Tunisie – Manifestation pro-légitimité : Ce que voulait démontrer Ghannouchi !


Les dirigeants et partisans d’Ennahdha auront tout tenté, tout entrepris, depuis trois jours. Il fallait que cette manifestation s’élève, sur le plan nombre de participants, à un niveau bien déterminé. Ainsi, les appels n’ont pas cessé d’affluer sous toutes les formes. Dans les salles de prière, sur les médias et les réseaux sociaux, par l’entremet de dépliants et autres bouts de papier distribués dans les lycées et autres lieux de foule, par des « invitations » glissées dans les boites aux lettres et sous les portes des maisons, et finalement par des sms envoyés en masse, avec la condescendance certaine de quelques opérateurs de téléphonie mobile. Ils ont enfin, tenté de faire appel à leurs « frères » des courants salafistes pour qu’ils grossissent leurs rangs.

Cette mobilisation était nécessaire pour  amasser le maximum de personnes sur l’asphalte et les terrasses de l’avenue Habib Bourguiba. Ce nombre n’était pas voulu pour contrecarrer celui des participants (qui étaient spontanés, eux) aux funérailles de feu Chokri Bélaïd. Ce nombre était, tout simplement, nécessaire pour donner du sens à ce que se préparait à dire Rached Ghannouchi, à cette foule.

Or, devant le nombre insuffisant de présents, Rached Ghannouchi n’allait pas « tout laisser tomber ». Il est donc passé outre le volume de l’assistance, déclarant en début d’allocution, qu’ils étaient, de loin, plus nombreux que ceux qui avaient manifesté le 14 janvier 2011, se faisant aider, pour la circonstance par les services du ministère de l’intérieur qui ont consenti à avancer le chiffre de 60.000 manifestants. Il fallait, en effet ce nombre pour dépasser en légitimité, la « révolte » du 14 janvier.

Ce que voulait dire, ce qu’a bel et bien dit, Rached Ghannouchi à ces manifestants c’était :

« Ennahda se porte bien (…) et ne cèdera jamais le pouvoir tant qu’il bénéficie de la confiance du peuple et de la légitimité des urnes ».

« Ennahda fait l’objet, depuis son arrivée au pouvoir en décembre 2011, d’une « série de complots » qui ont culminé avec « la proposition d’un gouvernement de technocrates (…) ce qui équivaut à un coup d’Etat contre le gouvernement élu ».

« Ennahda est la colonne vertébrale de la Tunisie et la briser ou l’exclure porterait atteinte à l’unité nationale du pays »…

Or, devant, à peine, la dizaine de milliers de personnes, amenés à coups de bus, de navettes de tout type, de matraquage médiatique et probablement de motivations pécuniaires, ces paroles sonnent creux, et semblent dénuées de sens.

Car quand un parti arrive avec grande peine à rassembler dix ou quinze mille partisans malgré la gravité de l’heure et l’énormité de l’enjeu, il ne peut, logiquement, pas se présenter comme « la colonne vertébrale » d’un peuple de 11 millions d’âmes !

Et quand un parti n’arrive pas à faire mieux, il ne peut, honnêtement, pas prétendre bénéficier « de la confiance du peuple et de la légitimité des urnes » !

Donc, il semble que ce coup de la manifestation pro-légitimité ou pro-Nahdha, soit raté, en attendant d’autres démonstrations plus convaincantes ou plus « frappantes » !


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