Depuis la signature de l’accord de Charm el-Cheikh, censé instaurer un cessez-le-feu à Gaza, le régime occupant poursuit ses violations, en bombardant plusieurs zones palestiniennes et en procédant à de nouveaux déplacements forcés.
Les frappes se sont également étendues au sud du Liban, tandis que les réactions des mouvements de résistance — en particulier le Hamas — semblent moins visibles dans le discours politique et médiatique.
Cette situation soulève une question centrale :
le président américain Donald Trump, initiateur du sommet de Charm el-Cheikh, a-t-il réussi par la diplomatie à obtenir pour Israël ce que la force militaire n’a pas réussi à imposer après la guerre du 7 octobre ?
« Une phase de règlement de comptes avec l’Iran »
Interrogé par Tunisie Numérique ce lundi, le diplomate tunisien Abdallah Abidi estime que le contexte actuel au Moyen-Orient est étroitement lié à un règlement de comptes stratégique avec l’Iran.
Les puissances internationales considèrent en effet que le Hezbollah et le Hamas représentent des prolongements de l’influence iranienne, ce qui éclaire plusieurs évolutions régionales, notamment l’élection du récent président libanais — ancien chef d’état-major — malgré les contraintes légales imposant cinq ans de retraite avant d’accéder au poste.
Selon Abidi, la priorité affichée du nouveau président libanais, à savoir le désarmement du Hezbollah au profit exclusif de l’État, s’inscrit dans cette dynamique régionale.
Soutien financier du Golfe et transformations régionales profondes
Le diplomate rappelle également le rôle du financement en provenance du Golfe dans plusieurs recompositions politiques, citant en exemple l’appui accordé à l’armée syrienne pour tourner la page du régime de Bachar Al-Assad, un pouvoir qui paraissait pourtant solidement enraciné depuis des décennies.
Ces évolutions témoignent, selon lui, d’une volonté régionale d’affaiblir ou de renverser des structures politiques jugées proches de l’Iran.
Un avenir incertain pour les mouvements de résistance
Pour Abidi, il est aujourd’hui impossible de prédire l’issue du conflit ni même le futur de mouvements comme le Hamas.
Tout dépendra, dit-il, de leur capacité à renouveler leur arsenal, mais aussi de la réaction des puissances qui se sont positionnées en soutien du camp palestinien, notamment la Chine, qui a réaffirmé son appui au peuple palestinien, et l’Iran, qui revendique la possession d’armes sophistiquées et menace de riposter à toute agression, y compris en lien avec le Liban.
Le Hezbollah, de son côté, multiplie les déclarations de haut niveau, ce qui pourrait — selon Abidi — exposer le Liban à un risque de conflit interne dans un contexte marqué par le soutien que certains pays du Golfe accordent aux forces opposées.
« Une guerre d’existence, pas seulement de positionnement »
Abidi insiste sur le fait que la guerre en cours au Moyen-Orient est avant tout une guerre existentielle pour toutes les parties impliquées, et non une simple lutte d’influence.
Il affirme que l’Iran est consciente que si ses alliés régionaux venaient à être éliminés, elle serait la prochaine cible.
Il évoque également le rôle de la Turquie, acteur de poids dans la région, accusée d’avoir contribué à la fragmentation de la Syrie et de coopérer avec Israël et les États-Unis, notamment en acceptant la reconversion politique de figures comme Al-Joulani, ancien cadre jihadiste devenu, selon lui, l’un de leurs alliés.
Un rapport de forces mondial en recomposition
Pour Abidi, la résistance ne disparaît jamais lorsque l’occupation et l’injustice perdurent.
Il rappelle que d’autres puissances s’opposent frontalement à la stratégie américaine, notamment la Chine, engagée selon lui dans un bras de fer géopolitique avec Donald Trump, et la Russie, qui revendique la mobilisation de 800 000 soldats pour contrer toute tentative d’approche de ses frontières, alors même que l’Europe entend intégrer la Russie dans son périmètre stratégique.
« La situation actuelle n’est rien d’autre qu’un vaste jeu d’équilibrage des forces », conclut-il, soulignant que le Moyen-Orient se trouve aujourd’hui au cœur d’une recomposition internationale majeure.
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