Politique

Tunisie : Les prouesses footballistiques du président de la république

Le bon vieux BCE, Bajbouj pour les supporters et les sympathisants, en tenue d’arbitre, n’en fait qu’à sa tête quand il met un pied sur le rectangle vert. Rompu à l’art du contre-pied, il répand sa verve sportive au gré de son humeur et à la tête du client. Le renard de la surface carthaginoise, habitué à changer de crampons et de maillots, n’a cure de  multiplier les coups francs et les passes à l’adversaire. Il continue à se donner en spectacle, au grand amusement de la galerie, surtout aux travées des virages. Il adore les balles en cloche médiatiques et les coups de ciseaux dans l’opinion publique, sportive cette fois-ci. Il aime laisser derrière lui une trainée d’interrogations sinon de remontrances.

A cet effet, il multiplie les tirages de maillot, pour partir en dribble, jonglant avec les partis-pris et les passages en force. Les tirs qu’il décoche croit-il en pleine lucarne ratent lamentablement le coche et ternissent encore plus son esprit sportif, foncièrement intéressé, donnant une idée ,pour le moins partiale, de son déploiement sur la scène sportive nationale. Pour lui, l’essentiel étant de garder la main sur le jeu politique et le pied sur la balle républicaine. Que son image de président de tous les tunisiens soit altérée, du moins dans le microcosme sportif, cela ne semble pas entrer dans sa tactique de match ni dans sa ligne de compte. Il n’a que faire des déçus et autres aigris !

Quand Hamdi Meddeb, président des “sang et or”, a annoncé sa démission, le chef de l’Etat, sifflet à la bouche, n’a pas hésité une seconde pour venir à la rescousse, tacler par derrière et dissuader le magnat des produits laitiers de quitter son poste, avec le succès que l’on connait, à la grande joie des “Mkachkhine. Hamdi Meddeb a obtempéré, regagnant dare dare sa fonction et reprenant les rênes de son club. Quand Bajbouj demande, Bajbouj obtient! On ne refuse rien au légendaire joueur BCE d’autant plus que son fiston chéri est membre du bureau directeur de l’équipe de “Bab Souika”. Et quand le fils à papa éternue, le paternel chope un rhume, en politique comme en sport.

A peine Ridha Charfeddine, étoile filante, c’est le cas de le dire, a ouvert la bouche pour faire part de sa décision de claquer la porte à la “perle du Sahel”, charge devenue trop lourde de son avis, voilà que le président de la république, par une reprise de volée dont il a le secret, l’a enjoint à faire marche arrière et à rester fidèle au poste. Une sorte de carton rouge que BCE a brandi et qui ne supporte aucune contestation. C’est pour la bonne cause, après tout. Figure de proue au Sahel, membre de Nida Tounes, qui plus député à l’ARP, Ridha Charfeddine est suffisamment homme du sérail, outre son rôle de bailleur de fonds du parti, pour que le résident de Carthage consente à n’en rien faire ou essayer pour rétablir la situation et ramener son nidaiste à de meilleurs sentiments.

En revanche, quand Slim Riahi a démissionné des “rouge et blanc”, un autre bastion du sport tunisien, Bajbouj n’a pas remué ne serait-ce un traitre sourcil, à la vive incompréhension du peuple clubiste. Non que ce dernier s’accroche aux basques de son président, loin s’en faut, mais tout simplement à cause de l’attitude inégale, préférentielle, voire même discriminatoire de la magistrature suprême. De toute évidence, la crise, le chaos et le risque de déchéance que court le club de “Bab Djedid” n’est pas loin d’être le cadet de ses soucis ou le minime de ses intérêts. Il s’en fiche royalement, nul doute. Il a feinté partisans et adversaires. Et là c’est aussi l’argument politique, plutôt politicien, qui conditionne l’action présidentielle mais à l’envers du décor et au revers de la médaille.

Et ce, sans compter la succession de démissions que d’autres clubs ont accusée. Clubs, à ses yeux, sans aucune importance pour mériter une intervention de sa part, aussi symbolique soit-elle, tout au moins un petit clin d’œil de compassion. Chez Bajbouj, il y a club et club, tout le monde n’est pas loti à la même enseigne. Après tout, il a bien snobé le grand Club Africain, il peut tout de même envoyer paître les autres. Il botte en touche  quand il ne met pas tout ce beau monde hors-jeu. Il aura raté une grande carrière de libéro !

Tel un gardien dans sa cage, et sur sa ligne, Bajbouj arrête les démissions comme les pénaltys. Mais pas n’importe quel coup de réparation. Ses prouesses sont en fonction du tireur. Il ne plonge pas face de quiconque, et pas pour n’importe quelle balle. Les deux bastions décapités, orphelins de leur président, le BCE national en aurait attrapé une cirrhose sportive. Quant au Club Africain, il s’en fout comme de son premier ballon en tissu. Il reçoit bien Slim Riahi pour le faire revenir au bercail du Pacte de Carthage dont ce dernier a déchiré les pages, dans un geste tout en ostentation et en défi, mais nullement pour le faire revenir au Parc A.

A moins que le bon vieux BCE, bête politique comme il est, n’ait compris que Slim Riahi est complètement grillé au Club Africain et que toute tentative de sa part de lui faire ravaler sa démission susciterait le tollé des clubistes au regard desquels Slim Riahi n’est plus en odeur de sainteté, voire pire : une gangrène à amputer. Fort de la lucidité que lui confèrent son âge et son expérience, Bajbouj aurait compris l’erreur de susciter le diable (rouge à l’occasion) et de braver les vents contraires. Dans un tel cas de figure, mettre une bonne partie du public clubiste à dos équivaudrait à s’aliéner une bonne frange de son électorat.

Match truqué dès le premier sifflet.

 

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