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Tunisie : Transition démocratique ou dictature rampante ?

Tunisie : Transition démocratique ou dictature rampante ?

Les faits sont têtus et ont la peau dure. La Tunisie est actuellement le théâtre d’une flambée de violence, verbale, physique et même institutionnelle. Les journaux, les supports médiatiques et les réseaux sociaux regorgent de témoignages, de reportages et de dépositions rapportant des actes de violence et des agressions caractérisés. Le constant est imparable : Est-ce fortuit que les victimes d’agissements de brutalité et de voies de fait soient toujours les mêmes, à savoir, les adversaires d’Ennahdha ? Est-ce également un pur hasard que les coupables de violence soient des individus ou des groupes proches d’Ennahdha ? Comment se fait-il que l’Etat ou le gouvernement (en majorité nahdhaoui), en principe au service du pays et de tout son peuple sans discrimination, en matière, entre autres, de sécurité, d’’ordre et de justice, participe à cette dérive, par complaisance, par complicité ou par intérêt ?

 La cloche d’alerte a été à maintes reprises sonné mais les lignes rouges continuent à être franchies sans que le gouvernement ne daigne couper court ou donne un sens tangible et un contenu opérationnel à ses fonctions régaliennes, en particulier justement  la sécurité, l’ordre et la justice. Le mouvement salafiste et la clique nommée “ligues de protection de la révolution” ont toujours agi en véritable bras armé d’Ennahdha et de son agenda. Là, invoquer systématiquement la coïncidence n’a pas fait long feu, à moins de prendre les tunisiens pour un troupeau d’idiots.

 Les incidents, de gravité diverse et graduelle, se multiplient partout en Tunisie, aucune région n’en est à l’abri. Le RCD en tant que parti a été dissout mais le système RCD a été repris, reconduit et même amélioré sur certains aspects. La culture Etat-parti ronge encore les articulations de l’Etat, la loyauté partisane et l’inféodation politique et idéologique continuent à tout  conditionner, le clientélisme conserve de beau reste sinon un avenir radieux. Qu’est ce qu’il faut comprendre quand notre Ministre de l’Intérieur pratique la sécurité à deux vitesses et à la tête du client ou quand notre Ministre de la Justice fait des acrobaties pour donner la justice en spectacle ou bien quand notre Ministre des Affaires Etrangères est aussi étranger aux affaires et aux enjeux diplomatiques, transformant son département en nid d’affres étranges ou bien quand notre Ministre des Affaires Religieuses couve et couvre l’intégrisme et l’extrémisme.

 Qu’on ouvre les yeux, la dictature est rampante, la révolution peine encore à mûrir ses semences et à cueillir ses fruits. Le processus est bloqué, la pierre d’achoppement s’appelle Ennahdha, plus précisément Rached Ghannouchi. Ce dernier a mis sous sa coupe et  en otage le pays, l’Etat, le Gouvernement et son parti. Le grand gourou, à l’antichambre du pouvoir, un rictus de vengeance sur la bouche, le front assailli de rides existentielles, l’esprit encombré de sombres projets,  il tire les ficelles, articule ses fantoches ministériels et instrumentalise ses disciples. Il est l’Etat et le gouvernement, rien ne passe sans son consentement, dans ses mains habiles, rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme. En quelque sorte, le philosophe en titre serait un physicien qui a raté sa vocation. Adepte de magie noire, expert attitré en manipulation, rompu à l’art de la manigance, Rached Ghannouchi donne l’impression pour certains d’être le pilier de la contre-révolution et l’ennemi juré de la démocratie.

 Scénario catastrophe possible ?

 Revenons au climat ambiant de violence. Si aujourd’hui, en l’absence de tout enjeu électoral,  les potaches et alliés d’Ennadha matraquent partout et lâchent leurs sbires sur les représentants de la classe politique et la société civile, farouches adversaires d’Ennahdha, que dire alors quand il s’agira, bientôt, de campagnes électorales et d’élections proprement dires. Le pire est à envisager, il n’est pas exclu que la violence augmente d’un cran. Le parti Ennahdha ne semble pas disposé à lâcher le pouvoir quitte à mettre le pays à feu et à sang. A en juger par ce qui se passe aujourd’hui, notamment les manifestations violentes contre Nida Tounes et, à un degré moindre, le Front Populaire, il est à craindre que la période de campagne électorale, voire même la période post-élective, en cas de fiasco d’Ennahdha, ne soient une phase de grande violence. Ce n’est pas un scénario alarmiste, une politique fiction  ou un quelconque procès d’intentions. Nul doute, Ennahdha ne lâchera pas le pouvoir, l’alternance n’a jamais figuré parmi ses principes, la démocratie n’est valable que pour prendre le pouvoir et non pour le partager.

  Et si Ennahdha perd les prochaines élections, scénario certes plausible mais qui risque d’être infesté de bombes à retardement et de menaces d’insurrection. Plus clairement, diverses questions déstabilisantes se posent : Le parti Ennahdha compterait-t-il accepter les règles du jeu et l’alternance au pouvoir ? Au vu de ce que la réalité actuelle présente, le doute est largement admis, le pire n’en est pas moins envisageable et prévisible ! Tout concorde à suggérer que le parti Ennahdha ne sera pas disposé à partager ou à rester dans l’opposition, Rached Ghannouchi ne le permettrait pas !

 Peut-on écarter l’hypothèse qu’Ennahdha, en réaction, déciderait de jouer le pourrissement de l’environnement social (grève, sit-in, manifestation, violence, instrumentalisation, ….) pour sanctionner le nouveau pouvoir pourtant sorti tout droit des urnes ? Le cas échéant, S’apprêterait-t-il à utiliser la force et recourir à la violence pour reprendre la situation en main ? Le débat chaotique et houleux sur nombre de point critiques à l’ANC, le retard pris sciemment dans la conclusion de certains dossiers et l’atermoiement dans la fixation d’un calendrier politique témoignent, à certains égards, de cette guerre ouverte pour et vers le pouvoir, rien que le pouvoir, est un combat de survie, à quitte ou double, tous les coups bas et toutes les sordides manœuvres sont permis.

 Exagération ? En aucun cas ! Il y a certes un fond de spéculation et d’extrapolation mais ces pressentiments sont bien réels et non moins objectifs. En tout cas , on n’élude pas ce scénario cauchemar. Ennahdha n’a pas donné suffisamment de signes pour, d’abord, accepter sans équivoque la diversité et la spécificité de la société tunisienne, ensuite sanctuariser  la suprématie de l’intérêt collectif et les valeurs de solidarité et de partage, et enfin être, non seulement en tant que parti mais notamment en sa qualité de pilier du pouvoir, garant de l’alternance au pouvoir.

 Bien au contraire, son invasion de l’appareil de l’Etat, dans toutes ses articulations, par des nominations basée sur l’allégeance, sa prépotence dans la Troïka, son blocage du processus électoral, sa quête de faire main basse sur les médias, les obstacles délibérés à la mise en place des quatre Instances Indépendantes (Elections, média, magistrature et justice transitionnelle), la soumission de l’ANC au gouvernement, l’isolement de facto du président de la république sont tout autant d’éléments ayant peu à peu suscité puis structuré des appréhensions et des craintes à ce sujet.

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