Tunisie – Scandaleux, salaires et charges des entreprises publiques consomment 101.2% des revenus

Le ministère des Finances vient de publier un rapport sur l’évolution des activités des entreprises publiques. Il a révélé des données quantitatives et qualitatives époustouflantes, bien qu’il s’agisse d’un rapport non actualisé du fait qu’il présente des indicateurs et les chiffres enregistrés durant la période 2016-2018.

Aussi, le rapport du ministère, qui ne comporte pas la date de son élaboration, n’a réservé aucune partie au niveau de ses chapitres pour éclaircir les perspectives des entreprises publiques, après la crise sanitaire du Covid-19.

La raison est simple, le rapport du ministère a été préparé avant la propagation de la crise.

Le ministère a tenu à préciser au début du travail, que celui-ci s’inscrit dans le cadre de la conformité aux dispositions de l’article 46 de la loi  N° 2019-15 du 13 février 2019, portant loi organique du budget de l’Etat.

Le ministère s’est intéressé, particulièrement, à l’évaluation de 23 entreprises publiques considérées comme importantes et sensibles sur un échantillon global de 87,  tout en excluant 15 établissements, hors banques et institutions financières étatiques et les caisses sociales.

Les chiffres relatifs à l’activité des 23 entreprises publiques jugées sensibles se présentent comme suit:

  • Les entreprises publiques ont réalisé, fin 2016, des produits d’exploitation de l’ordre de 21.173 millions de dinars contre des frais généraux composés des salaires et des charges d’exploitation de 20.930 millions de dinars. Les salaires et les charges courantes de ces entreprises absorbent ainsi, 101.2% de leurs revenus ; Les pertes nettes sont de l’ordre 1155.5 millions de dinars.
  • Les pertes sont largement imputés aux grèves et sit-in qui ont particulièrement paralysées la CPG dont le nombre annuel moyen de jours de grèves durant la période 2016-2018 est de 85 jours, sans tenir compte du blocage du transport ferroviaire notamment en 2017 et le retard des investissements de la SNCFT qui a réduit l’activité du Groupe chimique à 39% de son potentiel productif .
  • L’effet des salaires qui se sont élevés en 2016 à 2939.3 millions de dinars soit une hausse de 40% par rapport à 2011. A titre indicatif, les salaires à la STEG et au Groupe Chimique Tunisien se sont accrus respectivement de 48 et 43.3%.

Sur un autre plan, les subventions de l’Etat sont passé de 2102.9 millions de dinars en 2016, à 3694.1 millions de dinars fin 2017 pour atteindre 5139.4 millions de dinars au terme de l’année 2018. Par ailleurs, les garanties de l’Etat au titre des crédits bancaires obtenus par les entreprises publiques sont de 2592.7 millions de dinars en 2018.

En contrepartie, le rendement perçu par l’Etat au titre de ses participations dans les capitaux n’a pas dépassé 263.5  millions de dinars en 2018 soit 5.1% de la valeur globale des transferts financiers publiques décaissés au profit des entreprises.

Rappelons qu’un rapport de synthèse sur la réforme des entreprises publiques en Tunisie a été élaboré en mars 2018 par la Présidence du gouvernement et a plaidé pour un diagnostic précis et largement partagé de leur situation.

L’idée centrale consiste, à cet effet, en la remise en cause de leur gouvernance (au sens large, global et interne) et l’identification de leurs nombreux dysfonctionnements.

Le rapport a souligné que les contre-performances du secteur s’expliquent  notamment par un cadre juridique obsolète et des définitions inadaptées, une structure actionnariale fragmentée et un rôle de l’Etat à redéfinir et ce parallèlement à une responsabilisation limitée des conseils d’administration et des contrôles lourds et une transparence insuffisante.

Sous ces angles, la situation est scandaleuse et choquante puisque le  contribuable est en train de supporter toutes les misères de la gestion des affaires publiques faite au pays et il continuera, certes, à les endurer.

Cependant et avec le changement de la donne économique que ce soit à l’échelle locale ou internationale, trouver à court ou à moyen terme des investisseurs pour prendre part à la restructuration des entreprises publiques ou les acquérir, n’est plus une question évidente.

Généralement, les investisseurs n’ont pas de l’appétence pour le rachat des épaves surtout dans des terrains minés par les comploteurs, de tout bord.

Cette situation pittoresque ne durera pas longtemps et se soldera par la disparition de la scène économique, purement et simplement, de la plupart des entreprises publiques considérées longtemps comme la ligne rouge sociale par excellence, qui ne doit être franchie en aucun cas !

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