Par Hadi Sraieb : Il faut estimer comme un bien le moindre mal

Trois mois de palabres et de conciliabules interminables, d’arrangements et de combinaisons aléatoires, d’échafaudages incertains et précaires pour aboutir au renvoi cinglant de ce gouvernement dit de « compétences nationales ». Certains de bonne foi, se sont prêtés au jeu, mal leur en a pris !

Alors oui et comme le dit Nicolas Machiavel il faut estimer comme un bien (le rejet) le moindre mal (vacance du pouvoir). Nul besoin de revenir ici sur les multiples raisons tant objectives que subjectives qui ont conduit à ce rejet sans appel. Nous voilà rendu de nouveau à la case départ !

Force tout de même est de constater que l’Etat tient toujours debout, -là ou ailleurs, un pays se serait littéralement effondré (Balkans) et que la société continue à fait preuve d’une résilience remarquable !

La situation n’en demeure pas moins préoccupante, pour ne pas dire alarmante pour nombre de nos concitoyens. Une nouvelle séquence s’ouvre donc, cette fois-ci à l’initiative de la Présidence.

Sans doute encore une nouvelle logique du « moindre mal » mais cette fois-ci positive, sous les traits possibles d’un gouvernement de technocrates, ou de salut national, ou bien encore d’union nationale.

En réalité, la difficulté de l’exercice tient à 3 obstacles majeurs : la dispersion des forces politiques, l’inexistence d’une vision minimale et partagée de ce qu’il conviendrait de faire, la lutte conflictuelle inavouée autour du contrôle des attributs régaliens (police, justice, diplomatie).

Bien candide et benêt, celui qui se risquerait à faire quelques pronostics conjecturaux ou prédictions spéculatives sur ce que la Présidence souhaiterait faire mais en réalité peut faire ! Pas d’inquiétude, il s’en trouvera toujours, notre média-sphère est friande de ces imbroglios… audimat oblige !

Le Président va devoir trouver, -au sein de cet enchevêtrement, d’intérêts partisans, de postures sournoises, de réconciliation de façade, de volte-face imprévisibles, de reniements déconcertants-, le plus petit dénominateur commun en vue de constituer un attelage à la cohérence minimale et à la durabilité suffisante, 12-18 mois. Ce serait déjà ça de pris ! Un Président en réalité piégé par une situation objective qui va le conduire à tenter de résoudre cette quadrature du cercle !

Entre temps, les directeurs d’administration centrale et autres hauts fonctionnaires, sans repères ni instructions, vont devoir faire face à de multiples décisions qui ne ressemblent plus, -loin s’en faut-, à de simples expédients des affaires courantes. Quid du bouclage du financement du budget, de la couverture sociale, de la restructuration des entreprises publiques ? Toutes ces choses qui ne peuvent attendre, au risque d’aggraver des situations déjà fort détériorées. Qu’à cela ne tienne, ça attendra !

Le Président, du haut de son juridisme inflexible, va se hasarder à réconcilier les irréconciliables en tentant d’en promouvoir certains et en neutralisant d’autres (cornériser ; dernier mot à la mode).

Mais il sait aussi que sa légitimité et son aura futurs vont dépendre de sa capacité à éviter l’écueil de la réprobation générale (telle qu’elle s’est manifestée lors des élections) et du “dégagisme” ambiant.

Tous les adjectifs utilisés pour définir le gouvernement sont désormais avilis, discrédités, car tous tintés d’une neutralité qui se voudrait consensuelle, mais qui sont perçus comme fictifs, trompeurs et pour ainsi dire outrageants et exaspérants.

Cette prétendue neutralité n’a plus vraiment cours. De cela aussi, le Président sait !

Difficile de résister à la clairvoyance de N. Machiavel qui nous dit « Le parti de la neutralité qu’embrassent le plus souvent les princes irrésolus, qu’effraient les dangers présents, le plus souvent aussi les conduit à leur ruine.” On ne peut pas être plus explicite !

Où pourrait donc se trouver une voie de sortie ? Le Président aurait tout intérêt, à d’abord, se trouver des alliés. Probablement pas dans la classe politique actuelle, même si certaines sensibilités sont relativement proches de lui, mais qui ont un agenda et des priorités très différentes. Sans doute devrait-il se tourner du côté de la société civile, et notamment rechercher le soutien des partenaires sociaux.

Un détour possiblement fécond et salutaire si d’aventure il pouvait obtenir des puissantes UGTT et UTICA une feuille de route fixant 3 ou 4 priorités. En quelque sorte un programme commun. Cela aurait l’avantage de déplacer les critères de choix des ministrables du terrain subjectif et piégé des compétences vers le terrain de choix clivant, de la volonté politique et de l’engagement à réaliser ces 3 ou 4 priorités. Plus facile à dire qu’à faire! Nous en convenons.

Le Président sait aussi que le choix de personnes n’est pas exclusivement lié au niveau de compétence ni à celui du degré d’expérience. Par le passé le pays a eu de très jeunes ministres qui ont fait honneur!

Tout réside dans l’unité d’action, dans la cohérence de la politique gouvernementale menée, dans les synergies entre les divers départements, dans les complémentarités des différents ministères.

Et c’est bien là toute la difficulté. Mais dans le même temps, les grandes institutions internationales, politiques comme financières s’impatientent ! Certaines se posent même la question de la nature de la poursuite de leur engagement : reconduite mais minimaliste, accompagnement au coup par coup ?

Les déficits en tous genres se creusent inexorablement…mais jusqu’à quand ?

En se trouvant des alliés de poids, le Président peut espérer retrouver des marges de manœuvre et ainsi élargir le champ des possibles….restera à trouver la formule qui aura l’assentiment d’une assemblée incertaine, velléitaire et versatile…

Souhaitons bon vent au Président, même si l’on sait que nous ne sommes pas au bout de nos peines

Hadi Sraieb, Docteur d’Etat en économie du développement.

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