Politique

Tunisie: La confirmation de Hichem Fourati au poste de Ministre de l’Intérieur a-t-elle résolu la crise politique?

L’issue de la plénière de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP)  de samedi qui a confirmé avec une large majorité de 148 députés, Hichem Fourati au poste de Ministre de l’Intérieur, semble avoir momentanément apaisé les tensions entre les protagonistes de la crise politique dans le pays.

Aucune sortie médiatique triomphaliste ou défaitiste n’a été observée chez l’un ou l’autre des camps adversaires qui s’écharpaient il y a  encore quelques heures à coup d’accusations mutuelles.

Mais cette confirmation de Hichem Fourati à son poste, a-t-elle pour autant réglé la crise politique qui a ébranlé le pays depuis des mois paralysant l’administration suspendue à un éventuel changement du gouvernement?

Les forces politiques semblent avoir mesuré chacune son poids réel et les possibilités qu’elles ont de pouvoir réaliser une percée par rapport au vote du nouveau Ministre de l’Intérieur.

Si le chef du gouvernement Youssef Chahed a incontestablement marqué des points en faisant adopter par les députés la nomination du Ministre de l’Intérieur, il a également démontré le poids politique dont il dispose parmi les députés.

L’ultimatum de Nidaa Tounes

Toutefois, la répit pour Youssef Chahed de savourer cette victoire sera de courte durée. En effet, Nidaa Tounes a assorti son vote en faveur du nouveau Ministre de l’Intérieur par un ultimatum de 10 jours durant lequel, le chef du gouvernement devra solliciter la confiance du Parlement pour la poursuite de sa mission.

Certes, Youssef Chahed n’est pas tenu d’obtempérer à cet ultimatum, fort du succès qu’il vient de réaliser, car selon des observateurs, les détracteurs de Chahed au sein de Nidaa Tounes n’ont consenti à voter pour Hichem Fourati que lorsqu’ils ont ont su qu’ils étaient en minorité et donc ils ne veulaient pas apparaître dans le camps des perdants.

La demande de Nidaa Tounes prouve que le parti est toujours attaché au changement du gouvernement et au départ de Youssef Chahed. Un objectif qui peut amener les nidaistes à faire pression afin d’obtenir le départ du chef du gouvernement.

Ces tentatives étendront encore la crise politique qui sera, tout de même, moins violente qu’au début.

Ennahdha qui a engrangé des dividendes politiques importants suite à la confirmation du Ministre de l’Intérieur, fera profile bas pour capitaliser ce succès en prévision des élections de 2019.

L’UGTT, un adversaire de taille

En outre, Youssef Chahed a devant lui un adversaire de taille, en l’occurrence l’UGTT qui a, tout au long des derniers mois, réclamé inlassablement le départ de Youssef Chahed et de son gouvernement , accusés d’avoir accentué les problèmes économiques et sociaux du pays.

Si sur le plan politique la centrale syndicale ne peut plus espérer à court ou moyen terme le départ de Youssef Chahed, eu égard au succès qu’il a eu dernièrement au Parlement, elle pourra recourir à la rue avec des grèves intempestives pour faire pression.

Un choix à haut risque, notamment avec la conséquence d’un nouveau désaveu des citoyens à l’égard des mouvements sociaux comme ce fut le cas lors de la grève des enseignants du secondaire, ayant obligé les ténors de l’UGTT à intervenir pour mettre fin à ce mouvement.

Ainsi, la persistance de l’UGTT à réclamer le départ du chef du gouvernement,  démontre que la crise politique se poursuivra encore pour une bonne période.

La seule arme qui reste aux détracteurs du gouvernement de Youssef Chahed est que le président de la République, Béji Caïed Essebsi use de ses prérogatives constitutionnelles et active le fameux article 90 de la Constitution qui oblige le chef du gouvernement à solliciter le vote de confiance de l’Assemblée.

Comme Béji Caïed Essebsi s’est jusqu’à présent abstenu d’avoir recours à cet article, il est peu probable qu’il en fasse usage par la suite, notamment après le vote de samedi qui a largement donné la victoire à Youssef Chahed.

La scène politique connaîtra dans les jours et semaines à venir, suite aux vacances parlementaires de deux mois, une accalmie qui reléguera au second plan la crise politique.

 

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