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Par Henda Haouala – Séries TV tunisiennes : un marché de production à prendre au sérieux

Par Henda Haouala – Séries TV tunisiennes : un marché de production à prendre au sérieux
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A l’heure où Netflix compte investir 17,3 milliards en production dans le monde et 28 milliards pour 2025, Disney et Apple lancent leurs propres plateformes pour des produits audiovisuels qui concurrencent Netflix et Amazon. Le paysage audiovisuel du monde entier se métamorphose donc en fonction de l’évolution des techniques des productions d’œuvres télévisuelles face à un marché de croissance vertigineuse d’offres et de demandes impliquant des modèles économiques nouveaux.

Pendant ce temps, la Tunisie n’envisage pas encore une véritable réflexion quant à son positionnement dans la production cinématographique et télévisuelle mondiale, alors que les jeunes spécialisés dans le domaine audiovisuel bouillonnent d’idées et d’initiatives.

Il est grand temps de nous interroger sur le modèle de production tunisien et sur sa capacité à drainer une vraie industrie audiovisuelle, à récupérer des marchés de productions internationales et à répondre à des attentes dignes des normes internationales. Il serait temps de sortir de ce schéma archaïque que nous subissons depuis des décennies qui consiste à se mobiliser pour le mois de ramadan et produire des séries et feuilletons dans une frénésie budgétaire étouffante et accablante, strictement tributaire des annonceurs commerciaux.

Il est temps de constater que la production tunisienne est encore au stade artisanal face à l’absence totale d’une vraie vision par rapport au secteur.  Aujourd’hui, le véritable moyen de fidéliser le téléspectateur est la série télévisuelle, ce qui représente un grand atout économique pour les chaînes télés et les annonceurs. Dans ce sens, un premier balbutiement se fait au niveau de la chaîne Attessia qui diffuse une série policière « 13 rue Garibaldi », un produit audiovisuel, que je trouve respectable, d’un point de vue technique et esthétique mais qui manque d’adrénaline narrative dans la construction des personnages, remplacée excessivement par les dialogues. Cette expérience mérite d’être poursuivie et améliorée au niveau de l’écriture.

La production de ces séries demande à elle seule une stratégie d’ordre matérielle, technique et économique, comme par exemple la création de studios de tournages qui faciliterait le travail et qui ferait gagner du temps tout en offrant une meilleure adaptation aux contraintes numériques au stade de la post-production. Il est temps de réfléchir aux vrais facteurs de développement de la série télévisuelle, de son écriture à sa diffusion.

En ce sens, le rôle des écoles de cinéma et d’audiovisuel, le centre du cinéma et de l’image le CNCI, les chaînes télés, les entreprises, telles que les opérateurs téléphoniques est incontournable et primordial. Cela suppose une volonté politique ambitieuse, consciente que le développement de ce secteur  représente un atout d’employabilité directe et indirecte, une véritable promotion touristique et économique, un atout politique et identitaire ainsi qu’un positionnement digne aux niveaux des plateformes mondiales.

Henda Haouala, Maître de Conférences en techniques audiovisuelles et cinéma.

 

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