Politique

Election de Yassine Ayari : Démission de l’électorat ou de la classe politique ?! (Partie II)

 

Partie I

Quels enseignements en tirer ?

Diverses et nombreuses conclusions, plus ou moins critiques, sont à portée de main, non seulement pour la classe politique et la communauté médiatique mais également pour l’Instance Supérieure Indépendante pour les Élections (ISIE) tout comme pour l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP),  dont ci-après les plus importantes dans l’immédiat et à terme :

  • D’abord une question pour commencer : comment se fait-il qu’on valide une élection avec un taux de participation de 5%. Peut-on invoquer la démocratie pour donner crédit à un scrutin à 95% d’abstentions ? La démocratie c’est avant tout un processus inclusif, participatif et plénier. Des garde-fous sont censés exister pour éviter une telle dérive. Un taux de participation de 5% est à rebord de l’essence même de la démocratie. A ce titre, il est temps que la loi électorale soit amendée dans ce sens. Un lifting de fond en comble. A titre illustratif, en instaurant un seuil / plancher de taux d’abstention, au-dessus duquel, le scrutin est invalidé et annulé (Par exemple 50 %). Sans introduire ce genre de garde-fous, la porte reste ouverte à toute sorte d’abus et de mascarades, de parodie de scrutin. Modifier la donne et les règles du jeu n’est plus un choix mais un impératif.
  • L’élément d’analyse le plus important, et non moins le plus grave, concerne le taux d’abstention, un taux aussi bas, à forte densité politique. Toute autre angle d’analyse ne tient pas debout. Comment se fait-il que l’écrasante majorité se refuse à accomplir son acte citoyen, civique et son droit / devoir républicain ? Une désaffection synonyme de désaveu total, un message de désintérêt sans appel de l’électorat par rapport à la politique, un aveu d’échec de la classe politique tunisienne. La traumatisante défection est aussi et surtout un signal d’alerte, une sonnette d’alarme, un avertissement, un témoignage direct de rejet, un acte de sanction.
  • Le piètre taux de participation enregistré traduit une faillite du système politique tunisien et une remise en cause de ses fondements. Peut-être que cet énorme et anormal taux d’abstention est, tout compte fait,  l’expression d’un dégoût général par rapport à l’environnement politique national. Pour expliquer ce fiasco, le président de l’ISIE, Mohamed Tlili Mansri, a invoqué le nombre réduit des bureaux de vote (4 centres et 8 bureaux de vote siégeant à Berlin, Hambourg, Bonn et Munich) et les contraintes des conditions climatiques. Des arguments à deux sous, montrant le manque de culture politique et de sens analytique du président de l’ISIE.
  • L’alliance Nida Tounes / Ennahdha est mise au pilori, au pas. Elle semble avoir atteint ses limites. Le tandem, accusant un échec assourdissant, risque d’éclater. L’autocritique est autant nécessaire que salutaire. Les piliers sur lesquels les deux partis ont articulé leur consensus craquent fortement et risqueraient de s’écrouler. Les retombées commencent à voir le jour. Déjà NT a rendu public un communiqué, faisant part de sa décision de “revoir de manière courageuse ses rapports avec certains partis politiques“, certes sans n’en nommer aucun, mais il est clair qu’Ennahdha est en ligne de mire. En plus, dans la foulée des résultats en Allemagne, échaudés qu’un tel scénario ne soit reproduit dans les prochaines échéances électorales, notamment municipales, les principaux partis ont convenu de reporter, pour la troisième fois, les élections municipales, prévues le 25 Mars, au mois de Mai 2017.
  • L’ombre de la débâcle en Allemagne donne des sueurs froides à toute la classe politique quant à la réussite des prochaines échéances électorales à l’échelle nationale, les années 2018 et 2019 seront ponctuées de nombre de scrutins. Les élections municipales, les plus imminentes et les plus urgentes, risquent-elles d’être de la même trempe, enlisées dans les mêmes méandres. Aurait-on le même son de cloche, le même profil, le même revers ? Le ton serait-il donné ? Ce sinistre scénario à l’identique fait craindre le pire. Tout le monde en est conscient, à des nuances près. La couleur serait-elle déjà annoncée? La balle serait-elle déjà partie?
  • Bombant le torse, Nida Tounes, croyant compter sur le soutien de la base de son binôme au pouvoir, a donné l’impression d’avoir gagné à l’avance. Un excès de confiance qui s’est avéré un handicap. Toute idée de déboires n’était pas d’actualité. Nida Tounes s’est tiré une balle dans le pied, persuadé d’avoir fait mouche, plein dans le mille, dans la cible. Il s’est troué tout seul la peau. Courte vue, bavure ou arrogance?
  • Il est quand même absurde et non moins ahurissant que juste pour un orphelin siège, 26 partis ont brigué le poste et participé aux élections législatives partielles. C’est pour le moins disproportionné sinon contre productif. Aucune coalition objective et ponctuelle, aucune initiative pour réduire la fragmentation. Comme si chaque candidat était certain de ramasser le pactole. Un seul candidat représentant l’alliance gouvernementale, voire même les signataires du Pacte de Carthage et la Tunisie se serait passée de ce scrutin de la honte.
  • Outre Yassine Ayari, le principal vainqueur de ces élections est l’électorat abstentionniste, donnant à sa démission une portée politique et l’allure d’une onde de choc. Un défi relevé et un pari gagné. Le gros perdant n’est autre que la démocratie naissante tunisienne. L’abstention dépassant un certain plafond est l’ennemie jurée de la démocratie. Dans le même ordre d’idées, les abstentionnistes, peut-être sans s’en rendre compte, contribuent à l’œuvre de sape de la démocratie.
  • Une autre question : comment se fait-il que l’ISIE accepte la candidature d’un prétendant dont le casier judiciaire n’est pas vierge, qui a été condamné à des peines de prison ferme ? La loi ne prévoit donc rien dans ce sens ? Le bulletin N°3 est exigible pour n’importe quel fonctionnaire, alors qu’un député en est exonéré! Yassine Ayari a-t-il concouru pour la députation ou pour l’immunité parlementaire?

L’Etat a déclaré la guerre contre les groupes terroristes, contre le prosélytisme en faveur des  doctrines radicales, contre l’incitation à la haine ou à la violence, contre la complicité physique, morale ou verbale avec l’ennemi juré de la république. Pourtant, Yassine Ayari qui a soumis, sans souci, sa candidature a gagné les élections et investira l’hémicycle du Bardo de toute évidence sans problème. Pourtant il est proche de l’islamisme radical, il ne s’en cache pas. Il affiche sa sympathie avec fierté et sans vergogne. N’a-t-il pas brandi, à diverses reprises, le drapeau de sinistre mémoire de “Daech”, immortalisant sa démonstration d’alliance par des photos, publiées sur les réseaux sociaux? Comment comprendre qu’un fils, s’il n’est pas vraiment convaincu et embrigadé, n’hésite pas à faire l’apologie de ceux qui ont assassiné lâchement son père, Feu le Colonel Tahar Ayari, tombé en Martyr en Mai 2011, suite à une attaque terroriste dans la région de Rouhia? De fait, Yassine Ayari a tué une seconde fois son père. Est-ce raisonnable? Est-ce Logique ? Est-ce républicain?

Il ne s’agit là ni d’un procès d’intentions ni d’une chasse aux sorcières,  encore moins de déterrer des images suspectes sinon sujettes à sanctions ou d’exhumer de vieux clichés compromettants. Loin s’en faut. Là, il est question de droit et de loi. L’Etat est en guerre contre les terroristes et leurs relais, et Yassine Ayari en a été le porte-voix, étendard noir daechien tout déployé. Ne s’agit-il pas là d’un crime contre l’Etat ?  Tout au moins de collusion avec les ennemis déclarés de la Tunisie? Pour moins que ça, il y en a qui sont en taule ou poursuivis par la justice. Le paradoxe est saisissant!

 

 

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