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Tunisie : Remaniement ministériel ou serpent de mer !

Tunisie : Remaniement ministériel ou serpent de mer !

Depuis de longs et pénibles mois qu’ils nous rabattent les oreilles de l’imminence de cet hypothétique remaniement ministériel, ils nous trimballent  entre rumeurs et bruits de couloirs, ils nous suspendent à leurs lèvres  puis nous clouent le bec. Ils nous mènent en bateau, prenant un malin plaisir à nous empêtrer dans le cynique jeu Info ou intox ? Nous, nous prenons notre mal (de tête) en patience et nous tentons de voir venir les choses. Chaque jour, nous nous endormons sur une liste (prétendants et évincés) pour nous réveiller sur une autre. Un exercice épuisant. Chacun coche et décoche des noms, fait et défait la liste, compose et décompose son ordre de préférences. Dans l’ordre ou le désordre, qu’importe pour peu qu’on vise juste et qu’on cartonne.  A ce petit jeu, un quiz national aurait fait un tabac. Nous autres tunisiens, nous adorons les jeux de hasard, en particulier de pronostic.

  Jusqu’à ce jour, et quand bien même l’inflation des tractations en coulisses, personne ne sait exactement quelles sont les portefeuilles ciblées ni la date exacte de l’annonce. C’est imminent, disent-ils toujours ! La matinée, un nom est en haut de l’affiche mais l’après-midi il est lanterne rouge. Les alliances de la nuit ne résistent pas à l’aube. Ils veulent bien élargir la base ministérielle mais les partis convoités font défaut, outre les dissensions internes de la Troïka où les trois piliers ne font que se crêper les chignons et s’opposer en chiens de faïence, sans compter le tiraillement d’Ennahdha entre ses deux ailes, dure et modérée. Une telle situation de blocage et notamment de surenchère  rend le processus difficile à mener et, encore moins, à faire aboutir. Les exercices d’acrobaties rivalisent avec les bras de fer sans que le bout du tunnel ne soit visible. On dirait qu’ils prêchent dans un désert qu’ils traversent sans coup férir ni crier gare !

 Quel enjeu sous-tend ce bien aléatoire et non moins délétère remaniement ministériel ? A priori rien qui soit de grande portée, rien de quoi vraiment mettre sous la dent de bien. Ils changeront vraisemblablement quelques figures sans changer de composition, d’équilibre et  de rapport de force. L’idée de continuer d’exercer le pouvoir, rien que le pouvoir, reste la toile de fond de ce faux chantier. Il s’agit d’une redistribution, d’une chaise musicale, d’un lifting juste pour la consommation locale, l’opinion publique tunisienne étant la principale cible. Il est plutôt question de donner l’impression  d’un changement salutaire alors qu’il n’y aura pas de changement ni de cap ni de stratégie, si cap et stratégie il y a !

 Aux dernières nouvelles, l’annonce est renvoyée sine die, le “Mejless Echoura” d’Ennahdha n’a pas encore donné son denier mot et, pour conférer les meilleurs conditions de succès à son processus de négociation interne, a reporté, sans prévenir ni s’en formaliser,  sa réunion, prévue ce jour, à une date ultérieure, laissant tout le monde, partisans et adversaires, sur sa faim et sur le carreau. C’est dire dans quel degré d’estime et de respect Ennahdha tient le peuple tunisien.  Et voilà comment une structure interne de consultation d’un parti, même s’il est le plus important en termes de suffrages, met en otage tout un enjeu de dimension nationale et coince tout un processus politique, censé débloquer la situation dans une nouvelle impasse. Même la date chargé de significations et de symboles comme le 14 Janvier n’a pas été tenue en ligne de compte et n’a pas résisté à l’agenda politique d’un parti, en l’occurrence Ennahdha.

 Nos gouvernants, tous révolutionnaires de 25ème heure, bombardés accidentellement aux hautes sphères du pouvoir, dans un concours de circonstances, se démènent pour nous faire croire q  u’un remaniement ministériel est le grand sésame pour sortir de la crise politique, économique et sociale actuelle et qu’une fois le nouveau gouvernement établi le miracle tunisien sera de retour. Fichtre ! Ce remaniement ministériel n’est qu’un vaudeville de mauvais goût où il y a plus de comparses que d’acteurs et plus de décors que de scènes. A quoi bon changer si le groupe théâtral actuel est mauvais et si la pièce est navet alors que les prochains en feront de même sinon moins !

 Guignols pour guignols, laissons les présents, ils nous font déjà rire. C’est déjà ça ! Ce n’est pas certain que les prochains, le cas échéant, amuseront autant la galerie, ils pourront nous la jouer dramatique sans rien gagner au change, le froid au dos !

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