Tunisie: Le Gouvernement s’immisce dans la politique monétaire

L’introduction d’une “mesure portant sur l’adoption d’une politique monétaire expansionniste et de taux d’intérêt bas dans le programme du Gouvernement”, a remis sur la table la problématique des rapports conflictuels entre le Gouvernement de Mohamed Jebali et la Banque Centrale de Tunisie (BCT).

Après l’échec de la tentative du Gouvernement de mettre sous son joug l’Institut d’émission qui a été farouchement combattue aussi bien dans les milieux politiques que financiers, le pouvoir exécutif revient à la charge pour s’immiscer dans la politique monétaire qui relève de la compétence de la BCT.

L’Indépendance de la BCT est garantie par la loi

En effet, il faut rappeler que lors de la tentative de Mohamed Jebali de mettre sous tutelle la BCT, un consensus a été trouvé à travers la loi organisant les pouvoirs  qui a préservé l’indépendance de la Banque centrale.

En vertu de  cette loi, l’Institut d’émission est responsable uniquement devant l’Assemblée constituante et jouit de l’autonomie pour la mise en œuvre de la politique monétaire.

En outre l’article 33 de la loi n° 1958-90 portant création et organisation de la Banque Centrale de Tunisie, précise que la conduite de la politique monétaire est de son ressort.

La décision du Gouvernement d’empiéter sur les prérogatives de la BCT en adoptant une politique expansionniste et un taux d’intérêt bas a suscité de nombreuses interrogations non seulement sur le bien fondé de cette décision mais aussi sur ses motivations.

Une vision du Gouvernement pour le court terme

Pour les analystes cette mesure vise à soutenir la politique sociale tous azimuts du Gouvernement en se projetant dans le court terme et cela en favorisant le dérèglement des taux d’intérêt. Une politique qui est susceptible d’entraîner un surendettement des ménages, selon plusieurs analystes.

Mais  elle fait aussi le jeu des banquiers qui se plaignent, semble-t-il, de ne plus réaliser de gros profits alors que l’on sait qu’ils ont amassé un énorme pactole durant toute la période écoulée.

Le Gouvernement semble aussi être acculé par la conjoncture difficile que traverse le pays et veut influer sur le cours des choses notamment en matière de politique monétaire en adoptant des mesures à court terme basées sur des solutions provisoires et inefficaces destinées davantage à calmer qu’à guérir le mal à la racine.

Une politique de rigueur de la BCT

Cette orientation du Gouvernement heurte de plein fouet la politique de rigueur suivie par la BCT qui œuvre à limiter la déréglementation à l’origine de la hausse du taux d’inflation et par conséquent de la baisse de la valeur du dinar. Une situation qui a des répercussions négatives sur la balance commerciale du pays.

De l’avis des observateurs, la position de la BCT est tout à fait justifiée et porte sur une vision globale et à long terme de l’économie du pays.

Connu dans la haute sphère de la finance mondiale, Mustapha Kamel Nabli,  gouverneur de la BCT a su jusqu’à présent, depuis sa nomination après la révolution du 14 janvier 2011, maintenir une politique monétaire préservant les équilibres macroéconomiques du pays.

Cette politique a forcé l’admiration et le respect des grandes institutions et organisations financières internationales ainsi que les partenaires bilatéraux et multilatéraux de la Tunisie. En effet, ils ont continué à soutenir l’économie du pays.

Nécessité de maintenir la crédibilité de la BCT

La préservation de l’indépendance de la BCT est un facteur important de la réussite de la politique économique et de la reprise de la croissance au service du développement économique et social du pays.

Cette indépendance est un critère fondamental dans les rapports qu’entretient cette institution financière qui est le principal interlocuteur des organisations  internationales.

Les experts ont mis en garde contre toute ingérence de l’exécutif dans la mise en place de la politique monétaire ce qui pourrait influer sur la note attribuée par les institutions de rating au pays.

Ces mêmes experts avertissent aussi que toute mauvaise note attribuée au pays est susceptible de rendre la dette extérieure du pays plus onéreuse pour le pays.

En somme le gouvernement a intérêt à veiller à l’indépendance de la BCT et à s’abstenir de s’immiscer dans la politique monétaire afin de préserver la crédibilité de l’Institut d’émission pour une économie saine du pays.

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