Tunisie – Après neuf ans, un rapport, non actualisé, est publié sur la dette extérieure !

La Banque Centrale de Tunisie a publié en décembre 2012, un rapport sur la dette extérieure tunisienne. Depuis cette date, aucun rapport à ce sujet n’a été ni élaboré, ni édité, que ce soit par la BCT ou par le ministère des Finances.

Après neuf ans, le ministère des Finances vient, enfin, de publier hier, mardi 19 mai 2020, un rapport sur la dette publique, extérieure et intérieure, mais celui-ci n’est pas actualisé puisque les chiffres qu’il présente concernent la situation de la dette à la fin août 2019 !

Il est difficile de concevoir la publication de chiffres qui remontent à 10 mois sachant que le ministère dispose des chiffres clés de l’endettement public dans sa dernière note relative à l’exécution du budget de l’Etat au terme de l’année écoulée.

Une autre fois, les autorités financières et monétaires montrent qu’elles ne peuvent pas gérer des données et des statistiques actualisées dans un monde où l’information financière change en quelques nanosecondes.

Mieux encore, le ministère des Finances accuse, depuis longtemps, des retards remarquables concernant la publication d’informations financières de base relevant de sa compétence mais surtout de son devoir.

En effet, aucune information relative à la situation des finances publiques du pays n’est disponible depuis décembre dernier. Le contribuable et les acteurs économiques locaux comme étrangers sont totalement privés de toute donnée se rapportant à l’évolution des recettes et des dépenses de l’Etat ainsi que des écarts budgétaires, y afférents.

Rappelons que, le ministre des Finances, Mohamed Nizar Yaiche n’a cessé dernièrement de déclarer aux médias qu’il comptait lancer une grande réforme des normes d’élaboration de la comptabilité nationale.

Il justifie, constamment, lors de ses déclarations, son projet éventuel de réforme par la concrétisation de plus de célérité de la pratique informationnelle et d’une conformité effective aux standards internationaux.

Le ministre insiste aussi sur la nécessité d’être dans la sincérité et la transparence en termes de publication des soldes de gestion des finances publiques…

Néanmoins, certaines données du rapport de dette publique du ministère posent plusieurs points d’interrogations.

En effet, selon le rapport, plusieurs facteurs expliquent la hausse du taux d’endettement dont les plus importants demeurent le creusement du déficit budgétaire et les effets négatifs de la dépréciation du taux de change du dinar.

L’effet cumulé du taux de change sur l’encours de la dette publique durant les années 2016-2018 est environ 18.697,9 millions de dinars. Cet effet est dû, d’après le ministère, au glissement accéléré du dinar contre l’euro et le dollar.

Cet état grave d’accumulation des dettes, revient certes à la politique monétaire dite « restrictive » adoptée depuis des années par la BCT. On peut donc déduire qu’il n’y a aucune synchronisation entre les objectifs de préservation des équilibres financiers de l’Etat par les autorités financières et les approches de l’institut d’émission. Une autre exception tunisienne dans la gestion des affaires financières publiques.

Enfin, le rapport du ministère a présenté quelques recommandations qui peuvent être qualifiées de floues du fait qu’elles ne tiennent pas compte des nouvelles perspectives économiques de l’après crise sanitaire. D’ailleurs, il n’y a aucune mention, sur la page de garde du rapport, de la date de son élaboration.

Les recommandations du rapport s’articulent, principalement, autour de ce qui suit :

  • Diversifier les sources de financement et encourager la recherche de sources de financement alternatives.
  • Allonger l’échéance de remboursement de la dette publique, pour réduire les risques liés au refinancement.
  • Renforcer la part de la dette intérieure dans la limite du possible, notamment le recours au marché domestique afin de réduire le risque de change.
  • Privilégier les emprunts en euros, pour ce qui est de la dette extérieure, afin de garantir une gestion naturelle du risque de change.

Ces recommandations ne sont ni réalistes ni réalisables dans la conjoncture nationale et internationale actuelle complètement bouleversée par les répercussions de la crise du Covid-19.

Cependant, l’orientation pour allonger l’échéance de remboursement de la dette publique, pour réduire les risques liés au refinancement avancée par le ministère, veut tout simplement dire que le gouvernement s’apprête à un projet de rééchelonnement de cette dette.

Il s’agit en fait d’un choix périlleux, voué à l’échec dès le départ en considérant les spécificités de l’économie tunisienne, une économie de non création de valeur par excellence et ce, d’après la plupart des évaluations des instances financières internationales.

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