Tunisie : Rafik Abdessalem & Etats des Seychelles

Rafik Abdessalem, dont l’unique fait d’arme, le seul mérite pour être bombardé chef de la diplomatie tunisienne, est d’être le gendre du gourou national, brille beaucoup plus par ses sorties de route médiatiques, ses comiques effets d’annonce et ses leitmotivs usés jusqu’à la corde que par ses talents diplomatiques. La dernière en date, et non la moindre, dans l’étroite lignée de sa fantasque culture générale, est sa déclaration sur “les Etats des Seychelles” (sic). Il est clair que notre apprenti géographe a pensé que les Seychelles, parce que le terme s’écrit au pluriel, est comme les caraïbes, région composée de nombreux pays. Il aurait vraisemblablement commis la même boulette s’il s’agissait des Philippines ! La géographie, ça le connait, il en est incollable !

Tout est donc possible pour un bonhomme, qui plus est Ministre des Affaires Etrangères, qui a fait pourtant deux fois le tour du monde en moins d’une année, pour qui “Istanbul est la capitale de la Turquie“. Imperméable à la moindre critique, enlisé dans les abysses de la démagogie, notre grotesque chef de diplomatie ne quitte jamais sa tour d’ivoire, il se croit la 8ème merveille du monde, une lumière, un grand esprit, le tsar du savoir, une rivière de connaissance. Le stratège de foire foraine, otage de telles frustes certitudes, s’estime indéboulonnable de son poste et non moins irremplaçable ! Encore une preuve soit de cécité soit de mauvaise foi, à moins que ce soit les deux à la fois, auquel cas, Il est beaucoup plus à plaindre qu’à condamner, ceci dit sans fioriture ! Derrière ses écrans de fumée, il n’a pas encore saisi que sa notoriété dans l’opinion publique est redevable beaucoup plus à son “ignorance encyclopédique” (formule qu’aime décocher Jean Jaures aux prétentieux ignares) qu’à sa compétence professionnelle ou à l’étendue de sa culture.

 Dommage qu’il ait annulé, sous la pression politique et médiatique, sa visite de travail aux Seychelles, en Août 2012 (visite qu’il a d’ailleurs montée de toutes pièces, juste par appétit d’exotisme aux frais de la princesse), sinon il se serait rendu compte qu’il s’agit d’un pays, un micro-Etat du reste, et non un continent, et nous aurait ainsi épargné sa toute dernière gaffe. Quand bien même il ne résiste pas au plaisir d’en commettre et d’en être tourné en bourrique. On dirait qu’il a toujours besoin pressant de sa dose de réactions désopilantes et de faire le buzz sur les réseaux sociaux sinon il en tombera en net manque ou raide mort.

  Il est clair qu’à trop avoir calé ses fesses dans les salons moelleux, à Londres et à Doha, il a perdu le contact avec la situation et le sens de la réalité. Sinon, par quelle insondable vue de l’esprit, et par quel prisme déformant, il a réduit les côtes tunisiennes à 500 km ou bien il a braillé “l’ambassade de Tunisie à Palerme“, tous les chemins ne mènent pas à Rome parait-il, même “les cadavres en état de décès” dans le large de Lampedusa en font encore des gorges chaudes. Manifestement il a le même niveau de connaissance en linguistique qu’en géographie. Il use et abuse de pléonasmes jusqu’à faire étourdir son auditoire et jusqu’à perdre le fil de ses idées si jamais il en a !

 On peut, bien volontiers, et par charité toute républicaine, imputer à sa légendaire agitation cérébrale et à son assommante diarrhée verbale sa célèbre glissade sémantique attribuant un verset coranique à l’écrivain El Jehadh, mais que dire quand notre cancre national, plus connu par sa turbulence à la recréation que par son assiduité en classe (il est toujours entre deux avions, fréquemment absent des conseils ministériels), assène, sans vergogne ni mesure, que “le gouvernement actuel est le plus grand dans l’histoire de la Tunisie“. Dans l’histoire ? Peut-être, mais certainement pas en géographie ! (fine réplique piquée sur facebook).

Dans le vaudeville de mauvais goût que présente le gouvernement sur le théâtre de la république, Rafik Abdessalem est incontestablement le comédien le plus hilarant. Dès qu’il l’ouvre il nous sort un gag, il se surpasse en galéjades et pitreries. Rompu à l’art de la bouffonnerie, maitre es-science de la facétie, élevant la boutade au rang  de mode opératoire, donnant à la farce ses lettres de noblesse, Rafik Abdessalem a au moins le mérite d’égayer notre accablant quotidien et de nous arracher quelques sourires, voire de franches rigolades. Ce serait dommage, notamment pour le taux de bonne humeur national, qu’il soit passé à la trappe lors du prochain remaniement ministériel. Un nouveau gouvernement sans notre guignol préféré est un non sens, presque un drame national. Un homme aussi burlesque ne peut être qu’au devant de la scène et non dans les coulisses.

Aux dernières nouvelles, un groupe est en cours de création sur facebook réclamant le maintien de notre « ministre » favori au gouvernement. Ce serait une grave erreur s’il était évincé du nouveau casting. Le cas échéant, il nous manquera. Sans notre tonton blagueur, ses faux tours de magie, ses loufoques acrobaties intellectuelles, son sens du canular et son goût de l’hâblerie, les prochains jours seront plus barbants et moins drôles. Le peuple a choisi son clown national !

Plus risible et meilleur goujat que Rafik Abdessalem, tu meurs…de rire !

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