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Tunisie: Pourquoi remettre en débat la création “ d’un conseil supérieur de l’islam” s’interroge Nadia Chaabane

Tunisie: Pourquoi remettre en débat la création “ d’un conseil supérieur de l’islam” s’interroge Nadia Chaabane

Nadia Chaabane  élue du Pôle Démocratique et Moderniste (PDM) à l’ANC a publié un article dans lequel  elle s’interroge sur la nécessité de remettre en débat la création d’une instance constitutionnelle, à savoir, un conseil supérieur de l’Islam. Elle soupçonne le groupe parlementaire du parti Ennahdha de vouloir imposer ce débat alors que la création de cette institution n’a pas suscité l’approbation au niveau de la commission de l’intérieur de la commission 5 de l’ANC sur les instances constitutionnelles, elle livre des réalités qui sont souvent occultées devant le grand public.

Voici ses réflexions sous le titre:

Pourquoi remettre en débat “un conseil supérieur de l’islam” ?

Pourquoi un conseil supérieur de l’islam aujourd’hui, pourquoi imposer un nouveau débat autour d’une instance constitutionnelle qui n’a pas recueilli de majorité dans la commission, au nom de quoi ?

Dans la commission 5 «Instances constitutionnelles » nous avons adopté par consensus une méthodologie de travail que tous les groupes se devaient de respecter puisqu’ils étaient d’accord au départ pour l’adopter.

L’accord conclu dans la commission était le suivant : les instances qui n’ont pas de consensus ou de large majorité ne sont pas retenues par la commission pour être proposées à l’instance de coordination mais elles peuvent être proposées à la séance plénière.

Cet accord est aujourd’hui trahi puisqu’un groupe Ennahdha veut imposer le retour en commission pour rouvrir le débat sur un Conseil supérieur de l’Islam et imposer ses desiderata à la majorité.

Notre commission 5 à l’ANC “les instances constitutionnelles” a proposé sa copie à la commission de coordination avec 5 instances constitutionnelles autour desquelles il y a eu consensus :

1-Instance indépendante des élections,

2-Instance indépendante des Médias,

3-Instance Nationale pour Droits Humains,

4-Instance pour le développement durable et la protection des droits des futures générations

 5-Instance Nationale de la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption.

 Quatre autres instances proposées ont fait l’objet de divergence

* Conseil supérieur des tunisiens à l’étranger. Cette proposition a obtenu une petite majorité lors d’un premier vote et unique qui a eu lieu dans la commission. Les élus de Nahdha se sont opposés à la constitutionnalisation de ce conseil. C’est un projet que je défends avec une proposition écrite à la commission (un exposé des motifs, les prérogatives et la composition). Ce projet fait partie du projet constitutionnel du PDM.

* Conseil supérieur de l’islam, n’a pas eu de majorité. Seuls les élus de Nahdha ont défendu ce projet. Devant le refus des autres composantes, il n’a donc pas été retenu par la commission.

* Une instance autour des données et de la transparence, elle n’a pas eu de majorité. J’ai défendu ce projet mais il n’a pas obtenu d’accord dans la commission.

* Conseil supérieur de l’éducation et recherche scientifique, n’a pas obtenu de majorité quant à la pertinence de sa constitutionnalisation.

Une élue de Nahdha a proposé un conseil de la Fatwa, elle est la seule à le défendre avec Habib Khidhr qui l’a proposé à notre commission. Pour les autres élus du même groupe, ils proposent d’inclure ses prérogatives dans le conseil sup de l’islam. Eux mêmes ne sont pas tous favorables à cette instance.

Après la remise de la copie de la commission à la coordination, certains élus insistent pour remettre en discussion les instances qui n’ont pas obtenu de majorité dont le conseil supérieur de l’islam.

La commission joue les prolongations et se réunit de nouveau

 Le conseil supérieur des tunisiens à l’étranger passe au vote et il n’a plus de majorité. Le conseil supérieur de l’éducation et de la recherche obtient une petite majorité au vote et autour du conseil supérieur de l’islam, le blocage perdure et toujours pas de consensus.

Le 3 septembre, on est appelé à nous réunir de nouveau et de faire des auditions à ce propos. Pourquoi remettre sur le tapis un sujet de polémique qui n’a même pas recueilli une courte majorité, d’autant qu’il ya des doutes plus que légitimes quant à la nécessité d’une instance « le conseil supérieur de l’Islam ».

Il existe déjà un conseil de l’islam en Tunisie, mis en place dans les années 90, pourquoi ne pas le réinvestir et pourquoi vouloir à tout prix une instance constitutionnelle.

L’argument qui revient le plus fréquemment chez les défenseurs de ce projet est qu’un Conseil Supérieur de l’Islam garantirait la non-instrumentalisation de la religion.

Lorsqu’on observe les « guerres » pour les mosquées, les groupes salafistes qui prolifèrent et exercent différents types de violences, harcèlement moral et psychologique, violence physique, rébellion contre les institutions et contre les autorités, on ne peut que se poser la question. Comment confier la gestion des affaires religieuses à une instance qui échapperait à l’exécutif et au législatif ? Comment faire confiance et rassurer quant à la volonté de défendre un projet de société réformateur et ouvert sur le monde ?

 Alors que nous avons grand besoin de rassurer les tunisiennes et les tunisiens, on s’aperçoit que les défenseurs de ce projet risquent finalement de remettre en cause le consensus national autour de l’article 1 et du caractère civil de l’Etat en vidant le ministère des affaires relieuses de ses prérogatives pour les confier à une instance indépendante, et instaurer par la même occasion, une sorte de “clergé” inexistant dans le sunnisme en général qui prendrait en charge le volet religieux et pourrait l’instrumentaliser à souhait.

Aujourd’hui, nous avons besoin de rassurer les tunisiennes et les tunisiens et ce n’est certainement pas en rouvrant ce débat dans lequel s’engouffreront les diviseurs de tous genres que nous allons consolider les liens dans notre société.

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