Tunisie [Vidéo]: Des faits choquants révélés par le président de l’Observatoire Tunisien des Droits de l’Homme, Mustapha Abdel El Kébir

Dans un entretien avec notre correspondante à Médenine concernant les investigations de l’observatoire du naufrage du bateau sur les côtes de l’île de Kerkennah il y a plus d’une semaine, Mustapha Abdel El Kébir a assuré au début de son exposé qu’il avait précédemment averti les autorités tunisiennes à plusieurs reprises du risque des traversées clandestines à partir de l’île de Kerkennah, mais les autorités n’ont pas prêté l’attention nécessaire à ses sonnettes d’alarme.

Il a ajouté que vu la détérioration de la situation sécuritaire en Libye et la difficulté d’accès aux jeunes de moins de 35 ans sur le territoire voisin ainsi que l’échec des itinéraires secrets à partir des côtes Libyennes, la destination de prédilection des migrants irréguliers est devenue la Tunisie et spécifiquement Kerkennah pour plusieurs raisons, dont la proximité avec Italie, où le voyage en mer dure seulement dix heures.

Si on ajoute le quasi vide sécuritaire sur l’île depuis le retrait des unités spécialisées il y a presque une année, après qu’une vague de protestations se soit terminée par la submersion d’une voiture de sécurité, Kerkennah s’est classée première dans l’organisation des voyages clandestins à hauteur de 40 %, suivie par Nabeul 30%, Mahdia 15 %, Monastir 12 %, Gabes et Djerba n’excédant pas les 5% .

Ce vide sécuritaire a été exploité, selon notre interlocuteur, par des groupes appelés “Les milices” à cause de leur dangerosité. Pour le Président de l’Observatoire des Droits de l’homme, ceux qui sont en mesure de négocier des vies humaines peuvent aussi négocier la sécurité de l’État et introduire le terrorisme dans notre pays, en l’absence de l’État et des unités de lutte contre la traite des êtres humains et du crime organisé.

Les services de sécurité à Kerkennah se limitent à la fourniture des prestations administratives. Les groupes qui ont pu atteindre les jeunes clandestins peuvent aussi trafiquer avec des organisations terroristes dans un but purement pécuniaire.

Ce qui demeure étrange, selon Abdel El Kébir, c’est que les organisateurs du récent voyage de la mort sont les mêmes qui organisent les traversées précédentes depuis environ trois ans. Notamment le voyage dans lequel ont embarqué un grand nombre de jeunes de Ben Gardanne et de Bir Ali Ben Khalifa au cours de 2017. La plupart de ces criminels font l’objet de mandats de comparaître devant la Justice, mais sont restés en liberté et ont poursuivi leur macabre négoce.

Le plus périlleux est qu’ils ont continué à organiser des circuits mortels sans craindre les appareils de l’État, à moins qu’ils aient bénéficié de protections. Selon le rapport de l’Observatoire basé sur les témoignages de survivants « les milices » disent à leurs futures victimes : « Puisque vous avez payé de l’argent, considérez que la question réglée. » Comme s’ils vivaient dans un autre État ou dans un état dans l’État.

Le président de l’observatoire se demande comment les clandestins ont pu arriver sur l’île de Kerkennah qui ne dispose que d’une seule entrée surveillée, en allusion à la présence de complices facilitant le travail des organisateurs de ces voyages. Il dénonce l’entrée de plus de 2000 jeunes venus des environs du gouvernorat de Sfax sur l’île de Kerkennah au cours des deux dernières années, sans qu’il n’y ait aucune enquête, surtout que l’île fait partie des zones marginalisés et n’est en aucun cas un pôle pour l’emploi des jeunes. Elle ne possède ni usines ni stations touristiques justifiant l’afflux d’un aussi grand nombre de jeunes gens.

Abdel El Kébir a conclu sa conversation en accusant un certain nombre de la population locale de l’île d’avoir pratiqué la loi du silence sur un phénomène répandu dans la région, excluant bien évidemment, les insulaires honorables parmi eux.

L’observateur a dénoncé le fait que certaines familles à Kerkennah aient profité de ce commerce macabre et exploité les résidents provisoires de l’île durant la période précèdent leur départ vers l’inconnu, leur vendant la nourriture à des prix exorbitants. A titre d’exemple, la baguette de pain à 600 millimes, la bouteille d’eau à 2 dinars, le yaourt à 1, 500 dinar, d’après les témoignages récurrents d’un certain nombre de rescapés.

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