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Moncef Chebbi (vidéo) : Nourrir la matrice culturelle tunisienne dépend de la politique de l’Etat vis-à-vis la culture

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Dans une interview exclusive accordée à Tunisie Numérique, Moncef Chebbi, intellectuel et éditeur tunisien, nous a brossé le portrait de la culture en Tunisie et plus particulièrement du livre tunisien.

Distinguer entre production culturelle et matrice culturelle

Chebbi a exprimé ses regrets vis-à-vis la politique culturelle tunisienne en affirmant : « En Tunisie, l’Etat se comporte en pensant que la culture se résume à la production culturelle… genre on a quelques réalisateurs on leur donne un peu d’argent… on achète quelques livres des maisons d’édition en difficulté, une sorte de charité que le ministère de la Culture cautionne… à la fin on vient faire des statistiques élogieuses sur la production culturelle en terme de quantité… »

L’éditeur tunisien n’a pas manqué de proposer sa propre définition de la culture, pour lui, il s’agit de « la passion du peuple tunisien, ce qui le définit et le distingue, la matrice culturelle ». Selon lui, cette matrice est plus importante que la production en soi puisqu’elle représente la source même de l’inspiration des écrivains et artistes tunisiens. « Cette matrice, on s’en inspire mais on ne la développe pas assez…, l’Etat avec sa politique actuelle en est incapable ».

Développer la matrice culturelle

Pour l’éditeur, une ouverture intelligente à l’extérieur est susceptible d’enrichir cette matrice. Etablir des liens et des connexions avec les cultures voisines et éloignées est une étape essentielle dans le développement de la matrice culturelle tunisienne.

« Une fois qu’un projet théâtral, cinématographique ou autre est achevé, l’Etat s’en acquitte, il n’y a ni continuité, ni suivi, ni perspectives. » Chebbi a expliqué que les artistes dépendent toujours de l’aide financière extérieure pour leurs projets, une aide de mécène qui en cas d’absence, condamne le projet à l’échec. Concernant le livre tunisien, Chebbi s’est exprimé  en ces termes : « Moi en tant qu’éditeur, l’Etat m’aide avec du papier ou en achetant quelques de mes livres, néanmoins, on ne prend pas la peine de faire connaitre mes livres… je demande à l’Etat de nous traiter comme il traite les agriculteurs, nous préparer le terrain afin qu’on puisse travailler… de cette façon, nous pouvons réellement produire ».

La culture en Tunisie : projet absent, budget médiocre mais inspiration nouvelle

« 1.2MD est consacré à l’achat de livres… dont la moitié est réservée à l’acquisition de livres pour l’Etat lui-même…on se demande alors, qu’est ce que l’Etat donne réellement au livre ? » Pourtant, l’intellectuel tunisien poursuit sur un ton optimiste : « Depuis la révolution, il y a un nouveau départ pour le livre, il y a ce bousculement vers l’écriture, premièrement, il y a ce tas de manuscrits qui pour des raisons politiques leurs auteurs avaient peur de publier… et puis il y a cette passion surtout chez les femmes et les jeunes… à titre d’exemple, ici à Arabesques Editions, on publiait un livre d’auteure femme sur quatre, maintenant c’est  deux-deux… la femme s’est imposée par la qualité de son écriture. »

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