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En Somalie, le chaos politique accentue la crise alimentaire

Deux régions ont été déclarées par l’ONU en situation de famine dans ce pays sans État depuis vingt ans. Les islamistes, qui contrôlent aujourd’hui la majeure partie du territoire, gênent les opérations humanitaires.

«Je suis étonné que les gens voient la famine comme une conséquence du manque de pluie et de nourriture», a déclaré mardi le président de la Banque africaine de développement (BAD), Donald Kaberuka, à propos de la crise alimentaire grave qui frappe la Somalie. Le pays a pourtant souffert, ces derniers mois, d’un manque de pluies qui a affecté ses récoltes. La crise alimentaire sévit d’ailleurs dans toute la corne de l’Afrique, menaçant en tout 10 millions de personnes. Mais en Somalie – pays le plus touché, où deux régions ont été déclarées par l’ONU en situation de famine – elle est selon Donald Kaberuka «absolument liée aux destructions causées par la crise somalienne». C’est-à-dire à vingt années de chaos politique résultant de l’effondrement de l’État somalien.

Ancienne colonie britannique (au nord) et italienne (au sud), la Somalie a acquis son indépendance en 1960. Neuf ans plus tard, le régime parlementaire est renversé par un coup d’État du général Siad Barre, qui s’installe comme président de la République. Mais cette soudaine centralisation du pouvoir n’efface pas les divisions, principalement claniques, qui minent la société somalienne. Une guerre civile éclate à la fin des années 1980, qui aboutit à la chute de Siad Barre. Avec son régime, c’est l’État qui s’effondre en Somalie : les seigneurs de guerre imposent leur loi, le grand banditisme s’épanouit et le pays se morcelle (au nord, le Somaliland puis le Puntland font tour à tour sécession). C’est dans ce contexte que le pays est frappé, en 1991, par une première grave famine. L’opération «Du riz pour la Somalie» est alors lancée par la communauté internationale pour enrayer la tragédie.

Les shebab, un mouvement hétérogène

Dans le même temps, la tentative d’intervention militaire des Nations unies, États-Unis en tête, ne parvient pas à endiguer la violence. Après cet échec, «la Somalie n’est plus apparue comme une priorité dans l’agenda international jusqu’à l’apparition du risque du djihadisme terroriste lié à al-Qaida», explique Philippe Hugon, directeur de recherche à l’IRIS. En l’absence d’un État capable de gérer le pays, les chefs religieux islamiques ont pris peu à peu le pouvoir, via l’Union des tribunaux islamiques (UTI). Le 11-Septembre va placer l’UTI dans la ligne de mire des États-Unis, dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Mais là encore, les tentatives plus ou moins souterraines de déstabiliser le pouvoir islamique échouent. Elles aboutissent au contraire à la rupture de la frange dure de l’UTI, les shebab, qui entrent en conflit avec le pouvoir de Mogadiscio, soutenu à bout de bras par la communauté internationale.

Aujourd’hui, le pays (hors Puntland et Somaliland) est majoritairement contrôlé par les shebab. Or en 2009, ceux-ci ont décrété que le Programme alimentaire mondial était non grata dans les zones qu’ils contrôlaient, puis ont imposé des conditions inacceptables aux ONG, provoquant leur départ. Devant l’urgence humanitaire, ces organisations se disent désormais prêtes à revenir travailler. Mais les shebab, dont un responsable avait dans un premier temps accepté cette idée, ont fait volte-face vendredi en maintenant leur interdiction et en taxant la déclaration de famine de propagande. Preuve, selon Philippe Hugon, «des tensions à l’intérieur du mouvement, très hétérogène». Pour qu’une solution soit dégagée, analyse le chercheur, il va falloir que la communauté internationale accepte de discuter avec les shebab, en essayant de s’appuyer sur les plus modérés d’entre eux.

Source: LeFigaro.fr

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