Tunisie: Quelle légitimité pour un Gouvernement incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens?

Les jours se suivent et se ressemblent apportant chacun son lot de violence faisant poindre des menaces sur la paix civile et craindre une dérive du processus de transition démocratique.

En effet, jour après jour des violences et des provocations, allant crescendo, sont commises par des salafistes qui se font aidés par des malfrats, ciblant des intellectuels, des journalistes, des membres de l’opposition les empêchant de s’exprimer ou d’exercer leur droit de grève (Zied Krichène, Hamadi Rdissi, Jaouhar Mbarek, Maya Jéribi…) des femmes sous prétexte que leurs tenues vestimentaires sont indignes(cachez moi ce sein que je n’ose voir !), des libraires , des artistes, l’UGTT…

De la profération de menaces, on est passé à des tentatives ici et là pour appliquer la charia, couper la main d’un présumé voleur à Jendouba, puis à l’acte avec attaques des débits d’alcool, de bars et d’ hôtel à Jendouba , à Sidi Bouzid, à Gafsa pour faire appliquer leur loi et priver leurs propriétaires de leur gagne pain, pourtant autorisé par les lois en vigueur, devant le refus de ces derniers leurs établissements sont saccagés puis brûlés.

Les médias sont également victimes de harcèlements et de menaces, des journalistes des hommes de théâtre ( Rjeb ElMogri au Kef est l’objet d’une tentative d’assassinat) , destruction des équipements de la chaîne de télé El Hiwar, …

L’aéroport de Tunis Carthage est envahi pour essayer de faire rentrer des prédicateurs salafistes marocains dont un impliqué dans un attentat ayant fait 14 morts à Marrakech, autre tentative avec démonstration de force au port de la Goulette…

Des postes de polices sont attaqués et incendiés, est ce pour détruire la logistique de défense et créer des zones de non droit et où ne régnerait que leur loi, un émirat à l’instar de celle de Sejnane ?

Une passivité “complice” du Gouvernement

A chaque fois des groupes salafistes, armés de bâtons et d’armes blanches, (à quand les armes de guerre ?) sont mis en cause.

Alors que les autorités continuent à appliquer la politique des deux poids deux mesures ; promptes à jeter en prison le directeur d’un journal , avec une célérité inouïe, pour la publication d’une photo qu’on a trouvée un peu osée, à tabasser sans ménagements, les demandeurs d’emplois ou les blessés de la révolution venus revendiquer leurs droits, ou ceux qui sont venus manifester pacifiquement les 9 avril et 20 mars ! mais magnanimes et indulgentes avec les auteurs d’occupations illégales des universités (Manouba, Kairouan..) des agressions contre les doyens, professeurs, journalistes, ou profanateur du drapeau national ; ceux la restent impunis ou sont condamnés à des peines légères !

Ce sont nos fils et ils me rappellent ma jeunesse dit M. Ghannouchi, ils ne viennent pas de Mars rétorque M. Jébali, quand on leur demande la raison de tant d’indulgence, indulgence et passivité qui donnent des ailes aux salafistes et les poussent à plus d’audace et d’outrecuidance.

En fait, Ennahdha se dévoile et n’essaie même plus de maintenir une façade modérée( profitant de la léthargie des partis d’opposition occupés à leurs querelles intestines) et son discours sur son choix pour un État civil n’est plus crédible, elle met progressivement, en testant à chaque fois la résistance de la société civile, son projet de transformation de la société, cherchant à changer notre société, notre mode de vie, attenter à nos libertés et à nos acquis en se faisant aider par son bras armé les salafistes .

Elle s’attelle, ainsi, à une opération de destruction méthodique, insidieuse et subtile des acquis de modernité, de tolérance et de liberté.

Les forces de l’ordre, excédés par cette carence criminelle qui met en danger leur sécurité propre et celle des citoyens et de leurs biens, ont lancé, par la voie de leur syndicat national, un cri de détresse demandant aux membres du conseil supérieur des forces de sécurité intérieure de prendre leur responsabilité, sans attendre la volonté politique pour mettre fin à ses débordements !

Face aux protestations de la société civile, de l’écho désastreux qu’ont eus ces graves incidents dans les médias internationaux et le cri d’alarme lancé par le ministre du tourisme, le ministre de la justice s’est pourfendu d’un communiqué menaçant de faire appliquer la loi !

Faut-il y voir les prémices d’un sursaut salutaire ou une gesticulation révélatrice d’une impuissance ou de duplicité ?

Ennahdha , en tolérant ces dépassements qui portent atteinte aux biens des personnes, à leur intégrité physique va les pousser à s’armer pour se défendre, ce qui conduirait le pays vers la guerre civile.

Un Gouvernement qui n’assure pas la sécurité de ces citoyens perd sa légitimité

Sur les plans économique et social la situation n’est pas meilleure et il ne faut pas chercher ailleurs, l’origine de ce climat insurrectionnel qui règne dans le pays de Aïn Draham à Gafsa, ce ne sont ni l’UGTT ni l’opposition qui en sont les instigateurs, c’est cette inquiétude quant à leur devenir et la désespérance dans laquelle les plonge l’incurie et l’incompétence du gouvernement qui en sont la cause.

Cinq mois après la constitution du Gouvernement Jebali et 17 mois après la révolution, que la situation n’a pas changé, elle a plutôt empiré!

• Le chômage (surtout celui des diplômés) continue à battre des records19, 2% contre 10,5% en moyenne dans les pays de l’UMA

• Les prix, surtout ceux des produits alimentaires atteignent des sommets inconnus, les tomates sont à 1,5DT le kg, le poivron à 1,8 le kg, le poulet à 5,4 D/kg, l’inflation est passée en un an de 3,5 à 5,5%

• La note souveraine de la Tunisie a été dégradée par l’agence de notation S&Poor’s, dernière note avant le « no investment » en effet l’investissement dans notre pays est considéré par cette agence comme spéculatif et ce sur le moyen terme, ce qui est grave c’est que cette agence explique sa position par le fait qu’elle considère que le gouvernement en place n’est pas capable de redresser la situation ! ces experts sont ils aussi à la solde de l’opposition ?

• Cette notation va renchérir le crédit dont on a besoin pour financer nos investissements et également nos importations à cause du renchérissement des assurances à l’export (Coface,Hermès..)

• La Loi de finances complémentaire, qui selon le Gouvernement devait répondre aux aspirations des populations, ne parait pas si “révolutionnaire” que cela. Plusieurs dispositions ne sont que la reprise de celles déjà inscrites dans la Loi de finances élaborée et conçue par le Gouvernement Caïd Essebsi ou pire encore dans les Lois de finances successives prises par le Président déchu.

• Quant au budget complémentaire pour 2012, comment ne pas s’inquiéter devant l’invraisemblance des hypothèses qui ont permis son établissement :

– Un taux de croissance de 3,5 % alors que le Maroc et la Turquie n’ont retenu pour 2012 qu’un taux de 3 % pour tenir compte des difficultés et aléas de l’économie mondiale.

– Un pourcentage minoré du déficit budgétaire par rapport au PIB = 6,6% alors que,selon les experts, ce déficit doit se situer autour de 8,9 % (6.218 MD et non pas 4.568 MD).

En effet, les autres ressources exceptionnelles et non récurrentes, correspondant au produit des confiscations (1.200 MD) et la contribution volontaire (450 MD), ont été tout simplement assimilées à des ressources normales alors que de toute évidence elles ne le sont pas!

• Les projets annoncés et que les ministres sont allés présenter aux populations, outre que ce sont la reprise des vieux schémas de développement , qui ne répondent donc pas aux exigences de répartition équitable des richesses entre les régions et les populations, n’ont pas de financement prouvés ! et demanderont donc du temps pour voir un début de réalisation. En ne le disant pas aux populations, la réaction de celles-ci dans quelques mois risque d’être violente parce qu’elles croiront qu’elles ont été flouées !

• La création d’emploi est tributaire d’investissement et ce ne sont pas les emplois dans la fonction publique qui vont résoudre le problème du chômage, l’investissement est lui tributaire de la confiance, sans confiance point d’investissement, point de croissance donc point d’emploi ! il faut rétablir la confiance.

• La confiance ne se décrète pas, elle s’instaure en donnant des gages au peuple, en fixant un horizon clair au peuple, en établissement sans équivoque d’une feuille de route claire pour la prochaine étape (date des prochaines élections, mise en place des institutions qui vont les superviser, règlement des problèmes des martyrs et blessés de la révolution…) cela est de nature à rassurer les bailleurs de fonds et nos partenaires étrangers et inciter les investisseurs locaux et étrangers.

• La confiance, c’est aussi le retour au consensus dans la gestion de cette phase transitoire et non la recherche , sous couvert de légitimité électorale, à mettre la main sur tous les rouages de l’État en vue des prochaines échéances, en recourant à des nominations, sur le seul critère de l’appartenance aux partis de la troïka, se préoccuper de sa réélection est légitime pour un parti politique mais pas au détriment des intérêts supérieurs du pays et le droit de ses populations à la sécurité alimentaire et à la sécurité de ses biens et son intégrité physique.

Sachez messieurs de la Troïka qu’un gouvernement incapable d’assurer la sécurité alimentaire de son peuple perd sa légitimité, un Gouvernement incapable d’assurer la sécurité de ses citoyens perd sa légitimité, parce que la légitimité électorale se perd quand la confiance sur le terrain est perdue !

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