Politique

Tunisie : A propos de l’éventuelle nomination de René Trabelsi

 rene trabelsi

L’éventuelle nomination de René Trabelsi au sein de l’équipe gouvernementale que compose Mehdi Jomaa depuis plus d’un mois a fait couler beaucoup d’encre depuis plus d’une semaine. Pour les uns, il s’agit de fuites bien « calculées »,  pour montrer les bonnes intentions et se faire une meilleure visibilité, surtout au niveau international. Pour d’autres, il s’agit de rumeurs  « orientées » pour tester l’état de l’opinion dans une période marquée par  le déferlement d’un populisme qui tire profit du discours identitaire ambiant.  Certains s’étaient même posé  la question de savoir si le prochain chef du gouvernement provisoire « aura le courage de nommer  un Tunisien de confession juive au poste de ministre du tourisme, malgré la campagne menée dans les réseaux sociaux contre ce choix ».

   Ballons d’essais ou vraies intentions de la part des « faiseurs » d’une équipe gouvernementale qui peine à se former à cause des pressions  qui ne cessent d’augmenter sur le nouveau Chef du gouvernement pressenti, « l’affaire » Trabelsi, prend des dimensions intéressantes, elle est même pleine de symboles. Cela  montre que, contrairement aux apparences, les faits s’avèrent, encore une fois, têtus, et qu’en affrontant les dures difficultés du  présent, on  ne peut jamais tourner aux expériences utiles de notre passé.

Malgré toutes les tentatives de  son éradication par les tenants de l’islamisme politique,  l’héritage accumulé par l’élite réformiste tunisienne, depuis le milieu du XIX siècle en passant par l’édification de l’Etat-nation né de la lutte pour l’indépendance , résiste et persiste ; encore une fois, le génie né de l’expérience des Tunisiens est bien là  et  confirme qu’i est bien ancré sur cette terre et n’appelle qu’à être dépassé positivement. Nous nous limiterons à deux exemples bien révélateurs d’un patrimoine politique moderne.

La première tentative de déni des avancées réalisées par la Tunisie s’est exprimée à travers cette bizarre invention  que fut  la thèse de « la page blanche »,  une thèse qui a eu droit à  tout un tapage nous promettant une  constitution qu’on n’avait jamais vue, ni connue auparavant.  En réalité,  il s’agissait d’une vaine tentation revancharde  pour mettre  fin aux expériences constitutionnelles précédentes et de frayer un chemin pour la mise en place à la  « Chariaa ». Il a fallu tout un élan salvateur de forces démocratiques, dans les partis et dans la société civile,  qui ont su s’unir pour s’opposer à cette marche vers le chaos. Une première victoire fut remportée à la fin du mois de mars, lorsque le parti Ennahdha s’est trouvé contraint de renoncer à l’insertion de  la Chariaa dans la nouvelle constitution et de reconnaître l’article Un de la constitution du premier juin 1959, tant décriée, comme base de la nouvelle loi fondamentale. Ce fut une première démonstration de la pérennité et de l’ancrage tunisien dans la modernité, dont le leader Bourguiba a été l’un des acteurs.

Aujourd’hui, la nomination de René Trabelsi, que nous souhaitons voir se confirmer, montre que la Tunisie est en droit de puiser dans son riche héritage politique qui met au premier chef l’intérêt du pays et  le nécessaire recours aux  compétences de tous les enfants de la Tunisie qui ont montré des preuves  qu’ils veulent  servir la Tunisie éternelle.  Cela nous rappelle, évidemment, les deux premiers gouvernements de l’indépendance,  lorsqu’on avait fait appel aux compétences du Bâtonnier Albert Bessis et d’André Baruch pour occuper des postes ministériels. La démarche de Mehdi Jomma, si elle se confirme, est  le contre exemple  d’une chaotique expérience gouvernementale, imposée au lendemain du 23 octobre 2011, marquée par des desseins revanchards, animée par des appétits mesquins et des désirs partisans de se partager « un butin » à travers deux  gouvernements successifs qui ont eu des bilans catastrophiques dans tous les domaines sociaux, politiques et surtout sécuritaires. Comme  l’a rappelé dernièrement monsieur Béji Caid Essebsi,  cette expérience gagnerait à être vite oubliée par les Tunisiens.

Pour terminer, un petit clin d’œil à nos médias, pour dire bravo à Mériem Belkadhi, la charmante présentatrice de la chaîne Nessma, qui a animé vendredi dernier,  avec beaucoup de savoir-faire, une émission consacrée  à cette éventuelle nomination de Monsieur Trabelsi. Elle a prouvé ainsi, qu’outre informer, les médias peuvent surtout aider au renforcement de la prise de conscience citoyenne et être un vrai outil au service de la vraie transition démocratique. Bravo aussi à ses invités, Mehdi Ben Gharbia et Ahmed Seddik, qui tous deux,  ont défendu, chacun à sa manière, avec responsabilité et ouverture, une telle éventualité, affirmant que les seuls critères qui doivent avoir la priorité  dans la composition du nouveau gouvernement devraient être: neutralité, compétence et attachement aux prescriptions de la feuille de route élaborée par notre  Quartet national, afin de bien réussir cette ultime étape de notre transition vers la démocratie, la justice sociale et la modernité.

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