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Le retrait fracassant de Yassine Brahim du plateau de la télévision nationale, entre l’audimat et l’omerta !

Le retrait fracassant de Yassine Brahim du plateau de la télévision nationale, entre l’audimat et l’omerta !

Le plateau de la télévision nationale (Al Wataniya 1) dont l’invité était Yassine Brahim a fini dans le désordre, le président réélu d’Afek Tounes a claqué la porte en direct, en pleine émission. Il était furieux d’avoir été confronté, par surprise, à une présomption, voire une accusation de corruption. Il n’a pas trouvé mieux que de quitter le plateau, le verbe remonté et l’œil mauvais. Comme la majorité des hommes politiques tunisiens quand ils sont acculés, à tort ou à raison, dans leurs derniers retranchements, au lieu de faire face à leurs détracteurs, sortir leur arsenal d’arguments pour déconstruire les accusations et prendre l’opinion publique à témoin pour s’en affranchir d’une manière lucide, calme et ordonné, ils pratiquent la fuite en avant. Une réaction qui installe le doute et nourrit la suspicion alors qu’ils croyaient qu’en quittant le plateau télé ou radio ils marquaient des points et montraient leur bonne foi et leur droiture.

Une velléité d’omerta ?

Déserter le champ de guerre sous prétexte que l’adversaire multiplie les coups bas n’amende pas l’auteur mais l’enfonce. Yassine Brahim, d’habitude bon parleur et presque imperméable aux provocations, a cette fois-ci pété un câble, sortant, sans crier gare, de ses gonds et de ses platebandes. En tant qu’homme politique, ayant roulé sa bosse dans les sphères de l’Etat et les coulisses gouvernementales,    il aurait dû comprendre qu’en politique, comme à la guerre, tous les coups tordus sont permis. Ce qui fait la différence n’est rien que la capacité de résister, de confondre et de contre-attaquer à bon escient et dans les règles. Une corde aurait-elle été touchée ?

 

Pour un homme politique, qui plus est reconduit il y a quelques jours à la tête de son parti, fuir l’ennemi ou l’adversité est beaucoup plus un aveu de faiblesse qu’une position de principe. Ce n’est aucunement un bon signe ou un pertinent message. Celui-ci est à tel point  brouillé qu’il devient contre-productif. Pire que les absents, qui toujours tort, les transfuges des plateaux audiovisuels  n’honorent ni leur rang ni leur électorat. L’équation est d’une déroutante simplicité : En cas de diffamation, de faux témoignage ou de faux et d’usage de faux, le recours à la justice est aussi une voie de riposte, à défaut de pouvoir clouer le bec  à la partie adverse.

Yassine Brahim, qui n’est pas pourtant à sa première épreuve de force, ni tombé de la dernière pluie, a choisi d’évacuer les lieux et de laisser le terrain vide aux supputations et aux pires interprétations. D’aucuns estiment que s’il n’avait rien à se reprocher, le bon sens commanderait qu’il reste égal à lui-même, sans bouillir d’une colère noire ni renverser la table, et qu’il tente de convaincre les téléspectateurs par des réponses aussi contradictoires qu’argumentées, sans plonger dans l’outrance, le renoncement ou l’abandon. Pourquoi cette attitude évasive sinon démissionnaire ?!

Yassine Brahim aurait été plus apprécié et mieux crédité s’il avait tenu tête et tordu le cou, séance tenante, aux allégations de corruption. Croyant couper les ailes des accusateurs en quittant le plateau, il n’a fait que plomber ses propres ailes et semer le soupçon même dans l’esprit de ses plus farouches partisans. Il devrait admettre qu’en tant qu’homme public, personne exposée aux rumeurs, aux calomnies et aux pires attaques, il est censé accepter le jeu et les règles du jeu et assumer le rôle dont il se prévaut et la tunique qu’il a choisi de porter.

Il est à constater que nombreux hommes politiques tunisiens, quand ils font l’objet d’un assaut réquisitoire, d’une manière aussi virulente ou abusive ou même infondée qu’elle soit, ils ramènent tout à leur niveau, l’ego surdimensionné en bandoulière et élevant le nombrilisme au rang de plan de communication, ils prennent les critiques comme des offensives d’agression et considèrent qu’ils sont ciblés et victimes d’une campagne de diffamation. Pour eux, du moins une bonne frange, un avis contraire ou carrément mutin prend les allures d’un poignard au dos. Ils s’en sentent meurtris, trahis et mutilés dans leur honneur. Leur modèle de démocratie repose sur la platitude et sur l’éloge. Ils se démènent à écrémer les plateaux télé ou radio pour des mobiles de leadership, de visibilité et de gain électoral. Par leur posture de monarque intouchable et infaillible, ils entretiennent, consciemment ou inconsciemment, la culture d’obéissance alors qu’ils prétendent valoriser la culture de participation.

Course à l’audimat ou quête de la vérité ?

D’autre part,la télévision nationale, en tant que service public, est certes en droit de déterré des dossiers de corruptions mais faut-il qu’elle dispose, au préalable, de solides preuves et non se constituer flic sur la conscience ou juge de la délinquance financière, dans un procès d’intention mal monté et mal conduit, pour des bas motifs d’audimat. Massacrer en direct ou chercher le scoop qui tue pour en améliorer le niveau n’est nullement dans la mission d’un service public. A moins que la télévision nationale, otage de forces obscures, soit au service d’un agenda occulte dont Yassine Brahim et Afek Tounes sont en ligne de mire. Y-aurait-il un lien de causalité avec le dernier congrès dudit parti ?! La coïncidence, si coïncidence il y aurait, est quand même trouble et ouvre la porte à toute sorte d’explications. A en faire un sang d’encre, le cas échéant !

Convier au débat un détective pour prendre au dépourvu le principal invité et le confondre, en direct et en public, n’est pas une manœuvre saine.  Le doute sur la motivation coule de source. Si ledit détective détient des dossiers et des preuves, la moindre des démarches citoyennes était de s’adresser à la justice, tout au moins à la commission compétente. S’en remettre au média crée plus de problème qu’il n’en résout et fait des affaires de corruption un spectacle, de mauvais goût, et non un crime à bien condamner et à punir de manière aussi exemplaire que dissuasive.

Les organes médiatiques, sont dans leur rôle quand ils lèvent des lièvres ou débusquent des anguilles sous roches, mais il ne leur appartient guère d’en juger, ceci relève de la compétence exclusive de l’appareil de justice. La liberté de presse et d’expression, certes garantie par la Constitution, mais ne peut en aucun cas être instrumentalisée à des fins bassement politiques ou partisanes dans la mesure où elle suppose une dose significative d’éthique, de neutralité et d’objectivité.

En conclusion : Pour les médias, servir d’autre intérêt que la vérité est une route glissante, pavée de danger. Concourir à l’audimat n’est pas une tare en soi, survie financière et commerciale oblige, mais faut-il encore que cette concurrence n’aboutisse pas à une dérive, une guerre sans merci, au mépris de l’idéal de vérité ou de  transparence. Pour les hommes politiques, considérer les médias comme des salons de beautés, pour redorer le blason ou lustrer l’image, n’est pas également une difformité, visibilité médiatique et politique oblige, mais faut-il encore accepter d’être pointés, voire même lynchés et surtout admettre la différence et la critique. Faire valoir la loi du silence ou faire le lit de l’omerta ne fait guère progresser la démocratie. La critique est le premier ferment de la liberté et la liberté ne peut en aucun cas être taillée sur mesure ou approchée à géométrie variable et à vitesse multiple.

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