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Liban : L’ex-président prochainement en prison à cause des 200 morts de 2020?

C’est un vieux serpent de mer judiciaire dont on ne voit pas le bout depuis 2020. Toutes les procédures ont été noyées par l’incurie et l’indolence des précédents gouvernements. C’est peut-être la fin de la paralysie générale, un procureur libanais a demandé ce mardi 15 septembre l’inculpation de l’ex-président Michel Aoun dans le dossier de l’explosion au port de Beyrouth. Rappelons que 200 personnes avaient péri et personne n’a payé pour ce drame qui a jeté l’opprobre sur tout l’Etat libanais.

Le procureur auprès de la Cour de cassation du Liban a demandé au magistrat en charge de cette affaire, Tarek Bitar, d’«engager des poursuites contre (l’ancien) président Aoun, dans la mesure où il avait une connaissance préalable de la présence de nitrate d’ammonium au port et du danger qu’elle représentait, sans avoir pris les mesures nécessaires ni saisi le Conseil supérieur de la Défense», a confié une source sous sceau de l’anonymat.

Rappelons que la détonation du 4 août 2020 avait également blessé plus de 6500 personnes et ravagé une grande partie de la capitale. D’après les autorités libanaises, l’explosion a été causée par un feu qui a pris dans un entrepôt où 2750 tonnes de nitrate d’ammonium dormaient de manière anarchique depuis des années. Les plus hautes autorités du pays avaient été alertées, elles ont regardé ailleurs.

Aucun responsable n’a été inquiété par la justice. En mars 2026 une source judiciaire avait déclaré que le juge Tarek Bitar avait bouclé ses investigations. Le dossier a été remis au parquet pour examen, le procureur Mohammad Saab a rendu son rapport ce mardi, a indiqué la source. Ce document pointe la responsabilité directe de plus de 70 individus, parmi lesquels des décideurs politiques dont certains encore en fonction, des responsables des services de sécurité et de l’armée, ainsi que des fonctionnaires.

Seul le juge Tarek Bitar a le pouvoir d’inculper les suspects, ses décisions devraient tomber dans les prochaines semaines.

Cette affaire, une illustration de l’impunité et des carences de l’Etat au Liban, était figée depuis 2023 par les batailles politiques et juridiques ; le Hezbollah avait ameuté l’opinion publique pour obtenir le la disgrâce du juge Bitar. Une pluie de recours judiciaires ont tenté de l’éjecter de cet épais dossier, il a résisté à la tempête politique et a relancé son enquête en 2025. Le juge a profité du changement de régime au Liban pour foncer, notamment l’accession du chef de l’armée à la présidence de la République, Joseph Aoun, et la désignation de l’ex-président de la Cour internationale de justice au poste de Premier ministre, Nawaf Salam.

Le Hezbollah, affaibli par la liquidation de son leader historique et de ses cadres, ne peut plus bloquer la justice. La route s’est dégagée pour le juge Bitar, qui était même interdit de voyager. Tout ça c’est terminé, le magistrat va tailler dans le vif. Un test grandeur nature pour la crédibilité de l’Etat libanais, observé par ses soutiens occidentaux – surtout la France – et la communauté internationale.

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