Economie

Tunisie : L’Etat a payé 1609 Millions de Dinars d’intérêts aux banques, en 2019…

L’État tunisien n’a cessé de recourir, notamment, ces dernières années aux crédits bancaires, pour assurer ses besoins de plus en plus importants en liquidités en raison de l’inflation de son budget induite particulièrement par les hausses des salaires, l’envolée de l’endettement public, la progression des dépenses des subventions devenues difficilement contrôlables et l’évolution vertigineuse des frais de fonctionnement de l’administration.

A ce jour, le solde du compte courant du Trésor à la Banque centrale de Tunisie (BCT) ne dépasse pas 491 Millions de Dinars (MD) ce qui couvre juste 4.5 jours des frais de gestion des affaires ordinaires de l’Etat, sans tenir compte des dépenses d’équipement.

Il est à indiquer que l’endettement de l’Etat directement auprès des banques a été consacré par le changement du statut de la BCT en 2016 en vertu de la loi 2016-35, qui stipule à son article 25 que la Banque centrale n’est pas autorisée à permettre à l’Etat d’accéder à ses facilités sous forme des découverts ou de crédits.

Ainsi, la BCT fournit désormais des crédits aux banques au taux du marché monétaire (TMM), (7.81% fin janvier écoulé) pour que celles-ci accordent des crédits à l’Etat à des taux d’intérêt beaucoup plus élevé qui étaient de l’ordre de 10% en 2019 et ce, selon les statistiques financières de « Tunisie Clearing », l’institution chargée du dépôt central des titres et de la gestion du système de règlement et de livraison sur le marché de capitaux en Tunisie.

La loi 2016-35 communément qualifiée de loi ayant consacrée “l’indépendance de la banque centrale”  a permis, de ce fait, aux banques de réaliser des marges d’intérêt très élevées en prêtant directement à l’Etat au détriment du financement des secteurs économiques productifs.

Le financement de ses secteurs cruciaux a d’ailleurs largement régressé selon  la note de conjoncture sur les évolutions économiques et monétaires – Décembre 2019″ publiée par la BCT puisque les crédits à l’économie ont poursuivi leur tendance baissière en octobre 2019 (4.6%, après 5.1% en septembre et 10.2% en octobre 2018).

La dite loi de “l’indépendance de la banque centrale ” est d’ailleurs, perçue par plusieurs économistes et spécialistes en questions monétaires comme un cadeau octroyé aux banques pour faire accroître davantage leurs bénéfices.

Selon la note périodique faisant état des résultats de l’exécution du budget de l’Etat à fin 2019 publiée, récemment, par le ministère des Finances, les intérêts payés par l’Etat aux banques se sont élevés au titre de l’année 2019 à 1608.7 MD soit un accroissement de 5.9% par rapport à l’année précédente.

A fin décembre 2019, l’encours de l’endettement de l’Etat auprès des banques s’est élevé à 13777.4 Millions de Dinars, d’après les statistiques financières de « Tunisie Clearing ».

Sous cet angle, on peut constater, en premier lieu, que les banques se sont transformées en rentières à travers l’encaissement d’intérêts colossaux au titre des prêts octroyés à l’Etat, parallèlement à l’accroissement de leurs marges d’intermédiation suite à la hausse du taux directeur à plusieurs reprises pour se situer actuellement à 7.75. Ce qui a asséché la liquidité et a gravement affecté la croissance.

En second lieu, la politique monétaire actuelle contribue amplement à la régression du taux d’épargne nationale, qui est passé d’une moyenne de 21% du PIB avant 2010 à 8.2% actuellement. Ceci impacte dangereusement l’investissement, l’emploi et le pouvoir de consommation des opérateurs économiques.

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