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Des paroles et des actes… main basse sur la Révolution

Le 23 octobre le peuple tunisien a élu ses représentants pour qu’ils élaborent une nouvelle constitution,  les partis  majoritaires sans attendre  la déclaration officielle  des résultats, se sont partagé les pouvoirs,  au risque de déstabiliser le gouvernement provisoire en place et accroître la fragilité de la situation sociale et politique du pays.
Oubliant qu’ils ont été élus  pour une tâche vitale et essentielle ; l’élaboration d’une constitution qui rompt avec la dictature et la marginalisation des régions et des populations,  préserve et consolide les libertés fondamentales publiques et privées, les partis de la coalition se sont étripés pour la répartition des fauteuils durant des semaines,  se comportant comme s’ils  avaient gagné les élections législatives et qu’ils sont au pouvoir pour beaucoup plus que la durée convenue d’une année et donnant l’impression qu’ils ne sont que des quémandeurs de postes, l’intérêt supérieur du pays dont ils se proclament pour justifier cette coalition, n’étant  qu’un voile pudique jeté pour cacher leur soif de pouvoir ! (de vengeance ?)
Le 18 octobre, avant les élections, onze partis  participants, dont Ennahdha, se sont mis d’accord sur une procédure consensuelle  pour élaborer cette constitution, or les partis majoritaires se sont partagés les responsabilités au sein des deux commissions, chargées de mettre en place le règlement intérieur de la constituante et l’organisation provisoire des pouvoirs publics reléguant  les autres partis à un rôle de figuration, même  la forme n’a pas respectée !  C’est la démocratie disent ils !
Ce comportement, ressort encore plus clairement  dans les deux projets de  loi  dont  la tonalité  est hégémonique , arrogante et dominatrice  , en effet faisant  fi  de toutes les promesses  de respect des règles démocratiques les plus élémentaires ( c’est vrai que les promesses n’engagent que ceux qui y croient) Ennahdha confisque tous les pouvoirs ( exécutif, judiciaire et même législatif)  au profit  du chef de gouvernement  qu’il  est prévu de  désigner  parmi  ses rangs,  et de ce fait Ennahdha  fera  main basse sur tout le processus d’élaboration de la future constitution, même Ben Ali n’a pas osé concentrer autant de pouvoir ! Cette démarche, outre qu’elle dénote un manque de confiance envers  ses partenaires  constitue un véritable attentat contre la démocratie ! Les tunisiens n’ont pas chassé une dictature pour la remplacer par une autre.
Si ces projets sont adoptés en l’état,  Ennahdha,  à travers son chef de Gouvernement s’arroge tous les pouvoirs :
•    Il  émet les décrets  réglementaires et individuels
•   Il forme et dirige le gouvernement, crée et défait les ministères, nomme les  ambassadeurs, les  PDG d’entreprises  publiques,  les hauts fonctionnaires, les gouverneurs  et même les chefs  de la hiérarchie militaire …
•   Il contrôle le pouvoir judiciaire (c’est vrai il est dit que c’est à titre provisoire !)
•  Il nomme le gouverneur de la banque centrale, institution qui doit demeurer indépendante, garante de la saine gestion des finances publiques et  doit donc rester en dehors du giron du gouvernement (C’est l’organisation qui est suivi partout dans le monde!) cette institution a été depuis sa création indépendante et même Ben Ali, au moins dans la forme, n’a pas osé toucher à ce statut.
•  L’Assemblée Constituante est dépouillée également de ses prérogatives toujours au profit de l’omniscient chef de gouvernement  (c’est vrai qu’il est  dans les circonstances exceptionnelles !) sans que ni la durée ni la nature des  événements exceptionnels ne soient précisée,
Les intentions réelles d’Ennahdha,  de main mise totale sur le processus d’élaboration de la constitution, la confiscation du pouvoir, de tout le pouvoir à son profit, ressortent clairement à travers  la lecture de ces projets, en effet outre les pouvoirs exorbitants confiés au chef de gouvernement que même une motion de censure de la part de la constituante  ne peut  destituer(un vote des 2/3 des députés est requis) , le  président de la république, symbole de la nation , est réduit  à un rôle de potiche ! Ce n’est pas pour ce type de projet de gouvernance que les tunisiens  qui ont défié et  abattu une des plus féroces dictatures,  au prix de  lourds sacrifices, ont voté, et ils n’accepteront jamais qu’on leur attente à  leurs  libertés en essayant de faire passer en force un projet de société qu’ils refusent dans leur grande majorité ! Comment des militants aussi attachés aux libertés et à la démocratie, tel que MM B.Jaafar et  Marzouki  aient pu signer de tels textes, leur soif de pouvoir est elle à ce point aveuglante ?
Ennahdha,  devrait retenir les leçons de l’Histoire, elle n’est  là à participer au pouvoir que parce que leur prédécesseur n’en avait cure ! Les promesses d’avant les élections doivent être tenues pour éviter à notre pays  les affres de l’instabilité et de l’insécurité.
Il est urgent de revenir à un équilibre plus sain entre les pouvoirs  de l’Assemblée  Constituante, la Présidence de la République et l’Exécutif, de rechercher toujours le  consensus et le préférer à tout esprit   hégémonique  et de tentative de passage en force,  car il s’agit, il ne faut pas l’oublier,   d’élaborer une constitution pour plusieurs générations  et non pas une constitution  taillée sur mesure pour qu’un parti se perpétue au pouvoir,   auquel il est parvenu , certes démocratiquement , mais avec  moins de 25% des votants ! Et il s’agit également de gérer le pays pendant la période transitoire  d’au plus un an.
Aussi,  il est indispensable pour que les règles élémentaires de la démocratie soit garanties  de :
•  Veiller à la séparation  des pouvoirs  législatifs et exécutifs (il est hors de question de permettre le cumul  de ces fonctions)
•  Garantir l’indépendance de la justice (il est hors de question d’en confier le contrôle, même provisoirement à l’exécutif)
• Garantir l’indépendance et l’inviolabilité du système éducatif ; primaire, secondaire et supérieur (Le silence assourdissant d’Ennahdha  vis-à-vis des violences faites aux étudiants et aux enseignants et aux tentatives d’imposer le modèle wahhabite dans nos universités et lycées , dévoile  il les vrais intentions de ce parti , maintenant qu’il est élu et donc  moins tenu au double langage ? )
• Garantir l’indépendance de la Banque Centrale et d’éviter  de la fourvoyer dans des querelles partisanes qui peuvent nuire à la bonne gestion  des finances publiques et à la crédibilité de la Tunisie dans les instances internationales, jusque là et malgré toutes les vicissitudes la signature  de la Tunisie a été préservée.
• D’éviter d’instrumentaliser  dans des intérêts  partisans  l’institution militaire, fierté de notre pays pour son esprit républicain, et les forces de sécurité intérieure qui ont su se réformer rapidement pour répondre aux besoins des tunisiens
• Garantir  la transparence dans les délibérations de l’assemblée pour faire participer les plus larges  couches  du peuple tunisien  et les retransmettre à la télévision pour que ces députés soit contrôler parce que  aucun blanc seing n’a été donné à quiconque !
Il est essentiel que l’ivresse  de la victoire n’embue pas les esprits de ceux qui croient qu’ils sont parvenus à leur but et qu’ils reviennent  à un comportement plus humble pour préserver notre révolution des conséquences auxquelles peuvent conduire trop d’autosatisfaction et  de suffisance. Il est également essentiel  que la société civile reste mobilisé et vigilante car la démocratie est plus facile à arracher qu’à préserver !

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