Tunisie: Rafik Abdessalem: Conférence de presse ou conférence de pression ?!


Rompu à la langue de bois, menuisier linguistique de premier plan, Rafik Abdessalem, ministre des Affaires Etrangères,  a la manière et met les formes pour distribuer les chèques en bois en parfait ébéniste de la communication, il installe sa charpente sans coup férir, c’est toujours un bout de contre-plaqué à se farcir quand on croit dur comme fer avoir affaire au noble merisier, au moins au distingué acajou. Non, il se chauffe toujours d’un bois roturier, coupé à la forêt du populisme .

Il prend un malin plaisir à noyer le poisson et à défoncer les portes ouvertes. Rien que durant les journées des  18 et 19 Septembre 2012, il a répandu son avariée  salade oratoire et son art consommé de la parlote sur Shems FM, Mosaique FM, Watanyia, Nessma, outre  la conférence de presse tenue au siège du  Ministère des Affaires Etrangères. Plus il chope de micros, mieux il se porte semble-t-il ! Un véritable phénomène cathodique toujours en quête d’un plateau, d’un studio, d’une onde ou d’une perche ! Le don d’ubiquité conjugué au double langage et la capacité de papoter en guise de talent et de registre.

Tout le long desdites sorties médiatiques, invariablement, et sans surprise aucune, il a péroré à l’envi, le verbe haut et le ton confiant,  Il a répété la même ritournelle, les mêmes assommants couplets, rengaine déjà connue sur le bout des ongles et recoins des lèvres, donnant au cliché la profondeur et la consistance d’une pensée et surfant sur les questions par ricochet.

Il a usé et abusé jusqu’à la corde de poncifs, de stéréotypes et de professions de foi. A un moment, il a voulu donner une touche par trop intellectuelle à sa litanie, définissant maladroitement quelques notions et tordant le cou à d’autres, au grand dam de quelques  chroniqueurs présents. A se demander s’il ne prenait pas le parterre de journalistes pour un essaim de petits cancres, sur les bancs d’école, venus puiser dans ses hypothétiques gisements de savoir et apprendre ainsi  le sens des mots et des choses.

Lors de sa conférence de presse, le chef de la diplomatie tunisienne a focalisé le débat sur deux principaux points :

1-  Invasion de l’ambassade des Etats Unis à Tunis

De son avis, et hormis l’invasion de l’ambassade américaine, l’image de la Tunisie scintille. L’incident l’a juste effleurée sans la défigurer. Les Etats Unis ont parait-il remercié le gouvernement tunisien pour les efforts déployés en vue de maitriser  l’assaut et de sauver l’ambassade américaine. Rien que ça ?!Il a vite dégagé en touche dès qu’on l’a interrogé sur une éventuelle complaisance du gouvernement dans ces évènements de triste mémoire et sur l’annulation, en conséquence, de certaines visites que des hommes politiques et de hauts responsables ont déjà programmées.

Quant aux casseurs arrêtés, il n’a pas daigné livrer ni leur nombre ni leur obédience, concédant toutefois qu’ils seront traduits devant la justice, non sans préciser, à ce propos, que le gouvernement , autant intransigeant qu’impartial sur la question, ne tolère aucun acte la violence, d’où qu’il vienne, qu’il soit individuel ou collectif et que la nébuleuse Qaida n’existe pas en tant que telle en Tunisie.

Dans sa perception des choses, l’assaut salafiste de l’ambassade américaine, notamment les images d’apocalypse tournées en boucle à travers le monde, n’aura pas de retombées négatives significatives sur le marché touristique tunisien, qui a repris sa vitesse de croisière cette saison, occultant du coup le mouvement d’annulations des réservations enregistré à la suite de ce sanglant incident, sans compter les effets adverses sur le rythme et le volume des investissements étrangers, américains en particulier. L’ardoise sera beaucoup plus salée que ne veuille faire croire Rafik Abdessalem.

D’ailleurs, dans un souci d’apaiser l’administration américaine, Rafik Abdessalem a fait part de son intention de rencontrer Hilary Clinton et d’autres hauts responsables américains, à New York en marge de la 67ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, dont les travaux commenceront le 25 Septembre 2012 et à laquelle prendra part également le président de la république Moncef Marzouki.

2-      Clandestins tunisiens naufragés au large de l’ile de Lampedusa

S’agissant des bateaux de la mort et les immigrants clandestins tunisiens naufragés au large de l’ile de Lampedusa, le chef de la diplomatie n’a rien dit que les journalistes ne le connaissent pas déjà. Rien à mettre sous la dent ou sous la plume ou à immortaliser sur une vidéo. Tout juste s’il a indiqué, en guise de confidence, qu’une commission mixte sera mise sur pied pour enquêter sur les dessous de ce drame et d’en faire rapport.

Il a bien parlé de ses rencontres avec les ministres italiens de l’Intérieur et des Affaires Etrangères sans en piper un mot sur le contenu ou en signaler un quelconque accord conclu. La déche sur toute la ligne ! Son éloquence a également fait naufrage sur les cotes de la causerie !

Bien sûr il n’a pas résisté à son vieux démon de provoquer et dénigrer, sans généraliser pour être objectif,  les médias tunisiens et les opposants critiques à l’égard de la Troïka et du gouvernement. Sur  ces derniers, il n’a pas tari d’éloges, les gratifiants de toutes les qualités de compétence, de droiture et d’efficacité. Ah bon ?! En revanche, sur le plan économique et social, la situation est saine et évolue pour le mieux, dit-il, et, comparativement aux autres pays, en pareil contexte postrévolutionnaire, la Tunisie a bien tiré son épingle du jeu.

Concernant une question sur le mouvement annuel des ambassadeurs et le grand retard pris dans leur désignation, le bon vieux Rafik Abdessalem, fidèle à son mode de réaction, n’a pas trouvé mieux que de mener l’assistance en bateau et de sortir une énième frasque, indiquant sans sourciller que le processus suit son cours habituel, comme à l’accoutumée, sans enregistrer d’atermoiement.

Malheureusement pour lui, les dupes n’étaient pas dans la salle, difficile d’embobiner tout le monde ! Il a bien pris la peine de préciser que les désignations seront  connues à la fin de cette semaine au plus tard. Il a promis la même chose il y a deux semaines à El Jazeera. C’est toujours la sempiternelle fin de cette semaine qui n’en finit pas de s’allonger, à la grogne générale des diplomates tunisiens. On est déjà en fin de semaine, rien n’est annoncé. Rafik Abdessalem pose encore une fois un lapin et se délie de son énième engagement  à ce sujet.

En conclusion, le monsieur adore les conférences de presse et les sorties médiatiques non pour informer et dialoguer mais juste pour se voir trop beau, assouvir un ego disproportionné et amuser, accessoirement, la galerie. Tant de micros et de caméras, il en prend manifestement son pied !

Point de presse ? Mon œil ! Rien que des écrans de fumée et des vues de l’esprit. Un immuable exercice de masturbation médiatique dont on sort beaucoup plus lessivé que pimpant !


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