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Ajouter TN en tant que source préférée sur GoogleDonald Trump affirme vouloir mettre fin à la guerre en Ukraine. Pourtant, depuis son retour à la Maison-Blanche, ses décisions placent Kyiv sous une pression croissante, tandis que Moscou bénéficie de nouvelles ouvertures économiques. Les Européens financent désormais une part importante des armes américaines destinées à l’Ukraine, mais Washington conserve le contrôle de capacités militaires et de renseignement essentielles. En octobre 2026, l’administration Trump a autorisé certaines transactions sur le diesel russe, malgré une interdiction législative américaine dont plusieurs sénateurs contestent le contournement. Parallèlement, les restrictions du système satellitaire Starshield persistent et les attaques russes contre les villes ukrainiennes continuent. De Bruxelles, Volodymyr Zelensky dénonce une politique qui exerce des contraintes sur le pays agressé sans obtenir de concessions comparables de Moscou.
De Biden à Trump : le financement des armes américaines bascule vers l’Europe
Sous Joe Biden, les États-Unis assumaient directement une part importante du financement de l’assistance militaire à l’Ukraine, notamment par des prélèvements sur les stocks du Pentagone et des commandes auprès de l’industrie de défense américaine.
Donald Trump a régulièrement présenté cet engagement comme excessif, affirmant que son prédécesseur aurait donné 350 milliards de dollars à Kyiv.
Les chiffres officiels américains ne confirment pas ce montant.
Les cinq principales lois budgétaires adoptées depuis 2022 représentaient environ 174,2 milliards de dollars. À la fin de l’administration Biden, près de 183 milliards avaient été mobilisés pour l’ensemble de la réponse américaine à l’invasion russe, hors prêt supplémentaire de 20 milliards.
Cette enveloppe comprenait notamment le remplacement d’équipements américains, des dépenses militaires en Europe ainsi que l’aide économique, humanitaire et sécuritaire. Elle ne correspondait pas à des sommes intégralement transférées à l’Ukraine.
Le département d’État évaluait, en janvier 2025, les engagements d’assistance militaire américaine envers Kyiv à environ 66,5 milliards de dollars.
Avec Trump, le financement des nouvelles fournitures évolue.
Le 14 juillet 2025, le président américain et le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, annoncent le programme PURL (Prioritised Ukraine Requirements List).
Le principe est simple : les alliés européens, le Canada et d’autres partenaires paient des équipements militaires américains destinés à l’Ukraine, tandis que Washington en assure la fourniture dans le cadre d’un mécanisme coordonné par l’OTAN.
Selon le gouvernement ukrainien, les contributions à PURL atteignaient 6,7 milliards de dollars en juillet 2026, avec 29 pays participants.
Le dispositif permet de continuer à livrer des équipements essentiels, notamment des munitions de défense aérienne.
Il ne signifie pas que toutes les aides décidées sous Biden ont été annulées : certains engagements antérieurs ont continué d’être exécutés.
Mais il marque un changement stratégique.
Les alliés financent une partie croissante des armes américaines destinées à l’Ukraine, alors que les États-Unis conservent les autorisations d’exportation, la maîtrise des stocks et le contrôle de certaines technologies.
Cette dépendance donne à Washington des moyens de pression qui ne disparaissent pas avec le transfert de la facture aux Européens.
Aides suspendues, Tomahawk et Patriot : une succession de décisions qui fragilisent Kyiv
En mars 2025, après un affrontement diplomatique avec Volodymyr Zelensky, Donald Trump suspend temporairement l’aide militaire américaine et le partage de renseignements avec l’Ukraine.
Ces restrictions sont effectivement appliquées avant la reprise de la coopération le 11 mars, à la suite des discussions organisées à Djeddah.
D’autres livraisons sont temporairement interrompues en juillet 2025, officiellement dans le cadre d’un réexamen des stocks militaires américains.
La question se pose également pour des équipements particulièrement recherchés par Kyiv.
En octobre 2025, le Pentagone estime qu’une fourniture de missiles de croisière Tomahawk à l’Ukraine serait possible sans compromettre les réserves américaines. Cette évaluation favorable, révélée par CNN, ne débouche cependant pas sur une autorisation présidentielle.
En juillet 2026, Trump annonce une perspective de production sous licence d’intercepteurs Patriot en Ukraine, avant de remettre cette possibilité en question quelques semaines plus tard.
Washington invoque notamment la protection de technologies sensibles, la disponibilité de ses stocks et les risques d’escalade.
Mais pour Kyiv, ces décisions entretiennent une incertitude permanente concernant l’accès à des capacités indispensables à sa défense.
L’enjeu est particulièrement important pour les Patriot, utilisés contre les missiles balistiques russes qui frappent les villes et les infrastructures énergétiques.
Starshield : les restrictions persistent malgré les besoins militaires ukrainiens
Le 15 octobre, Reuters révèle que l’ordre de limiter le fonctionnement de Starshield, le service satellitaire militaire développé par SpaceX, provenait de la Maison-Blanche, selon plusieurs responsables américains et occidentaux.
Les restrictions touchent notamment les communications utilisées par certains drones ukrainiens.
Des équipements embarqués sur des appareils rapides ont été affectés, avec une limite opérationnelle d’environ 160 km/h.
Reuters n’a pas identifié le responsable ayant donné l’instruction au sein de la Maison-Blanche. Un responsable américain a contesté toute implication personnelle de Trump.
Le 16 octobre, à Bruxelles, Zelensky confirme que les limitations n’ont pas entièrement disparu.
L’Ukraine négocie avec SpaceX et le Pentagone pour obtenir leur levée. Elle cherche également à développer des solutions satellitaires alternatives.
L’épisode est d’autant plus sensible que ces communications servent notamment à des opérations de drones et à certaines missions de défense contre les attaques russes.
Starshield doit être distingué des abonnements commerciaux Starlink, dont certains sont financés par des partenaires européens. Les conditions contractuelles et les dispositifs de contrôle ne sont pas identiques.
Mais le problème de fond demeure : l’Ukraine dépend, pour certaines opérations militaires, de technologies dont les conditions d’utilisation sont déterminées à l’étranger.
Deux nuits sans alerte préalable face aux missiles russes
Une autre inquiétude concerne le renseignement américain.
Zelensky a dénoncé l’absence d’informations préalables de ses partenaires concernant des tirs de missiles balistiques russes pendant les nuits des 12 et 13 octobre.
Lors de ces attaques, des missiles ont frappé Kyiv et des infrastructures énergétiques ukrainiennes.
Selon les informations rapportées par la presse ukrainienne, certaines alertes ont été déclenchées après les premières explosions.
Les renseignements permettant de détecter un lancement balistique sont particulièrement importants : quelques minutes d’anticipation peuvent permettre aux civils de rejoindre les abris et aux unités de défense aérienne de réagir.
L’armée de l’air ukrainienne a confirmé ne pas avoir reçu certaines informations préalables sur ces tirs.
Parallèlement, le Financial Times a rapporté que des responsables américains avaient menacé de réduire le partage de renseignements et de bloquer des livraisons d’armes dans le cadre de PURL si Kyiv poursuivait ses frappes contre les raffineries russes.
CBS News a également fait état de soupçons concernant une éventuelle rétention volontaire de certaines alertes. Cette interprétation est contestée, et aucune décision américaine délibérée de priver les civils ukrainiens de ces avertissements n’a été démontrée.
Donald Trump affirme que les États-Unis continuent leur coopération en matière de renseignement.
L’enchaînement des événements soulève néanmoins une question particulièrement grave.
Lorsqu’un pays subit des attaques balistiques contre ses villes, le partage des informations susceptibles de protéger les populations civiles peut-il devenir un instrument de négociation diplomatique ?
Diesel russe : une autorisation américaine contestée par le Congrès
Le 9 octobre, l’administration Trump prend une décision qui relance le débat sur sa politique envers Moscou.
Le Trésor américain publie la licence générale n° 135, autorisant certaines opérations relatives au diesel d’origine russe, notamment sa vente, sa livraison et son importation.
Le dispositif vise à accroître l’offre de carburant sur les marchés internationaux et à limiter la hausse des prix liée aux tensions énergétiques mondiales.
Mais il entre en conflit avec l’interprétation que plusieurs parlementaires américains font des lois de sanctions existantes.
Le 8 avril 2022, Joe Biden avait promulgué l’Ending Importation of Russian Oil Act, interdisant l’importation aux États-Unis de produits énergétiques russes, notamment pétroliers.
La loi fixe des conditions pour mettre fin à cette interdiction, dont un accord accepté par l’Ukraine concernant le retrait des forces russes et la cessation des hostilités.
Ces conditions ne sont pas réunies alors que la guerre se poursuit.
Une autre loi renforçant les sanctions contre la Russie et l’Iran a été promulguée par Trump lui-même le 18 septembre 2026. Elle prévoit plusieurs mesures supplémentaires ainsi que des mécanismes de dérogation encadrés.
Le 13 octobre, douze sénateurs américains, dont six républicains et six démocrates, demandent à Trump de retirer son autorisation concernant le diesel russe.
Ils estiment que cette décision risque de renforcer les ressources économiques de Moscou et contestent sa compatibilité avec les restrictions votées par le Congrès.
L’administration défend la légalité de la licence.
Le conflit juridique porte sur une question fondamentale : le pouvoir exécutif peut-il autoriser, par une licence administrative, des opérations commerciales que le législateur a expressément interdites ?
Il faut cependant distinguer les importations sur le territoire américain des ventes de produits russes à des pays tiers, qui ne relèvent pas nécessairement des mêmes interdictions.
Un débouché supplémentaire pour Moscou, un bénéfice incertain pour les consommateurs américains
Trump présente son accord avec Moscou comme une réponse à la hausse du coût des carburants.
Pourtant, les États-Unis sont déjà exportateurs nets de diesel à très faible teneur en soufre.
En 2025, ils en produisaient environ 4,82 millions de barils par jour et en consommaient 3,89 millions. Leurs exportations atteignaient 1,10 million de barils quotidiennement, contre 164 000 barils importés.
Cette situation ne les protège pas des variations de prix sur les marchés mondiaux, mais elle relativise l’impact immédiat des premières quantités de diesel russe annoncées.
La reprise de certains échanges offre en revanche de nouveaux débouchés aux producteurs russes.
Le 16 octobre, lors du sommet européen de Bruxelles, Zelensky a dénoncé l’accord énergétique entre Washington et Moscou, estimant qu’il profite financièrement à la Russie pendant que ses forces poursuivent leurs bombardements.
Le président ukrainien a également mis en cause la sincérité des efforts de paix du Kremlin, dont les engagements ne se traduisent pas par une cessation durable des frappes.
Flotte fantôme et Lukoil : les intérêts économiques au centre des interrogations
L’administration Trump envisage par ailleurs d’assouplir certaines restrictions visant des pétroliers associés à la « flotte fantôme ».
L’objectif officiel est d’augmenter le nombre de navires disponibles pour des transports pétroliers autorisés et de réduire les coûts du fret.
Washington affirme ne pas chercher à faciliter librement le transport de pétrole russe sanctionné.
Il s’agit d’un projet distinct de la licence déjà délivrée sur le diesel.
Une autre affaire concerne les actifs internationaux du groupe pétrolier russe Lukoil.
Selon le Financial Times, un consortium dirigé par l’investisseur américain Todd Boehly a préparé une offre de reprise portant sur des activités évaluées à environ 20 milliards de dollars.
Des investisseurs du Golfe liés par des relations d’affaires à l’entourage de Trump soutiendraient cette démarche. Un organisme public américain de financement du développement pourrait également participer à l’opération.
Cette configuration pose une question de transparence : les autorités américaines jouent un rôle dans les sanctions affectant ces actifs, alors qu’un organisme public pourrait contribuer à leur acquisition.
Les informations disponibles ne démontrent pas que Trump ou ses proches ont personnellement acquis Lukoil ou obtenu une contrepartie financière en échange de décisions diplomatiques.
L’enjeu réside dans la prévention des conflits d’intérêts et la transparence des opérations concernant des actifs russes sanctionnés.
À Bruxelles, Zelensky demande 70 milliards d’euros supplémentaires pour 2027
Face aux incertitudes américaines, Kyiv cherche à consolider ses relations avec les Européens.
Le 16 octobre, lors du sommet de Bruxelles, Zelensky a estimé que le coût de la guerre pour l’Ukraine atteindrait 155 milliards d’euros en 2027.
Il a demandé aux Européens au moins 70 milliards d’euros supplémentaires pour la défense, les équipements militaires et la résilience du pays.
Le président ukrainien a notamment expliqué que l’industrie nationale pourrait fabriquer deux à trois fois plus de drones dans certaines catégories, à condition de disposer des financements nécessaires.
Ces appareils contribuent à ralentir les offensives russes, à perturber les lignes logistiques et à frapper certaines installations militaires ou énergétiques.
L’Ukraine cherche ainsi à réduire sa dépendance envers les autorisations et les équipements étrangers.
L’Union européenne travaille parallèlement à un vingt-deuxième paquet de sanctions contre Moscou et poursuit les discussions sur le financement de Kyiv, notamment à travers les dispositifs de prêts et les revenus des avoirs russes immobilisés.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réaffirmé l’importance du soutien européen.
Mais les besoins financiers ukrainiens restent considérables, tandis que les capitales européennes doivent aussi faire face à la hausse des prix de l’énergie et à leurs propres contraintes budgétaires.
Trump peut-il exiger des élections et le départ de Zelensky ?
Aux tensions militaires et économiques s’ajoute une pression politique.
Donald Trump critique régulièrement Volodymyr Zelensky, l’accusant notamment de compliquer les négociations avec Moscou.
Il réclame également l’organisation d’élections en Ukraine.
Mais le président américain ne possède aucune compétence juridique lui permettant d’imposer le départ du dirigeant d’un autre État souverain.
La Constitution ukrainienne prévoit la continuité de la fonction présidentielle jusqu’à l’entrée en fonction d’un successeur.
La loi martiale, l’occupation d’une partie du territoire ukrainien, les déplacements de population et les attaques russes compliquent l’organisation d’un scrutin national.
Zelensky s’est déclaré disposé à organiser des élections si un cessez-le-feu suffisamment long permet d’en garantir les conditions de sécurité.
L’enjeu démocratique est légitime. Il ne confère toutefois pas à Washington le droit de déterminer le calendrier électoral ukrainien ou de choisir le dirigeant du pays.
La légitimité politique de Zelensky relève des institutions et des citoyens ukrainiens, non de sa loyauté personnelle envers Donald Trump.
L’Ukraine doit-elle payer le prix d’une paix négociée entre Trump et Poutine ?
La succession des événements depuis janvier 2025 fait apparaître une contradiction centrale.
Washington dispose de moyens de pression immédiatement utilisables contre Kyiv : livraisons d’armes, autorisations d’exportation, technologies militaires, communications satellitaires et renseignement.
Les Européens financent désormais une partie importante des équipements américains destinés à l’Ukraine, mais les États-Unis conservent plusieurs leviers déterminants sur leur disponibilité.
Face à Moscou, Washington possède d’autres instruments : sanctions financières, restrictions pétrolières, pressions commerciales et coopération avec ses alliés.
Pourtant, en octobre 2026, l’administration Trump a choisi d’ouvrir certaines transactions au diesel russe, tout en critiquant les frappes ukrainiennes contre les raffineries.
Dans le même temps, les attaques russes contre les villes et les infrastructures ukrainiennes se poursuivent.
La différence entre les deux situations pose une question de réciprocité.
Pourquoi demander au pays agressé de limiter ses moyens de pression économiques et militaires si la Russie ne prend pas d’engagements équivalents pour cesser ses bombardements ?
La recherche d’une issue négociée ne peut être réduite à la reprise des relations commerciales avec Moscou.
Elle doit être évaluée à partir de résultats concrets : cessation des hostilités, protection des civils, garanties de sécurité et respect de la souveraineté ukrainienne.
Donald Trump affirme vouloir obtenir la paix. Mais quelles concessions précises Vladimir Poutine a-t-il acceptées en contrepartie des ouvertures économiques et diplomatiques américaines ?
Un arrêt durable des attaques ? Un accord sur le retrait des forces russes ? Des garanties empêchant une nouvelle invasion ?
Les informations publiques ne démontrent pas l’existence d’un engagement secret ou d’un avantage personnel accordé à Trump par Poutine. Elles ne montrent pas davantage la mise en œuvre durable d’un ensemble de concessions russes permettant de sécuriser l’Ukraine.
La question essentielle ne porte donc pas sur les intentions supposées des deux dirigeants, mais sur les décisions prises et leurs conséquences.
Si l’Ukraine doit restreindre ses capacités de défense pendant que la Russie poursuit ses bombardements et conserve les territoires qu’elle occupe, quelle paix Washington cherche-t-il réellement à obtenir, et au bénéfice de qui ?
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