Visite en Syrie d’une délégation de députés tunisiens, entre la rupture et le prolongement avec la diplomatie officielle !

Visite en Syrie d’une délégation de députés tunisiens, entre la rupture  et le prolongement avec la diplomatie officielle !

Entre partisans et adversaires, rivalisant d’arguments et de contre-arguments, la visite en Syrie d’une délégation de députés tunisiens, continue de défrayer la chronique et à faire débat, parfois houleux. Le premier camp considère que ladite visite est de nature à contribuer à réparer des erreurs commises envers Damas. Le deuxième bloc, plus virulent, composé en particulier des orphelins de Moncef Marzouki, Imed Daimi en première ligne, stigmatise la visite en question au prétexte que le président syrien est un dictateur et un boucher. Aucun autre argument de poids n’est formulé, ne s’en tenant rien qu’à cette thèse. Comme si le Qatar, dans les mains duquel ne cesse de manger l’ex président provisoire, et dont les pontes financent l’association louche du frangin d’Imed Daimi, est un modèle de démocratie et son émir est le chantre de la liberté.

Schizophrénie ou myopie ou tout simplement foutaise ?!

Si on gratte un peu la carcasse, ou ce qui en reste, des fossoyeurs de leur formation politique mère, à savoir le CPR, n’importe qui se rendra compte que tout leur argumentaire tient en un seul mot : Cacher les erreurs de leur mentor quand il se pavanait à Carthage. Ce n’est pas une position de principe, si jamais principe et position il y a, mais c’est un leurre, un artifice pour camoufler les positions et les décisions  de Moncef Marzouki  qui ont ouvert la voie à la destruction en règle de la Syrie et à la descente aux enfers de son peuple. Voilà l’enjeu majeur, tout le reste n’est que baratin. Imed Daimi écrème les plateaux télé et radio pour cracher son fiel sur les “coupables” de côtoyer un despote et de lui servir sur un plat un morceau de légitimité. Comme si la légitimité de Bachar Assad tenait à un fil ou à une rencontre avec sept députés tunisiens. C’est un raisonnement autant tiré par les cheveux et même par les orteils que suintant le mobile outrancier. Et comme disait, à juste titre, homme d’État et diplomate français Charles-Maurice de Talleyrand : “Tout ce qui excessif est insignifiant“.

Bien au contraire, si les disciples de Moncef Marzouki avaient fait preuve d’un brin de lucidité et d’objectivité, ils auraient manifestement vu d’un bon œil la visite dans la mesure où les députés, qui plus est représentant plusieurs groupes parlementaires, de la majorité comme de l’opposition, ont œuvré à réparer les bourdes diplomatiques inqualifiables de leur maitre à penser dont Doha a fait la cheville ouvrière dans sa guerre souterraine contre Damas. Malheureusement, la clique à Moncef Marzouki ne brille pas par son discernement ou par son sens de l’histoire. Construire tout son argumentaire sur le profil dictatorial du régime au pouvoir en Syrie, pour faire oublier la part de responsabilité de l’ex chef d’Etat provisoire dans le bourbier syrien, ne peut faire long feu ni tenir la route. Le roitelet autocratique qatari, pour ne citer que cette sombre monarchie, en constitue l’édifiant contre-exemple. Mais pour la bande à Moncef Marzouki, le régime sévissant au Qatar est une ligne rouge. Son gagne-pain est en jeu !

Juger, combattre ou renverser le régime syrien revient en premier lieu au peuple syrien, c’est son droit le plus légitime, c’est sa propre décision et non celle des faucons occidentaux ou des charognards arabes ou bien des tigres en carton de  l’OTAN. Moncef Marzouki et ses caciques auraient dû comprendre que seul le peuple syrien est en mesure de modifier la donne, le cas échéant, et de se soulever contre le régime. S’il ne l’a pas fait, dans sa totalité, laissant à une frange de sanguinaires et une horde de mercenaires l’opportunité d’occuper le terrain et de rivaliser de carnages et de crimes pour prendre le pouvoir, un pouvoir qu’ils n’auront jamais, c’est qu’il y a bien une raison. Et elle est d’une insolente simplicité, à savoir qu’une masse critique de syriens fait bloc derrière Bachar Assad.

Juste un constat révélateur d’une certaine vérité : Comment se fait-il que, malgré tous les moyens politiques, militaires, technologiques, financiers et humains pour le faire chuter,  le régime syrien soit encore debout ?! N’est-il pas permis de conclure que la Syrie profonde et le peuple syrien, du moins en partie, soutiennent encore le régime syrien et son président ?! Dans le même ordre d’idées, pourquoi l’armée syrienne n’a pas fait un coup d’Etat,la culture du putsch étant ancrée dans son histoire et même dans son ADN ?! Là aussi, la réponse coule de source, les militaires syriens, dont un noyau a certes fait   défection pour rejoindre le camp adverse, sont restés fidèles et loyaux à leur chef d’Etat et leur chef.

Une autre erreur ou plutôt un autre manquement qu’ont cherché à réparer les députés, notamment ceux de Nida Tounes, à savoir la promesse électorale de rétablir les relations diplomatiques avec la Syrie à laquelle le président Béji Caid Essebsi n’a donné aucune suite jusqu’à présent. Honteux revirement et indigne volteface aux yeux de ses électeurs et mêmes des militants de son parti que la visite serait  en mesure d’en atténuer l’impact et, pourquoi pas, de forcer la main au président en exercice en lui balisant, en même temps, le chemin vers la mise en œuvre de son engagement électoral. Au moins cette visite a l’insigne mérite de briser un peu l’écran de glace, de resituer la reprise des relations diplomatiques au centre de l’actualité et d’en faire un sujet de débat politique et même de société, d’autant plus qu’il semble qu’une majorité massive des tunisiens est favorable à ce scénario.

La visite est en soi critiquable sur divers points, lesquels n’ont rien à voir avec le régime syrien et sa nature. En effet, la diplomatie populaire, de plus en plus pratiquée, globalement acceptée sur le principe, reste conditionnée à un noyau de règles, notamment le soutien à l’action diplomatique officielle pour peu que deux conditions soient pleinement et entièrement remplies :

  • Le chef de l’Etat et/ou le ministre des affaires étrangères en soient informées au préalable, avisées sur les dessous des sujets à débattre et édifiés plus tard sur les résultats de la démarche diplomatique solitaire effectuée.
  • Celle-ci est censée se conformer à la politique extérieure nationale et se placer comme intervention d’appoint, dans son étroite lignée, sans s’en écarter et sans double emploi ni rivalité manifeste. Un seul discours même avec différentes voix. Il ne s’agit donc pas de diplomatie parallèle mais de diplomatie intégrée.

Ce n’est pas le cas de la visite en Syrie effectuée récemment par la délégation de députés tunisiens. Ces derniers ont même indiqué qu’ils n’en ont consulté personne et qu’ils ne voyaient pas pourquoi ils auraient à le faire.

En plus, la délégation était dans la rupture et non dans le prolongement avec la position officielle, aussi critiquable qu’elle soit. L’objectif étant de forcer les choses pour rétablir les relations diplomatiques entre Tunis et Damas.

Même pour des raisons de pure sécurité, la coordination préalable était nécessaire surtout que le pays du Levant est en guerre civile et que la délégation avait couru des risques dans la mesure où elle aurait pu être ciblée par les bandes armées opposées au régime syrien.

Comment se fait-il que le séjour et le programme de la délégation de députés tunisiens soient fignolés par d’autres parties alors que la Tunisie dispose à Damas d’une représentation diplomatique et consulaire, même si elle est peu étoffée et à portée réduite. Des délégations parlementaires française, allemande et américaine ont certes visité la Syrie et ont conversé avec Bachar Assad mais en s’appuyant sur leur structure diplomatique et en restant dans la droite lignée de la diplomatie officielle.

En conclusion, malgré les reproches qu’on pourrait en formuler, à juste titre d’ailleurs, la visite est en mesure de faire bouger les lignes et de conférer les conditions d’aboutissement à la reprise des relations diplomatiques dont le gel unilatéral, sans la Syrie n’en ait constitué une menace pour la Tunisie, restera à jamais comme un point noir dans les annales de la diplomatie tunisienne qu’il est temps d’effacer.

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