L’agression de l’enseignante Faiza Souissi, entre la liberté de conscience, la citoyenneté, le dogme et la manipulation politique.

Comment peut-on bafouer ou interdire ce que la Constitution autorise, dans sa lettre et dans son esprit ? Si ce contrat qui lie l’individu à l’Etat n’est pas respecté, le chaos et le désordre sont là ! Si la liberté de conscience, d’opinion et d’expression, que le texte constitutionnel tunisien garantit, est aujourd’hui remise en cause, au mépris de la dignité humaine et  au nom d’une sacralité de façade, la situation est ouverte à tous les abus. Le cas de Faiza Souissi, lynchée et vouée à la vindicte populaire, car accusée d’athéisme, interpelle et pose un problème de fond, aussi grave que tragique. L’accusation à son encontre est drapée d’un fond éminemment religieux. On ne parle pas d’athéisme, conduite sociale, philosophique ou politique, relevant du libre arbitre, mais d’apostasie, d’excommunication ou d’hérésie, notions puisées dans un référentiel strictement religieux.

Jusqu’à preuve du contraire, il n’y a aucun texte, dans l’arsenal législatif et réglementaire tunisien, qui criminalise l’athéisme. Alors pourquoi cette forme islamisée de tribunal de l’inquisition ?! Pourquoi certains tunisiens s’improvisent flics sur la conscience et gardiens du temple de l’Islam?! En quoi le fait d’être athée est préjudiciable à l’Islam ? Et pourquoi un avis différent, en politique, en religion ou dans tout autre domaine, est perçu comme une agression ?! D’ailleurs, les parentes effarouchés, humiliant l’enseignante devant ses élèves, comment ont-ils découvert que cette dernière est athée ?! A moins qu’il s’agisse d’un procès d’intention ou qu’ils aient un pouvoir extra-lucide ?! Rien n’affirme qu’elle l’est !

Est-ce fortuit que ce malheureux incident ait lieu juste après l’initiative du président de la république en faveur de l’égalité dans l’héritage et la liberté de la femme de convoler avec un non-musulman ?! Est-il exclu qu’il y ait un subterfuge politique, une manipulation pour monter l’opinion publique contre toute idée moderniste ?! Auquel cas, qui est derrière cette énième instrumentalisation ? Pourquoi faut-il chaque fois pervertir une situation légale, en conformité avec la loi (non-jeûne à Ramadan, vente d’alcool, manifestation culturelle, liberté de conscience,….) pour en faire un foin de tous les diables et échafauder de toutes pièces  un scénario où l’Islam est en danger et, à ce titre, tout le monde est appelé de sortir son sabre pour le protéger ?! Comment se fait-il que ce que permet l’Etat soit vilipendé par un noyau d’illuminés ?! Et l’Etat n’est-il pas tenu d’imposer ses règles, de faire respecter ses prérogatives et de protéger les citoyens ?!

Tout autant de questions cinglantes comme des fouets.

Cette version islamisée de chasse aux sorcières, et c’est le cas de le dire, témoigne d’un obscurantisme rampant dans la société tunisienne. Les parents, soi-disant scandalisés de l’incroyance de l’enseignante, auraient-ils eu la même attitude au vitriol si “le coupable” était un homme ?! Si on va au bout de leur idée, pourquoi ne pas évincer par la peau des fesses tout enseignant étranger, chrétien ou juif, opérant dans les établissements scolaires ou universitaires tunisiens ?! N’est-il pas permis de penser que c’est avec ce genre de parents, redresseurs de tort et imbus de leur certitude religieuse et de leur propension à l’intolérance, que la Tunisie a couvé des jeunes terroristes, partis dans les zones de conflit défendre une idée noire de l’Islam, un Islam sectaire, archaïque, anachronique et meurtrier que la majorité massive des tunisiens ne connait pas et dont seuls quelques criminels se reconnaissent, ceux qui prêchent la culture de la haine et de la mort et taxent de “Koffar” ceux qui sont partisans de la culture de la liberté et amoureux de la vie.

Par ailleurs, tout enseignant, au-delà de ses propres croyances, doit s’en tenir à sa première mission pédagogique et scientifique, à savoir éduquer, éclairer les esprits, transférer le savoir, sans tenter de distiller en classe ses opinions politiques ou idéologiques et en influencer les élèves. Une neutralité pleine et entière. A défaut de quoi, et si le cas est avéré, preuves à l’appui, ce n’est guère aux parents de se transformer en justiciers de fortune mais il appartient au ministère de tutelle de diligenter une enquête et de prononcer les sanctions adéquates.

En tout cas, concernant l’enseignante Faiza Souissi, personne n’a établi son athéisme, si tant est que celui-ci soit un crime, ni son influence idéologique sur ses élèves. On lui a reproché de fermer la fenêtre pendant l’appel à la prière de Vendredi et d’inciter les filles d’enlever le voile. Elle s’en était défendue, argument contre argument, non sans faire part, avec courage et honnêteté intellectuelle, qu’elle est contre le port de voile, notamment pour les jeunes filles de primaire. Jouer l’amalgame et confondre une position de principe à un acte de prosélytisme et d’excès de zèle traduit un esprit tordu et non moins injuste.

Derrière l’incident en question, se faufile une crise sinon une rupture en matière de citoyenneté. En effet, Le respect de la loi est le premier acte de citoyenneté et le premier ferment de la démocratie, de la sécurité et de l’ordre. La citoyenneté n’est acquise qu’en respectant nombre de principes, en particulier la loi. La civilité (respects des personnes et des biens) et  le civisme (conscience de l’intérêt général), en tant que valeurs,  sont aussi au centre de la notion de citoyenneté. A défaut de quoi, ce serait la loi de la jungle ou de talion. Situation de chaos et d’anarchie. Etant entendu que la loi, tout comme la citoyenneté, s’appuie sur une identité commune, une unité nationale, un héritage culturel et une histoire partagée. Malheureusement, dans l’espace public tunisien, l’idéal citoyen est à rude éprouve sinon trainé dans la boue. Les attributs de la citoyenneté sont piétinés à longueur de journée.

En conclusion, peut-être que la trame est plus simple. Faiza Souissi est une femme engagée, connue et reconnue dans la région, militant pour l’école républicaine et résistant au projet islamiste. C’est son opposition et son statut de femme qui sont ciblés tout compte fait. Les relents de la manipulation politique se font sentir dans cette affaire.

L’accusation de mécréance est le dernier refuge des crétins qui ont plus cervelle sous leur turban que sous leur crâne.

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