Politique

Par Abdelaziz Gatri : La colère gronde. Jelma, l’étincelle?

Un président hagard, le visage blême, le regard absent, martelant d’une voix monocorde un discours creux, dans un arabe qu’il voudrait littéraire, mais qui n’est qu’approximatif, dans une posture qui relève plus du candidat opposant que du président élu à 73%.

Un chef du gouvernement désigné qui frise le ridicule, tantôt avec son costume impossible, tantôt avec sa posture bras ballants et épaules abattues, sortant une vidéo d’une médiocrité inégalable tant côté son, image et arrière-plan que côté contenu.

Un président du parlement qui l’est devenu par caprice, vieux, tremblotant, les yeux invisibles car enfermés dans d’épaisses paupières, accusé moins à tort qu’à raison de tous les maux du pays et qui fuit le perchoir de peur d’avoir à affronter une Moussi déchaînée, décomplexée par les résultats de son parti et bien décidée à en découdre.

Un chef du gouvernement en fin d’exercice qui essaie de faire en quelques semaines ce qu’il a oublié de faire pendant près de quatre ans, tout en plaçant ses amis et ses collaborateurs (très mauvais conseillers) dans des postes de garage.

Un parlement où les députés se traitent de tous les noms d’oiseaux dans une ambiance qui ferait honte à un cirque.

Voilà où nous en sommes chers compatriotes!

Le plus grand abcès sur la joue de ce pays est son actuelle GRH politique, gouvernementale et administrative.

Le mode de désignation du chef du gouvernement en est la parfaite illustration. Le mode électoral étant tel qu’aucune majorité nette ne peut éclore des élections, le parti en tête est obligé de faire alliance avec d’autres partis en vue de créer une majorité viable, quand bien même ces partis lui sont antagoniques. S’en suivent alors des tractations interminables pour désigner un chef du gouvernement puis les ministres.

Pour ne fâcher personne, ils sont plutôt enclins à éliminer les candidats d’envergure, les grosses pointures, les grosses personnalités, les femmes et les hommes de caractère, par crainte de perdre tout ascendant sur eux une fois désignés  et de ne plus pouvoir orienter la politique du gouvernement dans le sens de leurs intérêts.

Ils se rabattront donc sur une personne consensuelle, accommodante, sans relief qui plaise à tout le monde et à son père (entendre BCE ou Ghannouchi).

Partant de là, tous les choix successifs se feront dans la même logique: les ministres, les conseillers, les directeurs généraux, les P.D.G, les gouverneurs et même les cadres moyens seront désignés parmi les plus dociles, avec une préférence pour les incompétents et les corrompus, comme ça on sait comment les tenir.

Et puis, un médiocre n’a pas intérêt à s’entourer de “lumières” qui vont étaler son  incompétence au  grand jour. On peut être médiocre, mais pas imbécile.

Le résultat, aucun dossier clivant ne sera traité, aucune décision qui fâche ne sera prise, les urgences seront renvoyées aux calendes grecques et les dossiers brûlants confiés à des commissions dont aucune ne rendra son rapport et personne n’est comptable.

Le pays finit dans une sclérose totale, les riches s’enrichissent en se payant ministres et députés, l’impunité règne, car tout le monde a des dossiers sur tout le monde, les pauvres s’appauvrissent car n’ayant aucun pouvoir et la classe moyenne disparaît.

La justice et les instances sensées sanctionner la corruption, en deviennent tantôt les outils, tantôt le lubrifiant.

Et ainsi de suite. Tout le monde s’y met: petits fonctionnaires, agents de l’ordre, enseignants, médecins, pharmaciens, entrepreneurs, ingénieurs, architectes, éboueurs…tous veulent leur “part du gâteau”.

La récente nomination d’un rond de cuir à la tête de l’ITES (Institut Tunisien de Études Stratégiques) en est la parfaite illustration.

Cet institut “traite les questions stratégiques sur le devenir du pays dans leurs multiples dimensions, en tant qu’instrument d’aide à la décision publique, il se positionne de manière singulière au niveau national au cœur des enjeux politiques, économiques et sociaux du pays”.

L’élite nationale tant en Tunisie qu’à l’étranger grouille de compétences, entre universitaires, chercheurs, stratèges, spécialistes en projection et modélisation qui font le bonheur des plus prestigieuses universités et des plus grands groupes mondiaux.

Le président aurait pu puiser dans ce vivier. Au lieu de ça, il a choisi de nommer comme directeur un maitrisard en droit qui a juste suivi le cycle supérieur de l’École Nationale d’Administration, soit un profil qui lui est légèrement inférieur. Il ne lui fera sûrement pas de l’ombre.

Pourquoi s’étonner alors qu’une députée du parti religieux traite ses collègues du PDL de bandits et de clochards? De même aucune des commissions chargées d’enquêter sur les accidents tragiques   n’a dévoilé leurs causes réelles ni désigné les véritables coupables ni jamais rendu un rapport?

Un grand perdant: l’État. Floué, pillé, démembré, il tombe en déliquescence…

Un autre grand perdant: le peuple des démunis, sans voix ni pouvoir.

Mais la colère gronde.

Abdelaziz GATRI. Expert-conseiller, opérations de commerce international, contentieux douanier.

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