bouche de Sidi Moncef, la boutade frôle beaucoup plus l’exercice de style, bien arraché par les cheveux, que le sens de la formule dont ses causeries manquent terriblement. D’ailleurs, il collectionne tellement les ratés qu’on se demande que si, faute de quoi, il en étoufferait ! Voilà comment le chef suprême des affaires étrangères, mauvaise langue, insulte la diplomatie tunisienne.

Encore moins, Hamadi Jebali ne peut intégrer l’académie de Platon. Il semble en mauvais terme non seulement avec la langue française mais également avec le calcul mental, il massacre la table de multiplication comme le patois de Voltaire. Pour lui,  “22 Milliardsx6 est égal  à 66“. Kawarezmi en aurait certainement avalé son tableau logarithmique de dépit !

A suivre …

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