Politique

Tunisie : la classe politique tunisienne ou comment on se donne en spectacle croyant donner le bon exemple!

 

La classe politique tunisienne semble n’être que le reflet de la société. Infestée des mêmes tares, reproduisant les mêmes mécanismes  d’inertie et les mêmes clivages. La crise morale qui pourrit la société est relayée par la classe politique, pour une bonne part du moins. Censée jouer le rôle de leaders d’opinion et d’agitateurs de conscience, les partis politiques, les plus représentatifs  en termes de poids électoral et de représentation parlementaire, ne donnent guère l’exemple, loin s’en faut.

Rivalisant de coups bas ou tordus et multipliant les sorties de route. Une sorte de culture de la volte-face, de poignard dans le dos et de duplicité. Le double langage, le retournement de veste à tout-va et l’approche manichéenne, bassement politicienne, au service d’un intérêt personnel ou partisan, imprègnent les discours, les postures et les manœuvres. Et ce, sur fond de présomptions sinon de risques d’accusation portant sur des affaires louches et d’ accointances avec la corruption, pour lesquels le bouclier politique est considéré comme la parade adéquate.

Dans le microcosme politique national, il y a peu d’hommes d’honneur et de parole. Rien que des hommes de paille, médiocres, opportunistes, voire même prédateurs. Trahir un idéal, un partenaire ou un engagement est la règle et non plus l’exception. Le vieil  adage assène, à juste titre, que “seuls les imbéciles ne changent pas d’avis“, si d’aventure avis ils ont, sauf que les protagonistes  en question ne brillent pas par leur attachement aux principes et vertus humaines. Loin s’en faut.

L’effondrement des valeurs, la guerre des tranchées, la quête d’armures politiques et la course au butin caractérisent des pans entiers des actants de de la scène politique tunisienne. C’est le règne de la schizophrénie. La bipolarité cérébrale et politique bat son plein, chassant la bonne gouvernance. Un manque de maturité, de visibilité, de flair, de discernement débouchent ainsi sur des mesures aussi contestables que nuisibles. Les exemples sont légion, dont ci-après les plus significatifs et les plus récents.

Abdelaziz Kotti : alors qu’il était Secrétaire National et porte-parole de Nida Tounes, il a claqué la porte de son parti, sur lequel il n’a pas hésité à se répandre en invectives frisant l’insulte, pour revenir, moins d’une année après sa démission, à de meilleurs sentiments et en réintégrer les rangs pour occuper le poste de membre du bureau chargé de suivre les relations avec le gouvernement. Habitué de la fuite en avant ou de la fuite tout court, prisonnier de sa ravageuse bougeotte, il ne peut tenir en place au-delà de ce que sa frénésie le supporte. Il a lâché le CPR pour adhérer à Nida Tounes à qui il a tourné le dos pour rejoindre le nouveau parti Tounes Awalan (La Tunisie d’abord), en Juillet 2017 sans déroger, droit dans ses bottes,  à ses réflexes impérieux et brûlants de flinguer ceux qu’il quitte. Il a résisté tout juste quatre mois pour finir par céder à ses impulsions et revenir se refaire une virginité à Nida Tounes.

Slim Riahi : après avoir quitté le Pacte de Carthage, dont son parti l’UPL est pourtant partie prenante et en avoir déchiré le texte fondateur, d’un geste théâtral, suggérant une séparation définitive, il retourne encore une fois la veste et reprend sa place dans le dit Pacte et dans la nouvelle Troïka. Subséquemment à ses monceaux de boulets rouges faits de tous bois, il présente un profil bas, distribuant les louanges de ci et de là et reniant ses déclarations au vitriol (de toute évidence “sorties de leur contexte”, formule dont les hommes politiques tunisiens usent et abusent jusqu’à l’écœurement) pour s’en amender à plates coutures et faire la paix des braves. Ses déboires politiques et ses interminables joutes judiciaires et financières l’ont précipités, comme par hasard, dans les bras de ceux qu’il n’a cessé de lyncher et de vouer aux gémonies quelque temps plus tôt. C’est un ennemi de la réussite et de  la sienne en particulier. En politique, en sport ou en business, il n’arrête pas de se tirer des balles dans les deux pieds et même dans les deux bras.

Yassine Brahim : il adore s’asseoir entre deux chaises et élever le paradoxe au rang d’une stratégie de communication. Il ne trouve aucun inconvénient à tacler dans le dos ses partenaires à la coalition gouvernementale tout en assurant que son parti ne compte pas quitter le gouvernement. Dualisme à deux balles ! Il se désolidarise ouvertement, par voie médiatique, de sa coalition gouvernementale en épinglant farouchement ses deux principaux partenaires, sans éprouver le moindre scrupule à vider son sac en public, au mépris de la discipline interne de groupe et de la fragilité endémique de la coalition gouvernementale. Cheval de bataille ou cheval de Troie ?

Issam Chebbi : sous sa conduite, le “Jamhouri” multiple les grands écarts et les revirements. L’homme aime avoir un pied dans le gouvernement et un autre dans l’opposition. Il prend un malin et non moins malsain plaisir à descendre ses partenaires gouvernementaux et se mettre en première ligne des frondeurs. A titre illustratif, un fait d’arme dont la  contradiction n’a d’égal que la courte vue, à savoir la participation de “Jamhouri”, Issam Chebbi en tête, à la manifestation de l’opposition “Manich Msameh” contre le projet de loi sur la réconciliation économique et financière, initiée par le chef de l’Etat et soutenue par le gouvernement dont  “Jamhouri” fait pourtant partie. Face à  autant d’immaturité, las de la duplicité  de son parti, le pauvre Iyed Dahmani, s’est trouvé coincé entre le marteau gouvernemental et l’enclume partisane. Il a fini par démissionner de Jamhouri préférant son siège au gouvernement. De toute évidence, les frères Chebbi, agissant en propriétaires de “Jamhouri” et non en acteurs politiques avisés et éclairés, œuvrent, consciemment ou inconsciemment, à achever leur parti, ou ce qui en reste, avant de se consommer eux-mêmes sur son cadavre.

Hafedh Caïd Essebsi  : l’anonyme et non moins obscur HCE, qui ne brille ni par sa présence, ni par son envergure, ni par son éloquence a eu tout de même l’insigne force d’écarter ses principaux rivaux et de faire main basse sur la principale œuvre politique de son paternel, à savoir le parti Nida Tounes. Ensuite, il a fait de ce parti, devenu son bébé, un jouet dangereux, une poudrière de paradoxes, de pièges et de bombes à retardement. Il avance toujours masqué, agi toujours dans l’ombre, terré dans sa cachette, tapi dans son silence, la main sur la gâchette et le regard farouchement rivé sur un trône,  qu’il ne peut pas hériter mais qu’il manœuvre obscurément pour s’en emparer. Tout compte fait, hormis un dernier noyau de fidèles, mû beaucoup plus par l’intérêt personnel que par l’intérêt partisan, le fils à papa a mis une masse critique à dos. Pratiquement, le consensus du rejet est fait contre lui. Il ne se rend pas compte que le passage de force qu’il a imposé au congrès de Sousse (au cours duquel, il a été bombardé du toit de Nida Tounes, suite à une manœuvre dont d’aucuns ont stigmatisé le caractère putschiste), a mis quelques nouveaux clous dans le cercueil de Nida Tounes. Avec sa volonté d’hégémonie qui n’a d’égale que sa force de nuisance, le fiston, qui se plait à tirer  toutes les ficelles sans oser sortir au grand jour, sera certainement ravi de commander sur des ruines et sur une armée d’hommes de paille.

D’autres exemples, et non des moindres, pourraient bien figurer sur ce tableau de chasse tant la scène politique regorge d’adeptes de Janus et disciples de Brutus. A en croire que la Tunisie compte beaucoup plus d’acrobates et de “sots périlleux” que d’hommes politiques crédibles, charismatiques et aux mains propres. A en juger par le gain qu’offrent la médiocrité politique, la misère intellectuelle ainsi que par le retour sur investissement que permettent la déloyauté et la traîtrise, le nivellement vers le bas et l’attitude de caniveau seront-ils les clés du succès dans une jeune démocratie tunisienne qui souffre de son élite politique, de sa déchéance morale  et de sa vacuité politique. Pas de débat d’idées ou de programmes, juste des joutes médiatiques et des batailles d’arrière-garde.

Jusqu’à quand le tunisien, dégoûté à en mourir de la chose politique, doit-il supporter ce triste spectacle, un théâtre politique national où le jeu de marionnettes supplante le jeu d’acteurs et où les mauvaises pièces et les comparses foisonnent ?!

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