Tunisie – Dissensions au sein d’Ennahdha : Et si ce n’était que du bluff ?

La scène médiatique en Tunisie n’a jamais autant parlé du parti islamiste Ennahdha, que ces derniers jours. Et il y a de quoi, puisqu’à ce qu’il paraît, le temple bleu est ébranlé par des dissensions et soufflé par une vague de mutinerie. Quelque chose d’inédit et d’inimaginable jusqu’à il y a quelques jours.

Il va falloir se résigner à accepter l’inimaginable. Il va falloir croire que les leaders du parti islamiste d’Ennadha, ceux qui ont toujours tout partagé avec leur Cheikh, le meilleur comme le pire et qui ne jurent que par son nom, se soient presque tous mis d’accord pour se retourner contre lui et ses décisions. Or, il y a encore quelques jours, ils le dépeignaient comme le grand penseur, le grand stratège politique, celui qui a une vision futuriste et très éclairée des affaires du pays et même de la région.

Ce qui interpelle, surtout, c’est qu’il ne s’agit point de quelques voix qui se sont élevées ici et là, pour déplorer certaines des décisions du Cheikh. Le parti s’est carrément scindé en deux. Une moitié qui demeure fidèle à l’ancienne garde dirigée par le patriarche et qui n’ose pas discuter le moindre de ses ordres. Et une autre moitié qui se serait rebellée contre lui et surtout qui ose le défier, voire carrément l’attaquer en sautant de plateau TV en plateau TV, auxquels ils ont eu, très bizarrement, un accès on ne pouvait plus facile. Il y a une autre curiosité concernant cette moitié « rebelle », c’est qu’elle est constituée, en plus de la deuxième génération du parti, des figures de proue du parti et des emblèmes du mouvement, depuis sa création.

Devant tant de « curiosités », on serait en droit de se demander « et si ce n’était qu’un coup de bluff » ? Dans lequel cas, qu’est ce qui pousserait Ennahdha à se donner en spectacle de cette manière, au risque de voir s’effriter sa base qui n’est pas forcément dans le secret de ce qui se prépare du côté de Montplaisir ? Si le but était, justement, de diviser l’électorat.

Car il ne faudt pas oublier que le système électoral qui a été adopté en Tunisie, ne donne pas le droit à une liste de s’accaparer tous les sièges d’une circonscription et qu’elle est obligée de plafonner à la moitié des sièges disponibles. C’est ce qui a, d’ailleurs, poussé Ennahdha, en 2011 et ce n’est plus de secret pour personne, à donner des consignes pour voter pour le CPR avec lequel, ils s’étaient mis d’accord pour gouverner ensemble.

Or, on n’est plus en 2011 et les choses ont grandement changé. Il n’y a plus de CPR et encore moins, un potentiel allié « fiable », qui ne risque pas de se retourner contre les islamistes. Par ailleurs, il y a une nouvelle tendance qui a fait son apparition, en Tunisie, c’est l’engouement des tunisiens de  voter pour les « indépendants ».

Donc, si on suit ce raisonnement, ceci peut expliquer celà. Les leaders d’Ennahdha qui vont « se fâcher » des manipulations du Cheikh pourraient bien se présenter sur des listes indépendantes. Comme ils ont déjà été plébiscités dans leurs régions, il n’auront aucune difficulté à s’adjuger des sièges. Dans ce cas, Ennahdha, en plus des sièges qu’elle va obtenir à l’ARP, ne va plus être obligée de chercher avec qui composer et avec quel parti s’allier… Elle aura ses hommes à elle, sous le dôme du Bardo. Sous d’autres casquettes, certes, mais qui demeurent toujours fidèles. De cette façon, les islamistes pourraient contourner le système électoral qui les oblige à abandonner des sièges aux autres formations et pourraient, dans ce cas, franchir le pas et songer à gouverner en solo.

Voilà pourquoi, il ne serait pas exclu, que toute cette histoire de disputes et de dissensions au sein d’Ennahdha pourrait n’être qu’un coup de bluff !

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