Tunisie: Pourquoi la troïka semble-t-elle paralysée ?

Les Tunisiens, dans leur grande majorité, sont surpris, voire plus, de l’immobilisme du Gouvernement et de l’Assemblée constituante. Quelles peuvent être les causes de cette situation? Pourquoi devons-nous attendre et encore attendre des décisions qui ne viennent pas ?

L’économie tunisienne n’a jamais connu un état si dramatique. De nombreuses entreprises étrangères ont quitté le territoire sans espoir d’y revenir un jour, laissant de nombreux chômeurs et donc des familles entières sans salaire. Il faut y ajouter toutes les victimes « collatérales », comme aiment dire les Américains ? C’est-à-dire les commerçants, artisans, et autres qui étaient les clients de ces salariés.

Les conditions climatiques n’ont, également, pas été favorables et des morts sont à déplorer dans les zones sinistrées par des chutes de neige peu enregistrées en Tunisie. La société civile s’est immédiatement mobilisée afin d’apporter des aides matérielle et financière, organisant des collectes dans les grandes villes du pays et transportant par camion les approvisionnements indispensables.

Le Gouvernement a mis plusieurs jours avant d’envoyer l’armée pour assister les individus dans les villages les plus reculés. Toutes ces zones sont déjà gravement défavorisées par un manque d’infrastructures ainsi que d’entreprises -les deux étant liées-.

La situation sécuritaire est également dramatique. Relâcher environ 9 000 prisonniers lors du premier anniversaire de la Révolution du 14 janvier a augmenté d’autant le nombre d’individus qui ne peuvent s’insérer dans un monde du travail plus que saturé. Que vont faire ces personnes si ce n’est récidiver pour la majorité d’entre eux ? Il faut bien que leurs familles vivent et mangent ! D’autre part, les forces de sécurité sont bien souvent absentes ou sans réaction face aux violences et autres actes perpétrés en Tunisie. Manque de moyens ou démotivation ?

La justice, quant à elle, ne semble pas libérée de la tutelle du pouvoir exécutif. Les décisions prises le sont de façon trop rapide ou trop lente. «Selon que vous serez puissant ou misérable » disait Jean de La Fontaine dans « les animaux malades de la peste », « les jugements de cour vous rendront blanc ou noir »… Où se situe maintenant la puissance ? Qui est devenu « le misérable » ?

Pourquoi le Gouvernement composé de membres des 3 partis ne fait-il rien ou si peu ?

Le ralliement du CPR et d’Etakattol à Ennahdha est, en soi, une aberration. En effet, les électeurs qui ont choisi ces partis, se sont très majoritairement sentis trahis. Il est clair que cet électorat est perdu pour le CPR et Etakattol. Non seulement les électeurs mais également de nombreux cadres de ces partis ne soutiennent plus leurs dirigeants, Moncef Marzouki, devenu un Président de la République tunisienne sans pouvoir, et Mustapha Ben Jaâfar, devenu un Président d’Assemblée constituante sans plus de pouvoir que le précédant…

Ces deux dirigeants de partis politiques doivent donc faire face au désengagement de leurs troupes avant d’occuper les postes auxquels ils ont été désignés (et non élus -car cela signifierait par le peuple, ce qui n’est pas le cas).

La situation d’Ennahdha n’est pas meilleure. Le parti doit également faire face à un désaveu d’un certain nombre de ses électeurs sans compter des problèmes internes dus aux différentes tendances qui l’animent.

En effet, Ennahdha est séparé en trois courants antagonistes. Il y a les modérés qui souhaitent mettre en place une démocratie et qui ne veulent pas de la chariaâ comme base de la nouvelle constitution.

Un autre mouvement souhaite la chariaâ sans que, pour autant, le Code du Statut Personnel (CSP) soit abrogé.

Enfin, il y a les extrémistes du parti dont les idées se rapprochent des salafistes et qui exigent l’application pleine et entière de la chariaâ au sein de la nouvelle constitution.

Le principal problème est que ces trois mouvances sont représentées au sein du Gouvernement. Ceci explique les «cafouillages» verbaux des différents ministres quelque soit leur parti d’origine.

Cette situation ne permet donc pas à l’Assemblée constituante ni au Gouvernement de prendre les décisions dont le pays a réellement besoin

En ce qui concerne le Gouvernement, nous constatons tous le niveau d’incompétence des différents ministres. En effet, ne devient pas ministre qui veut… C’est un métier !

Or, nos ministres actuels, même provisoires, n’ont aucune expérience de la fonction publique et du service de l’État.

De plus, ils ne souhaitent pas s’appuyer sur l’administration centrale en place qui, pourtant, a les connaissances nécessaires pour faire fonctionner les rouages de l’État.

Que pense-t-on de la Tunisie à l’étranger ?

Quel image le Gouvernement actuel donne-t-il de la Tunisie au monde ? A part certains pays du Golfe qui se réjouissent, semble-t-il, des accointances avec les nouveaux maîtres provisoires de la Tunisie, le reste du monde est stupéfait des remontées d’informations provenant des dirigeants d’entreprises étrangères encore implantées en Tunisie ; et c’est aussi le cas de nos voisins algériens qui ont payé très cher une situation similaire. Quant au Maroc, il se réjouit de voir arriver les entreprises fuyant la Tunisie.

Insécurité, salafisme sont les mots les plus fréquemment employés

Pas de quoi attirer les foules pour remplir les hôtels et faire en sorte que la Tunisie puisse redevenir une destination de choix pour des vacances sereines. Que vont devenir toutes les personnes et leurs familles vivant exclusivement du tourisme ?

Pas de quoi, non plus, attirer de nouveaux investissements dont la Tunisie, dans son entier, a cruellement besoin ! Les sit-in et autres grèves ne contribuent pas non plus à améliorer la visibilité de la Tunisie pour des entreprises étrangères…

La majorité (relative) qui s’est dégagée des élections du 23 octobre 2011 est donc responsable du blocage des activités économiques, sociales et sécuritaires du pays. Chacun restant sur ses positions et l’opposition ne pouvant rien décider seule, combien de temps la Tunisie pourra-t-elle tenir sans qu’un véritable consensus puisse se dégager et permettre enfin au Gouvernement de transition de prendre les mesures urgentes dont le pays a tant besoin pour lutter contre la crise économique, sociale et aussi morale qui mine ses fondements.

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