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Tunisie [vidéo] : L’autorisation du mariage d’une mineure à son violeur : ce qu’en pense la société tunisienne

viol 

Récemment, l’affaire de l’autorisation judiciaire du mariage d’une mineure à son violeur a scandalisé la société et les médias tunisiens.

Les circonstances de l’affaire

Pour revenir aux faits, le délégué de la protection de l’enfance a été informé du viol d’une enfant de 13 ans, dans une région de la compagne du Kef du nom de Nabber. En se rendant sur place, la famille de la victime lui a brandi l’autorisation du tribunal du mariage de leur fille à son violeur, âgé, lui, de 21 ans. La famille a assuré que le problème a été « réglé »  et que le contrat du mariage a été signé, à peine trois jours après le verdict du tribunal. Aussi, l’adolescente se trouve enceinte de 3 mois…

Un fait marquant dans l’affaire, la jeune fille n’a jamais été, selon le délégué, scolarisée. A son âge, ses facultés intellectuelles ne se sont pas développées au même titre des enfants de son âge et son entourage et l’environnement dans lequel elle vit ne semble pas le permettre.

L’autorisation du juge, quant à elle, était basée sur l’article 227 bis du code pénal qui stipule l’arrêt des poursuites en cas du mariage du violeur avec sa victime. Si toutefois le mariage n’a pas été autorisé, le violeur écope de 6 ans de prison si l’âge de la fille est inférieur à 15 ans et 5 ans s’il est compris entre 15 et 20 ans. Cette loi ne concerne que les viols commis sans violence physique.

Des points de vue très divergents…

Tunisie Numérique a voulu comprendre de plus près le point de vue des tunisiens concernant cette affaire qui a fait coulé beaucoup d’encre. Nous avons pris plusieurs témoignages qui se sont tous exprimés compte tenue d’une vision et d’un angle particulier. On a pu les diviser en deux grandes catégories.

Les « pour»…  

Certaines personnes ont témoigné en faveur de la loi. Une jeune femme nous a expliqué que face à la fougue de la jeunesse la loi est impuissante. Elle a ajouté que la loi permet à la fille de « choisir » si elle veut ou non se marier avec son agresseur et que plus tard, elle peut toujours divorcer.

Une autre femme, d’un certain âge, a de son côté exigé le mariage en disant : « il faut qu’il l’épouse surtout qu’elle est enceinte et très jeune, il faut qu’il sauve son honneur et la protège, autrement, elle pourrait prendre la mauvaise voie et s’éloigner du droit chemin ». De manière générale, ces points de vue tendent à responsabiliser la fille et la considérer comme tout à fait apte à prendre des décisions pour sa vie et son futur. Paradoxalement, ils considèrent que la placer sous la tutelle d’un homme pourrait la cadrer et lui permettre de revenir au droit chemin.

Les « contre »…   

Ils ont été nombreux à être contre. Un père de famille a exigé des peines lourdes pour mettre fin au fléau du viol des enfants. Il a indiqué que l’agresseur devrait servir d’exemple et que cette autorisation qui lui évite la prison ne peut qu’encourager d’autres à suivre le même chemin pervers. Le quinquagénaire a ajouté : « n’importe qui, grâce à cette loi, pourrait cibler par exemple une jeune femme d’une riche famille, la violer, et l’épouser. C’est inadmissible… »

Une jeune femme dans la trentaine était du même avis, elle a considéré l’article comme rétrograde et en totale opposition avec les droits des femmes. Elle a estimé que l’affaire a fait de la mauvaise publicité à la Tunisie, surtout que notre pays se réclame comme évoluée en termes des droits en comparaison avec le reste des pays arabes. Par ailleurs, la jeune femme est allée jusqu’à appeler à la suppression de cette loi qui récompense l’agresseur et ne tient pas compte de la femme et de l’enfant.

Un jeune homme, enfin, a déclaré que l’article 227 bis est archaïque, qu’il s’inscrit dans une vision dégradante de la femme et qui tend à protéger l’homme. Il a souligné : « c’est une issue parfaite pour le bourreau, échapper à la prison dans le cadre de la loi et l’approbation sociale au nom de l’honneur et de la culpabilité de la femme…, c’est de l’ignorance, et historiquement, le législateur tunisien ne s’en est pas éloigné».

Notons enfin que certains ont attiré l’attention sur les nombreux viols qui ont détruit la vie de jeunes femmes et dont personne n’a entendu parler, ils ont de même mentionné le rôle des moyens de communication et les réseaux sociaux dans la médiatisation de cette affaire en particulier.

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