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« La Russie n’a pas fait grand-chose » : quand Trump minimise quatre années de guerre et de crimes contre les Ukrainiens

« Franchement, la Russie s’est bien comportée avec l’Ukraine. Elle n’a pas fait grand-chose. » Le 19 octobre 2026, Donald Trump a prononcé ces mots devant des journalistes à la Maison-Blanche. Quelques heures auparavant, un drone russe avait frappé un parc ukrainien, tuant six personnes, dont deux enfants. Depuis février 2022, l’armée russe a détruit des villes, bombardé des quartiers résidentiels, exécuté des civils et déporté des enfants. Face à cette réalité documentée par les Nations unies, les propos du président américain soulèvent une question fondamentale : comment peut-on prétendre rechercher la paix tout en minimisant les actes de l’État qui a déclenché l’invasion ?

« La Russie s’est bien comportée » : une phrase face aux faits

Donald Trump répondait à une question concernant un éventuel sommet avec Vladimir Poutine et Xi Jinping pour discuter de l’Ukraine.

Le président américain s’est déclaré ouvert à une rencontre, avant d’affirmer que la Russie n’avait pas fait grand-chose à l’Ukraine.

Le contraste avec la situation sur le terrain est saisissant.

Au moment où Trump relativise les actions de Moscou, les forces russes poursuivent leurs bombardements contre les villes ukrainiennes, les infrastructures énergétiques et les zones résidentielles.

Plus de quatre ans après le lancement de l’invasion à grande échelle, aucune trêve durable n’a mis fin aux attaques.

La Russie continue d’occuper une partie du territoire ukrainien et de mener des opérations militaires contre un État souverain.

Les paroles de Trump ne constituent pas une approbation explicite de chaque attaque russe. Elles en minimisent néanmoins la gravité, alors que les conséquences humaines de la guerre sont établies par de nombreuses enquêtes internationales.

Le jour même, un bébé et cinq autres civils tués dans un parc

Le 19 octobre, un drone russe a frappé le parc central de Nova Vodolaha, dans la région de Kharkiv.

Selon les autorités ukrainiennes, six personnes ont été tuées et au moins quinze blessées.

Parmi les victimes figuraient une enseignante de 28 ans, Inna Mariukhna, et sa fille Anhelina, âgée d’un an.

La mère promenait son bébé dans une poussette au moment de la frappe. L’enfant est mort sur place et sa mère a succombé à ses blessures à l’hôpital.

Une autre fillette figure parmi les victimes.

L’attaque a touché un espace public où se trouvaient des familles et des enfants, loin de l’image d’une opération militaire limitée à des objectifs combattants.

Le lendemain, une frappe de drone a également tué trois personnes et blessé quatre autres sur un axe routier près de Kyiv, selon les procureurs ukrainiens.

Pour les civils ukrainiens, la guerre n’est pas une abstraction diplomatique. Elle se poursuit dans les rues, les immeubles d’habitation, les parcs et les infrastructures indispensables à la vie quotidienne.

L’ONU documente une aggravation spectaculaire des pertes civiles

Les statistiques de la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies contredisent directement toute présentation d’une guerre devenue marginale.

En septembre 2026, l’ONU a recensé au moins 328 civils tués et 2 105 blessés en Ukraine.

Le nombre total des victimes civiles, morts et blessés confondus, a augmenté de 85 % par rapport à septembre 2025.

Sur les neuf premiers mois de 2026, les observateurs internationaux ont documenté au moins 2 570 morts et 15 211 blessés parmi les civils, soit une augmentation de 59 % par rapport à la même période de l’année précédente.

Les missiles et drones de longue portée ont représenté 53 % des victimes civiles recensées en septembre.

À Kyiv, des civils ont été tués ou blessés durant 22 des 30 jours du mois.

Ces bilans sont des minimums vérifiés. Ils ne comprennent pas nécessairement toutes les victimes des zones occupées ou difficiles d’accès.

La réalité décrite par les Nations unies est donc celle d’une violence persistante, et non d’une Russie qui aurait épargné l’Ukraine.

Boutcha : les exécutions que la mémoire ne peut effacer

En mars 2022, l’occupation russe de Boutcha, près de Kyiv, s’est accompagnée d’exécutions de civils et d’autres violations graves du droit international humanitaire.

Après le retrait des forces russes, des corps ont été retrouvés dans les rues, certains portant des traces de violences ou ayant les mains liées.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a documenté des exécutions sommaires et des homicides illégaux commis par les forces russes.

Dans un rapport publié en décembre 2022, l’ONU avait notamment établi la mort violente de 441 civils dans les régions de Kyiv, Tchernihiv et Soumy au cours des premières semaines de l’invasion, parmi lesquels des victimes de Boutcha.

Les témoignages recueillis décrivent des personnes abattues alors qu’elles tentaient de fuir, d’autres exécutées après des contrôles ou soupçonnées de soutenir les forces ukrainiennes.

Boutcha est devenue l’un des symboles des crimes commis pendant l’occupation russe.

Aucune négociation diplomatique ne peut effacer ces faits, ni les remplacer par une appréciation politique rassurante du comportement de Moscou.

Marioupol : une ville détruite et des milliers de vies perdues

Le siège de Marioupol, au printemps 2022, demeure l’un des épisodes les plus meurtriers de l’invasion.

Pendant près de trois mois, les bombardements russes ont ravagé la ville et provoqué une catastrophe humanitaire.

Le nombre exact de civils tués n’a jamais pu être établi de manière exhaustive. Les estimations disponibles évoquent des milliers, voire des dizaines de milliers de victimes.

Le 16 mars 2022, une frappe aérienne russe a détruit le théâtre dramatique de Marioupol, où de nombreux civils avaient trouvé refuge.

Le mot « Enfants » était inscrit en grandes lettres à l’extérieur du bâtiment, visible depuis les airs.

L’Associated Press et d’autres organisations ont enquêté sur cette attaque, qui a tué un grand nombre de personnes réfugiées à l’intérieur.

Marioupol illustre l’ampleur des destructions provoquées par la guerre russe, mais également les difficultés rencontrées pour établir les bilans dans les territoires passés sous contrôle de Moscou.

Les enfants déportés : des crimes contre l’humanité selon les Nations unies

L’une des accusations les plus graves contre la Russie concerne les déportations et les transferts forcés d’enfants ukrainiens.

En mars 2026, la Commission d’enquête internationale indépendante sur l’Ukraine, mandatée par les Nations unies, a conclu que les autorités russes avaient commis des crimes contre l’humanité.

Les enquêteurs ont établi que la déportation et le transfert forcé d’enfants, ainsi que leur disparition forcée, relevaient de cette qualification.

La commission a vérifié le transfert ou la déportation de plus de 1 200 enfants originaires de cinq régions ukrainiennes.

Environ 80 % des enfants concernés par les cas étudiés n’avaient pas été ramenés dans leur foyer.

Depuis mars 2023, Vladimir Poutine fait également l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour des accusations de crimes de guerre liées à la déportation et au transfert illégal d’enfants.

Moscou présente ces déplacements comme des évacuations de protection. Les enquêteurs internationaux ont néanmoins documenté des pratiques de transfert, de placement et de séparation familiale contraires au droit international.

Les familles ukrainiennes continuent de réclamer le retour de leurs enfants.

Détruire l’électricité et le chauffage : une autre forme de pression sur les civils

À l’approche de l’hiver, la Russie intensifie ses attaques contre le système énergétique ukrainien.

Les centrales électriques, les sous-stations, les installations gazières et les réseaux de distribution sont régulièrement visés.

Les bombardements d’octobre ont provoqué de nouvelles coupures d’électricité et perturbé les services essentiels dans plusieurs régions.

Les conséquences ne se limitent pas à l’éclairage des logements.

L’électricité permet de faire fonctionner les hôpitaux, les systèmes de chauffage, l’approvisionnement en eau et une partie des transports.

En attaquant ces infrastructures, Moscou accroît les difficultés de la population à mesure que les températures baissent.

Les autorités ukrainiennes accusent la Russie de chercher à rendre les conditions de vie insupportables afin de faire pression sur la société et le gouvernement.

Le droit international humanitaire interdit les attaques délibérées contre les civils et impose des règles strictes concernant les infrastructures civiles.

La destruction du réseau énergétique représente ainsi un enjeu humanitaire majeur, indépendamment des objectifs militaires revendiqués par Moscou.

Des missiles Patriot payés par les Européens, mais toujours bloqués

La politique américaine ajoute une autre dimension à la situation ukrainienne.

Les États-Unis ne financent plus l’essentiel des nouvelles fournitures d’armements selon le modèle des dons pratiqué auparavant.

Une partie des équipements américains destinés à l’Ukraine est désormais achetée par les alliés européens dans le cadre du mécanisme PURL, coordonné avec l’OTAN.

Mais payer les armes ne garantit pas leur livraison immédiate.

Selon le Washington Post, des transferts de missiles intercepteurs Patriot, indispensables à la défense ukrainienne contre les missiles balistiques russes, attendaient encore des autorisations du Pentagone.

Volodymyr Zelensky a dénoncé ces retards, tandis que des restrictions affectant certains services satellitaires militaires Starshield ont également suscité des inquiétudes à Kyiv.

Les autorités ukrainiennes ont par ailleurs signalé une interruption ou une dégradation temporaire de certaines alertes américaines sur les tirs de missiles russes. Washington conteste avoir volontairement suspendu le partage de renseignements, et Zelensky a annoncé le rétablissement du système d’alerte après des échanges avec Marco Rubio.

Le paradoxe demeure : les Européens peuvent financer des moyens de défense destinés à protéger les villes ukrainiennes, mais Washington conserve un pouvoir d’autorisation sur des équipements américains essentiels.

Lorsque les livraisons sont retardées, l’Ukraine dispose de moins de moyens pour intercepter les attaques russes.

Trump veut la paix, mais sur quelles bases ?

Donald Trump affirme vouloir arrêter la guerre et éviter de nouvelles pertes humaines.

Cet objectif ne dispense pourtant pas d’examiner les moyens employés pour y parvenir.

Depuis plusieurs jours, le président américain multiplie les pressions sur Zelensky, tout en ménageant Vladimir Poutine.

Washington a suspendu l’application de nouvelles sanctions contre Moscou et facilité certaines exportations de diesel russe. Trump a également demandé à l’Ukraine de limiter ses frappes contre les raffineries pétrolières russes.

Dans le même temps, les bombardements russes contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes se poursuivent.

Une politique de paix qui réduit la pression sur l’agresseur tout en exigeant des concessions du pays envahi pose un problème fondamental d’équilibre et de crédibilité.

L’Ukraine n’a pas choisi d’être envahie. Elle défend son territoire, sa population et son droit à décider de son avenir.

Lui demander de négocier est une démarche diplomatique. Lui demander de renoncer à des moyens de défense sans garanties équivalentes concernant les opérations russes comporte un risque bien différent.

La paix ne peut pas être réduite à l’arrêt immédiat des combats, sans réponse à la question de la sécurité future de l’Ukraine.

Le danger d’une paix qui récompenserait l’invasion

Les propos de Trump s’inscrivent également dans le contexte d’une proposition russe de sommet réunissant les présidents américain, chinois et russe pour discuter de l’avenir de l’Ukraine.

Le format envisagé exclurait Volodymyr Zelensky et les dirigeants européens.

Pour Moscou, une telle rencontre pourrait renforcer le statut international de Poutine et déplacer les négociations vers un dialogue entre grandes puissances.

Pour l’Ukraine, le risque serait de voir son territoire et sa sécurité discutés sans sa participation directe.

Les frontières d’un État souverain ne peuvent être traitées comme des concessions commerciales entre dirigeants étrangers.

Une négociation qui entérinerait des conquêtes territoriales obtenues par la force, sans garanties de sécurité et sans consentement ukrainien, créerait également un précédent dangereux pour d’autres conflits.

La communauté internationale a consacré, dans la Charte des Nations unies, les principes de souveraineté et d’interdiction du recours à la force contre l’intégrité territoriale des États.

Ce sont ces principes qui sont en jeu dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.

Ce que les propos de Trump ne peuvent faire disparaître

Les chiffres de l’ONU, les enquêtes sur Boutcha, les destructions de Marioupol, les enfants déportés et les bombardements actuels constituent une réalité documentée.

Donald Trump peut défendre une stratégie de négociation fondée sur le rapprochement avec Vladimir Poutine. Il peut considérer que les concessions diplomatiques sont nécessaires pour mettre fin à la guerre.

Mais présenter le comportement russe comme relativement modéré brouille la réalité d’une invasion qui a provoqué des souffrances humaines considérables.

La responsabilité du déclenchement de la guerre à grande échelle appartient à la Russie. La volonté des Ukrainiens de défendre leur souveraineté ne peut être assimilée à cette décision d’agression.

La paix en Ukraine ne doit pas seulement faire taire les armes. Elle doit permettre aux Ukrainiens de vivre libres, en sécurité, sans craindre qu’une nouvelle invasion vienne détruire leurs villes et leurs familles.

Minimiser les crimes documentés ne rapproche pas nécessairement de cette paix. Cela risque au contraire de transformer les souffrances des victimes en simples variables d’ajustement d’une négociation entre puissances.

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