Politique

Par Rym Mourali – Gouvernement Chahed : Il est temps de mettre fin au calvaire

Depuis plus d’un an, la Tunisie est aux prises avec une aggravation de sa situation économique et sociale avec en prime une crise politique. La dégradation multisectorielle trouve ses origines du peu de cas de la plus basique des éthiques et de l’accumulation de fautes morales. Ce qui semblait être la plus primaire des attentes envers un chef du gouvernement est devenu sous l’ère Chahed un espoir irréaliste. La stratification des défaillances gouvernementales est sans pareil, d’où la question de savoir quel est l’objectif de l’actuel chef du gouvernement ?

Depuis ses débuts, Youssef Chahed a démontré une appétence particulière pour l’usage et l’abus du concept du fait alternatif et une propension certaine à tomber dans la démagogie, faisant fi de la réalité des conséquences de sa politique sur la situation alarmante du pays.

Le premier ministre fait un usage démesuré du déni de réalité, soutenu par un discours irresponsable et trompeur qui s’appuie sur des faits déformés et des chiffres fallacieux, accompagnés d’effets d’annonce théâtraux et de promesses fantasmagoriques. Ayant sans doute occulté les notions de la véracité des faits, des chiffres et d’éthiques.  Le premier ministre finit inlassablement par se faire désavouer par la réalité.

Loin du décor en carton-pâte planté par la Kasbah, le pays vit une descente aux enfers depuis plus de 18 mois.  Les finances publiques sont exsangues, appuis budgétaires et emprunts sont devenus indispensables aux respects des engagements financiers de l’Etat.  L’endettement représente 72% du PIB (dont 10% grâce à l’effet Chahed).  La signature de l’Etat tunisien n’inspire plus confiance sur les marchés financiers internationaux.  Certaines banques procèdent déjà au délestage des obligations tunisiennes en raison de la hausse du risque d’insolvabilité.  Sur le plan diplomatique, le pays est dramatiquement isolé, malgré les apparences et en dépit des propos se voulant rassurants de Youssef Chahed sur l’impact des black listes.  Inutile de revenir sur la responsabilité indiscutable du chef du gouvernement dans cette catastrophe dont les conséquences commencent à se faire sentir sur les entreprises étrangères exerçant en Tunisie.

Nos hôpitaux ont du mal à soigner et nos médecins fuient le pays.  Nos écoles brulent, nos enfants y meurent et quand elles ne brulent pas, c’est le toit qui s’effondre ou c’est l’électricité qui y est coupée (faits auxquels la Kasbah n’accorde aucun intérêt). Des conflits entre les corps au sein de l’appareil sécuritaire ont vu le jour, avec en prime, une atteinte à l’intégrité de l’institution alors que le pays est en guerre contre le terrorisme.  La contre bande sévit avec une criminalité recrudescente alors que l’institution a besoin de tous ses moyens, d’une cohésion et une adhésion totale. (Le locataire de la Kasbah a failli en ne prenant pas de la hauteur et s’est inscrit dans une querelle clanique, dans des règlements de comptes qui ont porté de lourds préjudices à l’institution).

Certains lobbys d’affaires ont une main mise sur les chefferies des ministères à caractère économique.  Ce qui explique l’état amorphe face à une balance commerciale dont le déficit est devenu intenable, adoptant par ailleurs un état végétatif face à une désindustrialisation galopante. (Le locataire de la Kasbah, pour mieux nous berner, ne cesse de nous répéter que nous allons bientôt inventer le fil à couper le beurre et que tout va bien). La crédibilité de l’Etat semble totalement escamotée et ce à plus d’un titre.

Au final, ce gouvernement aura été plus efficace dans la destruction de la société tunisienne, la mise à mal du model sociétal et l’atteinte à la notion même de l’Etat que ne l’ont été toutes les forces qui s’y sont attelées depuis 2011. La première victime de la dégradation de la situation économique est la jeunesse tunisienne (la composante féminine en premier lieu qui se voit menacée dans son accès à l’éducation, dans ses conditions de vie, dans son bien-être et dans ses perspectives d’avenir).  Les œillères du résident de la Kasbah lui ont fait oublier la dangerosité d’une démographie relativement jeune dans le contexte géopolitique qui est le nôtre et ce que ce cocktail détonnant avait produit comme effet entre 2011 et 2014 en Syrie, en Libye et ailleurs. Le désespoir nourrit le terrorisme et Youssef Chahed a fini par nourrir le désespoir.

En persistant dans son autisme politique et dans sa couardise comme principe de gouvernance, Youssef Chahed essaie de ménager la chèvre et le choux, croyant que l’immobilisme lui permettra de tracer sa voie jusqu’à Carthage, alors qu’en réalité nul n’a plus rendu service aux islamistes que lui.  Il leur a laissé les coudées franches sur plus d’un chapitre, malgré ses prestations et son inclination à jouer les matadors d’opérettes.

Les problèmes économiques de la Tunisie ne relèvent ni de la physique quantique ni de la théorie des cordes, nous avons dit et répété, le gouvernement et l’ensemble des institutions de ce pays doivent faire acte de patriotisme économique, avoir en tous temps à l’esprit le déficit commercial et agir pour favoriser la production tunisienne.  Il ne s’agit pas de clamer des slogans creux, mais d’adapter un principe de patriotisme économique afin de stimuler la consommation de produits tunisiens, de réduire les importations de produits non essentiels ainsi que de sevrer les hommes d’affaires des franchises internationales qui n’ont qu’un effet déplorable sur le déficit ou encore la réduction des franchises commerciales qui creusent le déficit.

Il est temps que l’Etat retrouve son rôle de chef d’orchestre de l’économie nationale et mette fin à la logique de rente qui gangrène les milieux d’affaires. Il est temps que ses derniers retrouvent le chemin du risque et de l’économie productive.  Ce processus nécessite que l’état, donc le gouvernement et en particulier lieu le premier des ministres fassent acte de courage en mettant en place une rationalisation du fonctionnement de l’appareil de l’Etat, en assainissant les comptes publics et en faisant un usage éclairé des finances inscrites au titre 2 du budget.

Bien sûr, ces mesures sont impopulaires auprès de certains lobbys, elles ne donnent pas de grains à moudre à la machine médiatique et sont avares en buzz. Difficile en effet de faire une visite matinale dans un Mall ou de remonter les bretelles, façon théâtre des guignols, à un probable donateur, mais elles sont efficaces, connues et reconnues bien que le gouvernement s’acharne à les ignorer, ce qui finalement pose la question de viabilité d’un gouvernement léthargique.

L’heure est grave il n’est plus permis de tâtonner ni d’attendre que les apprentis apprennent. Le pays a plus besoin d’être gouverné par ceux et celles qui ont de l’étoffe que par ceux qui ont de l’ambition

 

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