news

Tunisie : Reconstitution ou mauvaise farce ?

Tunisie : Reconstitution ou mauvaise farce ?

reconstruction meurtre chokri belaid

Quelle est l’utilité de procéder à une reconstitution du crime alors que l’assassin court toujours ? Est-il admissible de quadriller le quartier, avec une imposante présence policière (agents de tous genres, forces spéciales, tireurs d’élite)  juste pour revoir comment le complice (accompagné certainement d’un comparse en guise de meurtrier, ce dernier courant toujours) a fui sur sa moto ? C’est un peu gros comme démonstration pour être digérée. Toute une armada pour un démarrage de bécane. Ce n’est rien qu’une opération de diversion, surmédiatisée, une opération de communication de grande envergure diraient certains, à laquelle a accouru une grande foule, comme témoin privilégié de cette farce de mauvais goût. Tous les organes et moyens de presse étaient sur place pour immortaliser l’évènement qui, en fait, n’en était pas un. Au lieu de reconstitution, on s’est farci une prostitution et une démonstration de racolage sur les lieux du crime.

 Derrière une telle précipitation à mettre en route la reconstitution, que se faufilerait-il ? Que dissimulerait-on ? Les questions prolifèrent. N’importe quel apprenti policier ou juge stagiaire dirait qu’il n’est pas dans les règles de l’art d’expédier une opération criminelle de remake avec une telle mise en scène et tout ce montage à grande échelle, aussi disproportionné que loufoque, loin s’en faut. Est-ce la raison d’Etat ? Est-ce une manœuvre pour donner plus d’atouts au ministre de l’intérieur sortant, prochain chef du gouvernement ? Est-ce une façon de redorer le blason d’un appareil sécuritaire et judiciaire en rupture de confiance avec l’opinion publique tunisienne ? En tout état de cause, il y a eu politisation de la reconstitution alors que, dans sa conférence de presse, le ministre de l’intérieur a invité toutes les parties à ne pas politiser la question. Allez comprendre le fin fond des choses !

 Entre le vaudeville et le dramatique, cette démonstration de force n’est pas de nature de restaurer les rapports de confiance tant elle est suspecte et outrancière. Et c’est tout à fait compréhensible que certaines langues (mauvaises langues ?!) se délient pour voir anguille sous roche et accuser le gouvernement de manipulation de l’opinion publique et de basse instrumentalisation de l’assassinat.  Il n’est pas question là de dresser un procès d’intentions, bien au contraire, mais il y a tant de zones d’ombre et de brèches d’interrogation pour ne pas suggérer l’idée d’une parodie de reconstitution ou d’un scénario de conspiration au niveau de l’Etat. Une omerta sur les vrais coupables déguisée en un grand film d’action dont les tunisiens sont peu ou prou habitués. Une production grandeur nature pour impressionner l’opinion publique et détourner l’attention.

 Bien que toutes ces questions restent pertinentes et justifiées, et pour être juste et objectif, il n’est pas exclu que la reconstitution, telle que mise en œuvre, obéit à une logique et une procédure bien établie. Il ne s’agit pas de chercher la petite bête, vaille que vaille,  mais quand l’interrogation s’impose et quand la situation souffre d’opacité, il est tout à fait dans l’ordre naturel des choses de poser des questions et de faire part de son incompréhension.

 Alors, pourquoi cette pièce de théâtre (si pièce de théâtre il y a) ?

Que se passe-t-il en Tunisie?
Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!

Commentaires

Haut